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20/09/2016 02:17 EDT | Actualisé 21/09/2017 01:12 EDT

L'ONU suspend ses convois humanitaires en Syrie

L'ONU a suspendu l'envoi de tous ses convois d'aide humanitaire en Syrie à la suite de l'attaque d'un de ses convois par un raid aérien, lundi, au terme de la trêve qui régnait fragilement sur le pays.

La frappe aérienne - qui a fait 20 morts, dont un responsable du Croissant rouge syrien et des chauffeurs de camion - a provoqué l'indignation de la communauté internationale. Le raid a également entraîné la destruction de 18 des 31 camions du convoi qui transportait de la nourriture et des médicaments aux 78 000 habitants d'une ville isolée de la province d'Alep.

« Par mesure de sécurité immédiate, les autres mouvements de convois en Syrie sont suspendus pour le moment dans l'attente d'une nouvelle évaluation des conditions de sécurité », a déclaré le porte-parole lors d'un point de presse. Ce dernier a souligné que l'ONU avait obtenu l'autorisation du gouvernement syrien pour acheminer de l'aide humanitaire dans tous les secteurs assiégés du pays.

Il s'agit « d'un jour très, très sombre pour les humanitaires en Syrie et dans le monde », a déclaré le porte-parole du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha), Jens Laerke, en réclamant une « enquête » sur ce raid. « S'il s'avère que cette attaque impitoyable a délibérément visé des humanitaires, alors elle équivaut à un crime de guerre », avait de son côté affirmé le patron des opérations humanitaires de l'ONU, Stephen O'Brien.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) est incapable de préciser la nationalité des avions qui ont mené le raid contre le convoi, mais elle souligne qu'aucun groupe rebelle syrien ne dispose de force aérienne.

Sans accuser directement Moscou dans l'attaque du convoi de l'ONU, le porte-parole du département d'État américain John Kirby a indiqué que les États-Unis étaient « scandalisés » par l'attitude de la Russie et du régime de Bachar Al-Assad.

Une enquête russe

L'armée russe lance une enquête sur des « informations » sur le convoi humanitaire frappé par un raid aérien lundi, a indiqué le Kremlin.

« Nos militaires enquêtent sur ces informations », a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. « Hier soir (lundi), les combattants du Front al-Nosra sont passés à l'offensive dans plusieurs régions et l'armée syrienne, qui a été la seule à respecter la trêve de toute la semaine, a dû répondre à cette offensive », a-t-il affirmé, jugeant que de telles attaques « mettent en danger l'ensemble du processus » de paix.

Le Kremlin a indiqué qu'un éventuel prolongement du cessez-le-feu ne peut avoir lieu tant que les « terroristes » ne cesseront leurs attaques contre les forces gouvernementales. « Les conditions sont très simples: il faut cesser les tirs, il faut que les terroristes arrêtent d'attaquer l'armée syrienne. Et bien sûr, il serait bien que nos collègues américains ne bombardent plus par erreur les Syriens », a poursuivi M. Peskov. Les espoirs de renouvellement de la trêve sont « très faibles », a-t-il jugé.

La coalition internationale - menée par les États-Unis - a reconnu avoir frappé par erreur l'armée syrienne dans l'est du pays, quelques jours avant l'attaque du convoi d'aide humanitaire près d'Alep. Le raid aérien de la coalition a fait au moins 90 morts.

« En une semaine, nos collègues américains n'ont toujours pas réussi à séparer les terroristes de la soi-disant opposition modérée. Nous sommes très inquiets de la situation », a martelé M. Peskov.

C'est dans ce contexte que s'ouvrira l'Assemblée générale annuelle de l'ONU à New York. La guerre civile syrienne dominera les échanges pendant que le Groupe international de soutien à la Syrie (GISS) se réunira.

Le GISS réunit une vingtaine de pays et d'organisations internationales autour du problème syrien. Le groupe comprend des pays comme les États-Unis, la Russie, l'Arabie saoudite, la Turquie et l'Iran.

Cette réunion « évaluera [...] l'état de l'accord conclu entre les États-Unis et la Russie il y a une semaine, où nous sommes et quelles sont les prochaines mesures à prendre », a précisé un porte-parole du département d'État, Mark Toner. « Les Russes ont signé un accord, il faut voir maintenant ce qu'ils disent », a par ailleurs déclaré le secrétaire d'État John Kerry. « Mais le plus important, c'est que les Russes doivent contrôler (le président syrien Bachar) al-Assad. »