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20/09/2016 09:57 EDT | Actualisé 21/09/2017 01:12 EDT

Violences à Kinshasa : cinq choses à savoir sur la crise politique congolaise

Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, a été le théâtre lundi et mardi de violences à caractère politique ayant fait de nombreux morts. Voici cinq choses à savoir pour comprendre la crise politique congolaise.

- Quelle est l'origine de la crise ?

La République démocratique du Congo traverse une période d'incertitude politique depuis la réélection contestée du président Joseph Kabila en novembre 2011, à l'issue d'un scrutin entaché de fraudes massives.

Arrivé deuxième selon les résultats officiels, l'opposant Étienne Tshisekedi, fondateur de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) sous la dictature du maréchal Mobutu (1965-1997), n'a cessé de rejeter la réélection de M. Kabila. Il se considère comme le "président élu" du pays et dénie toute légitimité au président Kabila et au Parlement.

Le blocage institutionnel est tel qu'aucune élection directe n'a eu lieu depuis novembre 2011. Hormis le président, dont le mandat s'achèvera en décembre, et les députés nationaux, tous les élus qui étaient en fonctions en 2011 (députés provinciaux, sénateurs, gouverneurs) siègent toujours bien que leur mandat a expiré. Les gouverneurs des nouvelles provinces élus début 2016 l'ont été au scrutin indirect par des pairs hors mandat.

- Pourquoi ces violences, à Kinshasa ?

La capitale de la RDC est habituée aux violence politiques. Lundi et mardi, la majorité des habitants sont restés terrés chez eux sans envoyer leur enfants à l'école, présentant que la situation pouvait dégénérer.

Les Kinois n'ont jamais aimé Joseph Kabila qu'ils ont toujours considéré comme un "étranger" venu de l'est du pays. Lors des scrutins de 2006 et 2011, marqués par des violences électorales, la population avait voté à une très large majorité pour les concurrents les plus sérieux de M. Kabila : Jean-Pierre Bemba (2006) et M. Tshisekedi (2011).

La crise économique que traverse le pays depuis bientôt un an contribue à aggraver les conditions de vie des Kinois (quelque 10 millions d'habitants dont la quasi-totalité se débat dans la misère) et à entraîner un sentiment de frustration et de rejet du pouvoir de M. Kabila.

En janvier 2015 déjà, un projet de loi électorale contesté avait donné lieu à trois jours d'émeutes antipouvoir sévèrement réprimées et dans lesquelles plusieurs dizaines de personnes avaient péri.

- Pourquoi maintenant ?

La date du 19 septembre est symbolique. Un "Rassemblement" formé en juin autour de M. Tshisekedi avait appelé à manifester ce jour-là dans tout le pays à trois mois et un jour du terme du mandat de M. Kabila pour lui signifier son "préavis", exiger qu'il quitte le pouvoir le 20 décembre et que soit organisée d'ici-là la présidentielle.

A Kinshasa la manifestation a dégénéré rapidement. Autorités et dirigeants d'opposition se sont renvoyé mutuellement la responsabilité des violences qui ont fait 17 morts selon les premières, plus de 50 selon les secondes.

- Qui est Joseph Kabila ?

Âgé de 45 ans, le chef de l'État est arrivé au pouvoir en 2001 par succession héréditaire après l'assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila, en pleine deuxième guerre du Congo. Il a été élu en 2006, après une période de transition post-conflit, lors des premières élections démocratiques organisées dans le pays depuis son indépendance de la Belgique en 1960. Depuis sa réélection contestée en 2011, ses détracteurs le soupçonnent de chercher à se maintenir au pouvoir coûte que coûte en dépit de l'interdiction constitutionnelle qui lui est faite de se représenter.

- Pourquoi la communauté internationale insiste-t-elle tant sur le respect de la Constitution ?

Belgique, États-Unis, France, ONU, Union européenne répètent depuis des mois que la Constitution congolaise de 2006 doit être respectée afin de réussir la première transition démocratique de l'histoire de la RDC. Ralliée désormais à l'idée que la présidentielle ne pourra avoir lieu cette année, la Communauté internationale appelle toutes les parties à conclure un accord politique permettant l'organisation rapide de ce scrutin.

L'ONU entretient en RDC sa plus grosse force de maintien de la paix au monde (présente dans le pays depuis 1999) et la communauté internationale soutient le pays financièrement depuis des années via des projets d'aide humanitaire et d'aide au développement. Alors que l'est de la RDC reste en proie à la violence de nombreux groupes armés, les grandes nations étrangères s'inquiètent que le pays, État continent au coeur de l'Afrique, puisse retomber dans le chaos qu'il a connu de 1996 à 2003.

mj/jpc