POLITIQUE
20/09/2016 07:24 EDT

Justin Trudeau encensé à l'ONU et présenté comme un «exemple» pour le reste du monde

New York – Le premier ministre Justin Trudeau a été louangé, lundi aux Nations unies. Les diplomates et les politiciens ont mis de côté leurs réserves habituelles pour généreusement encenser, applaudir et… prendre des égoportraits avec le leader canadien.

M. Trudeau était à New York pour indiquer aux chefs d’État que le Canada allait travailler sans relâche pour résoudre la crise des migrants et des réfugiés et pour annoncer une hausse de 10 % de l’aide humanitaire canadienne. Il doit s’adresser à l’Assemblée générale de l’ONU pour la première fois, mardi.

Justin Trudeau prend la parole lors d’un dîner de presse au quartier général des Nations unies, à New York, lundi. Photo: Brendan McDermid/Reuters

Dans les corridors des Nations unies, où les leaders de tous les horizons marchent côte à côte, les bons mots pour Justin Trudeau venaient naturellement.

Le président bulgare Rossen Plevneliev s’est rappelé des deux jours qu’il a passés assis à côté du premier ministre canadien lors du sommet de l’OTAN, à Varsovie – les places ayant été distribués par ordre alphabétique de leur pays respectif.

«Je vais vous dire ce que je pense de lui, a-t-il indiqué au Huffington Post Canada. Je l’adore. Je l’admire. C’est l’un des jeunes leaders les plus incroyables de la planète. C’est un politicien exceptionnel. Il donne l’exemple à tout le reste du monde. Et, je suis très honnête, quand je regarde ce que fait le nouveau gouvernement canadien, je me dois de féliciter le premier ministre», a dit M. Plevneliev.

«Quand vous voyez la façon dont il accueille les réfugiés à l’aéroport, quand vous écoutez ses discours, vous ne pouvez que reconnaître les valeurs qu’il défend et qu’il exprime dans chacune des ses phrases», a poursuivi le président bulgare.

«Je l’adore. Je l’admire. C’est l’un des jeunes leaders les plus incroyables de la planète.»

— Le président bulgare Rossen Plevneliev

Justin Trudeau est un politicien «fort et sûr de lui», mais à la fois «tolérant et humain», ajoute-t-il. Nous aimerions voir davantage de leaders comme lui. Pour moi, aujourd’hui, il n’y en a encore peu de sa trempe.

M. Plevneliev, qui doit rencontrer M. Trudeau mardi, n’a pas hésité quand nous lui avons demandé si la Bulgarie allait appuyer la candidature canadienne pour un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, en 2021. Le Canada, l’Irlande et la Norvège se disputeront alors les deux sièges disponibles. «Bien sûr que si», a affirmé le président bulgare.

M. Plevneliev a rejeté l’idée que son pays demande quelque chose en retour – comme l’établissement d’une ambassade en Bulgarie – pour donner son appui. L’ambassadeur canadien en Roumanie s’occupe des relations avec la Bulgarie depuis son bureau de Bucarest. Les bonnes choses n’arrivent jamais lorsqu’on est trop directs, a-t-il glissé au HuffPost.

L’ambassadeur israélien aux Nations unies, Danny Danon, a refusé, pour sa part, de dire si son pays allait appuyer la candidature canadienne. «Je ne vais pas régler cette question ici et maintenant, a-t-il lancé. Mais si vous regardez l’histoire, vous verrez que le Canada a appuyé Israël et qu’Israël a appuyé le Canada.»

Des «raisons de s’inquiéter»

La sénatrice conservatrice Linda Frum a indiqué, lundi sur Twitter, que Justin Trudeau était en mode séduction avec l’ONU, une organisation qui a permis à l’Iran de siéger à la Commission de la condition de la femme et d’obtenir un rôle important à l’UNESCO et qui a ouvert les portes de son Haut-Commissariat des droits humains à l’Arabie saoudite, au Qatar, à la Chine et à Cuba.

«Trudeau veut un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Les Canadiens amis d’Israël ont raison de s’inquiéter», a-t-elle gazouillé.

À l’ONU, toutefois, M. Danon a dit n’avoir remarqué aucune différence entre la position du gouvernement conservateur de Stephen Harper et celle du gouvernement Trudeau.

«Nous n’avons vu aucun changement dans leurs politiques. Nos deux pays travaillent de concert», a-t-il affirmé, soulignant qu’une annonce à propos d’une nouvelle convention fiscale sera faite cette semaine.

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Le Kenya fait de l’œil au Canada

La ministre kényane des Services publics et de la Jeunesse, Sicily Kariuki, a indiqué au HuffPost que son gouvernement souhaitait ardemment tisser des liens plus serrés avec le Canada.

«Nous avons une administration qui est jeune. Nous sentons donc une connexion naturelle entre le leadership canadien et le nôtre», a-t-elle souligné. Le Canada fait la preuve qu’un jeune leader peut très bien faire.»

Mme Kariuki s’est bien gardée de dire si le Kenya allait appuyer le Canada au Conseil de sécurité – ce n’est pas son portefeuille – mais elle n’a pas hésité à appuyer les positions de M. Trudeau, particulièrement dans les dossiers de la jeunesse et de la condition féminine. «J’ai besoin de lui au Kenya! Livrez-le moi!» a blagué la ministre.

Justin Trudeau était le coprésident d’une table ronde avec la reine Rania de Jordanie, à l’ONU, lundi. Photo: Sean Kilpatrick/The Canadian Press

Justin Trudeau a commencé sa journée de lundi en coprésidant une table ronde sur les réfugiés et les migrants avec la reine Rania de Jordanie.

Dans son discours d’ouverture, alors qu’il parlait des 31 000 réfugiés syriens que le Canada avait déjà accueillis, il a été coupé par des cris de joies et des applaudissements peu orthodoxes dans un contexte du genre.

Le Canada, et tous les pays, a dit Justin Trudeau, ont la responsabilité d’en faire davantage pour résoudre la crise des migrants.

«C’est le moment de voir comment nous pouvons tous contribuer à cet effort», a-t-il ajouté. Au même moment, un étage plus haut, le directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations, William Swing, condamnait les «discours publics toxiques qui ont cours présentement quand vient le temps de parler de migration».

«C’est le moment de voir comment nous pouvons tous contribuer à [résoudre la crise des migrants].»

— Justin Trudeau

Ces commentaires étaient prononcés alors que les New-Yorkais venaient tout juste d’apprendre que la police avait identifié Khan Rahami, un immigrant afghan, comme le suspect de l’explosion qui a blessé 25 personnes, dans le quartier de Chelsea, samedi.

«Migration est devenu un mot à connotation négative, a expliqué M. Swing, au côté du vice-secrétaire général des Nations unies, Jan Eliasson. Et pourtant, New York a été bâtie grâce aux talents des immigrants.»

«Nous savons ça et, pourtant, nous parlons des migrants comme de potentiels terroristes, criminels ou porteurs de maladies. Nous devons nous débarrasser de ces stéréotypes. Nous devons démythifier les discours et revenir à la base», a-t-il plaidé.

De bons mots pour Trudeau

Lorsqu’appelé à commenter le nouveau gouvernement canadien, M. Swing n’avait que de bons mots pour Justin Trudeau. «Il a fait quelque chose de très inhabituel pour un politicien, a-t-il expliqué aux journalistes rassemblés à l’extérieur de l’Assemblée générale. Il a inclus dans sa plateforme électorale la promesse d’accueillir 25 000 réfugiés syriens. Et puis, il a dit qu’il n’allait pas les accueillir en tant que réfugiés mais bien en tant que futurs citoyens canadiens.»

«C’est un bon exemple à suivre», a poursuivi M. Swing.

Le premier ministre canadien a plus tard participé à un dîner de presse de l’ONU. Alors qu’il voulait prendre place à l’avant de la salle remplie de diplomates et de personnes d’affaires, M. Trudeau a été sans cesse interpelé afin qu’on puisse prendre des photos avec lui.

La journaliste de CNN Kate Bolduan, qui a présenté Justin Trudeau lors de l’événement, l’a décrit comme étant au premier plan de la crise des migrants. Elle a repris les mots que le premier ministre avait prononcés lorsque la première vague de réfugiés syriens mettait les pieds à l’aéroport de Toronto, en décembre.

«Il a dit ‘‘Nous ne faisons pas que montrer à de nouveaux Canadiens l’essence même du Canada. Nous montrons au monde entier comment ouvrir nos cœurs et accueillir ces personnes qui ont vécu d’horribles choses’’, a raconté la journaliste. C’est un message simple, mais un message puissant à envoyer au reste du monde.»

Le ministre canadien de l’Immigration John McCallum a dit aux reporters être bien conscient du regard admiratif que le Canada a reçu lundi à l’ONU. «Le Canada peut marcher la tête haute», a-t-il noté.

Mais M. McCallum a aussi remis les félicitations en perspective. «L’Allemagne a laissé entrer plus d’un million de personnes et nous, nous en avons sélectionné 25 000. Il y a l’océan Atlantique qui nous sépare de ces parties du monde. Ce n’est pas le cas pour Europe. Alors je suis très fier, en tant que Canadien, de ce que nous avons fait. Mais je serai le premier à dire que les problèmes auxquels nous faisons face n’ont rien à voir avec les problèmes de l’Europe.»

Justin Trudeau prend la pose alors qu’il discute avec l’acteur Ewan McGregor, lors d’un dîner de presse aux Nations unies, lundi. Photo: Sean Kilpatrick/The Canadian Press

Le ministre croit que le Canada peut partager son expérience de programme de parrainage privé, qui a attiré l’intérêt d’au moins 13 autres pays, incluant la Grande-Bretagne. «Ce pourrait être une partie de la solution», a-t-il clamé.

Mais d’abord, M. McCallum tient a faire comprendre à ses collègues rencontrés à l’ONU, dont plusieurs sont témoins d’une xénophobie en hausse envers les réfugiés et les immigrants, que l’immigration a fait du Canada une nation dynamique et prospère.

«Partout sur la planète, les migrants, incluant les réfugiés, appuient notre main-d’œuvre, rééquilibrent le problème de vieillissement de la population et améliorent notre compréhension du monde», a affirmé le ministre McCallum, pendant une table ronde.

«Au Canada, les réfugiés se portent bien, a-t-il ajouté. Deux de nos anciens gouverneurs généraux sont des réfugiés et une de mes collègues au Cabinet, Maryam Monsef, une réfugiée afghane, est aujourd’hui notre ministre des Institutions démocratiques.»

Être ouvert aux nouveaux arrivants fonctionne seulement si la population ne craint pas pour son propre bien-être, a fait savoir le premier ministre Trudeau, lundi après-midi, dans une entrevue à BuzzFeed. «La peur de la globalisation, le protectionnisme, le Brexit… Tout ça existe parce que les populations n’ont pas l’impression d’avoir bénéficié du progrès économique et de la mondialisation», a souligné Justin Trudeau.

«Ce que nous savons c’est que, en effet, le libre-échange et la mondialisation ont été bons pour la croissance. Mais ce ne sont pas toujours les bonnes personnes qui en profitent. Comment pouvons-nous changer les systèmes afin que la population puissent ressentir les effets positifs des échanges et de la globalisation.»

Justin Trudeau devrait s’attaquer à ces mêmes thèmes lorsqu’il prendra la parole pour la première fois devant l’Assemblée générale de l’ONU, mardi.

Ce texte initialement publié sur le Huffington Post Canada a été traduit de l’anglais.

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