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20/09/2016 05:05 EDT | Actualisé 21/09/2017 01:12 EDT

Tirs entre l'Inde et le Pakistan dans un Cachemire sous tension

Militaires indiens et pakistanais ont échangé mardi des tirs dans la région disputée du Cachemire, deux jours après une importante attaque rebelle contre une base indienne dans le même secteur.

Le colonel Rajesh Kalia, porte-parole de l'armée indienne, a confirmé une "violation du cessez-le-feu" le long de la ligne de contrôle (LoC), frontière de facto entre les deux puissances nucléaires, dans le secteur d'Uri au Cachemire.

"Il y a des tirs d'armes de petit calibre", a précisé à l'AFP un responsable de la police sous couvert d'anonymat.

C'est dans cette même zone que quatre rebelles ont attaqué à la grenade et à l'arme automatique une base militaire indienne aux premières heures dimanche, tuant 18 soldats, la plus lourde attaque dans la région depuis près de quinze ans.

Pour New Delhi, l'attaque de la base d'Uri est le fait du groupe jihadiste Jaish-e-Mohammad, opérant depuis le Pakistan voisin.

Cette organisation avait déjà été montrée du doigt pour une attaque similaire sur une base aérienne en janvier dernier au Pendjab (nord-ouest de l'Inde), qui avait fait sept morts.

Toujours à Uri, poche située à 70 kilomètres à l'ouest de Srinagar, l'armée indienne a annoncé dans un incident distinct avoir empêché mardi l'entrée sur son territoire d'une dizaine de rebelles en provenance du Pakistan.

"10-12 terroristes (...) ont été interceptés et leur tentative d'infiltration a capoté", a déclaré le colonel Kalia.

Selon l'agence Press Trust of India, 10 insurgés ont été tués dans l'accrochage. Ce bilan n'a pu être confirmé indépendamment.

- Sanglant été -

Le gouvernement du nationaliste hindou Narendra Modi est sous pression pour sanctionner le Pakistan après l'attaque de ce week-end.

Le Premier ministre et les responsables sécuritaires ont tenu une série de réunions ces derniers jours.

Des voix se sont élevées dans le monde politique et chez les vétérans de l'armée pour réclamer une réponse musclée, comme des frappes aériennes contre des camps d'entraînement d'insurgés dans la partie du Cachemire contrôlée par le Pakistan.

Mais, font remarquer des analystes, l'Inde n'a pas les capacités militaires pour affronter frontalement son frère ennemi dans la région du Cachemire, revendiquée par les deux puissances nucléaires depuis la partition de l'Inde britannique en 1947.

"L'Inde sait qu'elle n'a pas les moyens de mener une guerre de quinze jours contre le Pakistan et le Pakistan sait qu'il ne peut mener une telle guerre contre l'Inde", prévient Ajai Sahni, directeur exécutif de l'Institute of Conflict Management à New Delhi.

Les violations occasionnelles du cessez-le-feu de 2003 ne sont pas rares dans cette région revendiquée par l'Inde et le Pakistan depuis la Partition de 1947.

Les échanges de tirs de mardi constituent cependant le premier incident de ce type depuis un regain de tension dans la vallée du Cachemire qui dure depuis deux mois.

"Le cessez-le-feu va souffrir (de l'attaque de la base), même si ce n'est que pour un court laps de temps, il sera très régulièrement violé dans les jours à venir", prévient Ajit Dubey, correspondant défense du magazine The Week.

La mort d'un chef rebelle début juillet a mis le feu aux poudres et plongé le Cachemire indien dans l'un de ses pires épisodes de violences depuis la décennie noire des années 1990.

Au moins 87 civils ont trouvé la mort dans la vallée cet été.

Depuis des décennies, différents groupes séparatistes font la guerre à l'armée indienne - qui a déployé dans la région près d'un demi-million de soldats - pour exiger l'indépendance du territoire ou sa fusion avec le Pakistan.

L'Inde comme le Pakistan revendiquent la totalité de cette montagneuse région himalayenne. Des dizaines de milliers de personnes, en grande majorité des civils, ont perdu la vie dans ce conflit qui dure depuis la Partition.

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