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20/09/2016 10:48 EDT | Actualisé 21/09/2017 01:12 EDT

A New York, Obama met en garde contre le populisme

A quatre mois de son départ, Barack Obama a mis en garde mardi devant l'ONU contre les dirigeants populistes, appelant à prendre en compte les frustrations dont ils se nourrissent et à ne pas succomber à "un capitalisme sans âme".

Dans un discours à la tonalité plutôt sombre, le président américain a dénoncé la tentation du recours à "l'homme fort" providentiel et multiplié, sans jamais les citer, les allusions au président russe Vladimir Poutine et au magnat de l'immobilier Donald Trump qui espère lui succéder.

"Aujourd'hui, un pays qui serait entouré de murs ne ferait que s'emprisonner lui-même", a-t-il lancé, en référence à celui que le milliardaire a promis, formules tonitruantes à l'appui, de construire le long de l'immense frontière qui sépare les Etats-Unis et le Mexique.

Très attendu sur le conflit syrien sur lequel ses atermoiements, voire son manque d'implication, font l'objet de vives critiques, le président américain s'est borné à réaffirmer qu'il n'existait pas de solution militaire et appelé à poursuivre "le difficile travail de la diplomatie".

Il n'a pas prononcé un mot sur la reprise des combats meurtriers après que le fragile cessez-le-feu laborieusement négocié avec Moscou eut volé en éclats.

Le président américain a réservé une pique à Vladimir Poutine, dénonçant l'attitude d'un pays "qui tente de retrouver sa gloire passée grâce à la force". "Sur la durée, cela diminuera son rang dans le monde", a-t-il prédit.

"Un quart de siècle après la fin de le guerre froide, le monde est, à de nombreux égards, moins violent et plus prospère que jamais", a-t-il lancé lors de son dernier discours devant l'Assemblée générale des Nations unies. "Et pourtant nos sociétés sont marquées par l'incertitude, le malaise et les affrontements".

- 'Le paradoxe de notre monde' -

"C'est le paradoxe qui définit notre monde", a-t-il poursuivi, évoquant une profonde perte de confiance dans les institutions.

A moins de 50 jours de l'élection qui désignera son successeur à la Maison Blanche, M. Obama a évoqué la montée en puissance à travers le monde d'un "populisme grossier", venu parfois de l'extrême gauche mais "le plus souvent" de l'extrême droite.

Pour le président américain, cette tendance ne doit pas être sous-estimée: trop de frustrations et d'injustices, en particulier économiques, ont trop longtemps été ignorées.

"Un monde dans lequel 1% de l'humanité concentre autant de richesses que les 99% restants ne sera jamais stable", a-t-il martelé.

Vantant, comme il l'a fait régulièrement à cette tribune au cours des huit années écoulées, les vertus de la diplomatie, exemples de Cuba et de la Birmanie à l'appui, il a reconnu que les résultats pouvaient parfois sembler maigres face aux "conflits brutaux" qui jettent des milliers de réfugiés sur les routes.

C'est sur ce thème qu'il s'est montré le plus pugnace, jugeant que de nombreux pays riches ne faisaient pas assez face à l'ampleur du défi.

"Nous devons aller de l'avant, même quand c'est difficile d'un point de vue politique", a-t-il lancé, évoquant ces hommes et ces femmes jetés sur les routes et contraints d'abandonner tout ce qu'ils connaissent et tout ce qu'ils aiment.

"Nous devons nous imaginer ce que ce serait si cela arrivait à nos familles, à nos enfants", a insisté le président américain.

Les Etats-Unis ont accueilli 10.000 réfugiés syriens au cours de l'année fiscale écoulée, un chiffre jugé très insuffisant par des défenseurs des droits de l'homme qui fustigent le manque de réactivité de la première puissance mondiale face à une crise migratoire d'une ampleur sans précédent.

M. Obama a aussi profité de sa dernière apparition à la tribune des Nations unies pour redire sa vison de la place des Etats-Unis dans un monde multipolaire.

"Depuis que je suis président, j'ai constaté que les adversaires et certains des alliés de l'Amérique étaient convaincus soit que tous les problèmes du monde étaient provoqués par Washington, soit qu'ils pouvaient tous être résolus par Washington", a-t-il dit.

"Peut-être que trop de gens à Washington en sont eux-mêmes convaincus", a-t-il ajouté sous les rires.

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