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21/09/2016 09:24 EDT | Actualisé 22/09/2017 01:12 EDT

Au tribunal de Kinshasa-Ndjili, Gaston pleure ses archives

A côté d'une montagne de papiers encore fumants, Gaston pleure l'oeuvre de sa vie : les archives du tribunal de grande instance de Kinshasa-Ndjili parties en fumée dans l'attaque du bâtiment au cours des émeutes de mardi dans la capitale de la République démocratique du Congo.

"Ça c'est mon bureau. Tout est brûlé", dit ce "Papa" (homme d'un certain âge) d'une voix tremblante, affirmant avoir assisté impuissant à l'incendie du bâtiment par une foule "très en colère" avant de se sauver.

L'attaque contre le tribunal a eu lieu mardi, au deuxième jour d'affrontements meurtriers entre forces de l'ordre et jeunes réclamant le départ du président Joseph Kabila.

"Le travail est fini, du jour au lendemain je me retrouve au chômage", lance Gaston, sexagénaire, dans cette ville de dix millions d'habitants où les emplois sont rares.

Lundi, les violences ont éclaté en marge d'une manifestation organisée par un "Rassemblement" d'opposition à trois mois de la fin du mandat de M. Kabila pour lui signifier son "préavis" et exiger son départ le 20 décembre.

La situation a rapidement dégénéré pour tourner à l'émeute et au pillage de bâtiments publics (commissariats, tribunaux...) ou de biens privés dans plusieurs quartiers.

Ces violences se sont muées mardi en une multitude d'échauffourées opposant des jeunes à des policiers renforcés par des soldats. Selon la police 32 personnes ont été tuées au total en 48 heures, pour beaucoup par balles. L'opposition affirme, elle, que 50 civils ont péri dans la seule journée de lundi.

Sans justifier la violence, plusieurs habitants disent comprendre l'exaspération d'une population excédée par une situation de misère quasi généralisée et sa volonté d'alternance politique à la tête de l'État.

- Ceux qui s'enrichissent -

"La grande revendication" est: "Il faut que Kabila quitte le pouvoir", dit Thomas Mbudi dont la maison, louée à un commerçant chinois, a été détruite et dévalisée. Le poste de police situé à une dizaine de mètres a également été saccagé.

"C'était un soulèvement populaire qui a manifesté son mécontentement", constate prosaïquement François, chef de l'administration du tribunal.

Pour Patrick, rencontré dans un quartier voisin où un dépôt du parc agro-industriel de Bukanga-Lonzo - créé il y a deux ans par le gouvernement - a été totalement pillé, c'est "la colère qui pousse les gens à piller".

"La grande majorité de la population n'a pas les moyens de manger ce maïs produit au Congo", ajoute-t-il.

"On n'a pas de problème particulier avec le président Kabila, mais nous attendons qu'il dise publiquement qu'il ne va pas se représenter", et "que le président qui lui succédera donne de l'emploi aux gens", dit-il.

M. Kabila est au pouvoir depuis 2001, son mandat s'achève le 20 décembre. La Constitution lui interdit de se représenter, mais le chef de l'État ne donne aucun signe de vouloir abandonner son poste, alors que la présidentielle apparaît désormais impossible à organiser dans les temps.

Si la vie a repris un cours presque normal mercredi, beaucoup d'habitants de montrent méfiants, et réticents à s'exprimer ou à prendre position publiquement sur les violences des deux jours précédents.

Ndjili est l'une des communes de la capitale les plus touchées par ces affrontements. Ici, des pompes à essence, des postes de police et des commerces tenus par des Chinois ont été saccagés.

La présence policière et militaire y est encore forte et visible, et le calme qui règne a quelque chose de précaire. Les forces de l'ordre déployées dans la rue veillent à ce qu'aucun attroupement ne se forme.

"On est en colère" dit Trésor, jeune ingénieur diplômé au chômage. Ce qui s'est passé, "c'est pour avertir ceux qui nous gèrent de très bien gérer le pays, dit-il : "On ne veux plus tolérer de les voir s'enrichir davantage et nous, nous appauvrir de plus en plus."

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