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20/09/2016 07:44 EDT | Actualisé 21/09/2017 01:12 EDT

France: début de la construction à Calais d'un mur contre l'intrusion de migrants

La construction d'un mur "anti-intrusion", conçu pour empêcher les migrants désireux de passer en Grande Bretagne d'accéder au port de Calais (nord de la France), a débuté mardi malgré les critiques sur son efficacité et son principe même.

Des ouvriers ont commencé à creuser des tranchées et à couler du béton sous la protection des forces de l'ordre, a constaté l'AFP.

Ce mur de quatre mètres de haut doit courir sur un kilomètre de long de chaque côté de la rocade menant au port de Calais, à quelques centaines de mètres de la "Jungle", un bidonville où vivent entre 7 à 10.000 migrants.

Constitué de panneaux de béton armé, l'ouvrage, qui doit être végétalisé côté circulation, va prolonger les kilomètres de grillages, parfois surmontés de barbelés, installés depuis l'été 2015 pour protéger le tunnel sous la Manche, le port et la rocade. Il sera équipé de caméras et d'un système d'éclairage pour surveiller les tentatives de franchissement.

Le chantier, financé par la Grande-Bretagne, devrait coûter 2,7 millions d'euros et être achevé d'ici la fin de l'année, selon les autorités locales.

L'objectif est à la fois d'empêcher les migrants d'envahir l'autoroute toutes les nuits et de diminuer l'attractivité du site pour les passeurs.

La rocade est régulièrement prise d'assaut par des migrants qui tentent, à leurs risques et périls, de bloquer les camions pour monter à bord et rejoindre clandestinement le Royaume-Uni. La semaine dernière, un adolescent de 14 ans venu d'Afghanistan dans l'espoir de rejoindre sa famille a été tué par une voiture, selon un communiqué publié mardi par l'Unicef.

L'utilité de ce nouveau mur et son principe même ont suscité une polémique des deux côtés de la Manche. Les associations, qui dénoncent l'impasse géographique et juridique dans laquelle se retrouvent les migrants, plaident en faveur de la mise en place d'une véritable politique d'accueil des exilés.

"C'est une très mauvaise façon de dépenser l'argent des Britanniques. (...) Pour que ce soit efficace entre guillemets, il faudrait continuer probablement jusqu'à Dunkerque, Lille, peut-être Paris", dénonce François Guennoc, vice-président de l'Auberge des migrants.

- 'C'est nous qu'on mure '-

Pour la maire de Calais Natacha Bouchart, "ce mur n'a plus lieu d'être" depuis que le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé début septembre la fermeture "le plus rapidement possible" de la "Jungle", dont les habitants doivent être dispersés sur l'ensemble du territoire français.

La municipalité voisine de Marck-en-Calais veut pour sa part voter une motion d'opposition pour éviter que "la Côte d'Opale soit défigurée par des murs érigés un peu partout".

Les riverains, qui expriment régulièrement leur ras-le-bol face au plus grand bidonville de France, sont tout aussi sceptiques. "Le mur qui va être là, il va servir à rien. Au contraire", souligne Bertrand, qui vit à une centaine de mètres des travaux. "Pour l'instant, c'est nous qu'on est en train de murer plutôt que ces gens-là."

Au Royaume-Uni, les critiques sont tout aussi virulentes. La députée écologiste Caroline Lucas a qualifié le mur de "monstrueux". Le collectif Citizens a demandé que l'argent dépensé soit plutôt utilisé pour aider les mineurs bloqués à Calais à rejoindre leur famille au Royaume-Uni.

Ces derniers mois, plusieurs pays européens comme l'Autriche, la Hongrie, la Slovénie et la Macédoine ont érigé des murs ou des clôtures pour filtrer les passages le long de la route dite des Balkans, qui relie géographiquement le Proche et le Moyen-Orient à l'Europe.

En 2015, quand la Hongrie avait érigé un grillage avec la Serbie, l'ancien ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius en avait critiqué le principe: "On ne respecte pas les valeurs de l'Europe en posant des grillages qu'on ne ferait pas pour des animaux", avait-il dit à plusieurs médias.

Plus de 300.000 migrants et réfugiés ont traversé la Méditerranée pour se rendre en Europe en 2016, année qui sera la plus meurtrière si le nombre de personnes décédant dans des naufrages se maintient au rythme actuel, selon le Haut Commissariat aux réfugiés.

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