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20/09/2016 16:22 EDT | Actualisé 21/09/2017 01:12 EDT

Lula, un mythe affaibli par des soupçons de corruption

Luiz Inacio Lula da Silva, ouvrier métallurgiste devenu le président le plus populaire de l'histoire du Brésil (2003-2010), est à l'épicentre d'un séisme politico-judiciaire majeur qui pourrait bien ruiner ses ambitions de retour au pouvoir en 2018.

Moins de trois semaines après la destitution très controversée de sa dauphine Dilma Rousseff par le Sénat pour maquillage des comptes publics, l'icône de la gauche brésilienne fait face à un nouveau coup dur: il sera jugé pour corruption et blanchiment d'argent dans un volet du tentaculaire scandale Petrobras.

"En raison de l'existence d'indices matériels de responsabilité suffisants, j'accepte la dénonciation" présentée par le parquet, a indiqué le juge anti-corruption Sergio Moro dans une ordonnance rendue publique mardi.

Cette mise en accusation formelle de l'ex-président Lula représente un nouveau coup dur pour le Parti des travailleurs (PT, gauche), qui craint une déroute historique aux élections municipales d'octobre, après 13 ans à la tête du Brésil.

Les procureurs chargés de l'enquête avaient accusé le 14 septembre Lula d'avoir été le "bénéficiaire direct" de largesses du groupe de BTP, OAS à hauteur de 3,7 millions de réais (1,1 million de dollars au cours actuel).

L'avocat de Lula, Cristiano Zanin Marins, avait qualifié l'accusation de "farce" dont la "nature est politique" et vise à retirer Lula, l'homme fort du PT, qu'il a fondé en 1980, de la course présidentielle de 2018.

Lula, 70 ans, est visé par trois enquêtes dans le cadre du scandale Petrobras, qui a bénéficié à des dizaines de responsables politiques de divers partis, à des entrepreneurs du BTP et à des directeurs de Petrobras.

Lula avait déjà été inculpé le 29 juillet pour tentative d'entrave à la justice par le Tribunal suprême fédéral (STF).

En janvier 2010, le taux de popularité de 80% de l'ancien ouvrier métallurgiste, après sept ans au pouvoir, avait permis l'élection de sa dauphine, ex-guérillera torturée sous la dictature militaire. Il laissait alors un pays à la croissance économique annuelle de 7,5%.

Sous la présidence de ce tribun redoutable à la voix rauque, portant une éternelle barbe blanchie par l'usure du pouvoir et de ses compromis, 30 millions de Brésiliens sont sortis de la misère pour grossir les rangs de la classe moyenne.

- 'J'ai connu la faim' -

Premier chef de l'Etat brésilien issu de la classe ouvrière, il a mis en oeuvre d'ambitieux programmes sociaux.

Cette success-story lui a conféré une stature internationale de premier plan, lui permettant de décrocher l'organisation des deux plus grands événements sportifs planétaires: le Mondial de football, en 2014, et les jeux Olympiques, qui ont eu lieu en août à Rio de Janeiro.

Rien ne prédisposait à un aussi fabuleux destin ce cadet d'une fratrie de huit enfants, né le 6 octobre 1945 dans une famille d'agriculteurs pauvres du Pernambouc (nord-est).

Lula avait sept ans lorsque sa famille émigra à Sao Paulo, dans le sud, pour échapper à la misère. "J'ai connu la faim, et quand on a connu la faim, on ne renonce jamais", a-t-il récemment rappelé.

Enfant, il cire des chaussures pour rapporter un peu d'argent à la maison. Ouvrier métallurgiste à 14 ans, il perd l'auriculaire gauche dans un accident du travail. A 21 ans, il entre au syndicat des métallurgistes et en devient le président en 1975.

Il conduit les grandes grèves de la fin des années 70, en pleine dictature militaire (1964-1985).

Lula se présente pour la première fois à l'élection présidentielle en 1989 et échoue de peu. Après deux nouveaux échecs en 1994 et 1998, la quatrième tentative sera la bonne, en octobre 2002. Il est réélu en 2006.

- 'Le serpent est vivant' -

"Je sais le nombre d'infamies et de préjugés que j'ai surmontés pour arriver où je suis. Maintenant, mon seul objectif est de montrer que je suis plus compétent que beaucoup de gens qui ont gouverné ce pays", disait Lula avant sa réélection en 2006.

Idéaliste mais pragmatique, il est passé maître dans l'art de tisser des alliances parfois contre-nature ou de se débarrasser d'amis devenus gênants.

En 2005, il a décapité toute la direction du PT, impliquée dans un scandale d'achat de votes. Lui est passé à travers les gouttes.

En octobre 2011, il a souffert d'un cancer du larynx dont il s'est rétabli.

Et il n'a jamais cessé d'oeuvrer en coulisses, conseillant en permanence Dilma Rousseff pendant son premier mandat, malgré des désaccords croissants.

En 2014, il a multiplié les meetings électoraux au service de la réélection de sa protégée.

Quand on l'attaque, il mord. "S'ils voulaient tuer le serpent, ils s'y sont mal pris, parce qu'ils n'ont pas frappé sur la tête, ils ont frappé sur la queue. Le serpent est bien vivant !", s'est-il exclamé le 4 mars devant ses partisans, après son humiliante interpellation dans le dossier Petrobras.

Quelques heures plus tôt, pendant son interrogatoire par la police, il avait dénoncé "la saloperie homérique" que constituent les accusations portées contre lui.

Il leur avait lancé, bravache: "Je suis un petit vieux. Je voulais me reposer. Mais je vais être candidat à la présidence en 2018, parce que quand on me cherche, on me trouve".

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PETROBRAS - PETROLEO BRASILEIRO