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19/09/2016 01:07 EDT | Actualisé 19/09/2017 01:12 EDT

Le procès d'un ex-infirmier d'Auschwitz reprend dans un climat délétère

"Farce", "mascarade", "spectacle indigne": les dénonciations fusent depuis des mois autour du procès de Hubert Zafke, ex-infirmier âgé de 95 ans du camp de concentration d'Auschwitz, qui a repris lundi en Allemagne dans un climat exceptionnellement tendu.

L'ancien SS répond depuis le 29 février de "complicité" dans l'extermination d'au moins 3.681 juifs gazés dès leur arrivée dans le camp emblématique de la Shoah, entre le 15 août et le 14 septembre 1944. Mais jusqu'ici, les faits n'ont jamais été abordés, et la procédure tient plus que jamais à un fil.

Pour cette cinquième journée d'audience, qui s'est ouverte à 08H00 GMT à Neubrandenbourg (nord-est), Hubert Zafke est arrivé en chaise roulante, conduit par l'un de ses fils, tandis que les trois autres prenaient place dans la salle. Seule une vingtaine de spectateurs sont présents, dix fois moins que pour le dernier procès nazi en date.

Lors de la dernière audience, les parties civiles avaient demandé la récusation du tribunal. Requête rejetée, apprend-t-on lundi par le juge Klaus Kabisch. Mais c'est maintenant au tour du parquet d'avancer dans une ambiance glaciale sa propre demande de récusation contre ce président, qu'il accuse de partialité.

Depuis des mois, la santé de l'accusé est l'objet d'une bataille d'experts. A chaque fois qu'un médecin l'estime apte à comparaître, le tribunal sollicite un autre avis.

- Partialité ? -

Hubert Zafke est le quatrième accusé d'une vague de procès tardifs du nazisme, après John Demjanjuk (2011), Oskar Gröning (2015) et Reinhold Hanning en mai dernier, tous condamnés dans une ambiance solennelle face à des salles combles.

A Neubrandenbourg, petite ville d'ex-RDA cernée par des lacs, l'audience a d'emblée livré un visage différent: celui d'une guérilla opposant le juge aux parties civiles et au parquet.

"Les parties civiles ont abandonné tout espoir que s'ouvre un jour, sous la présidence de ce magistrat, un procès qui soit autre chose qu'une farce", écrivaient la semaine passée leurs avocats, Thomas Walther et Cornelius Nestler.

Accusant le juge de saboter "par tous les moyens" sa propre audience, les deux conseils ont réclamé à deux reprises la récusation du juge, tout comme, chose rarissime, le parquet.

"La justice a rarement offert un spectacle aussi indigne", souligne l'hebdomadaire Der Spiegel, abasourdi par le contraste avec les précédents procès, émouvants et denses.

Soixante-dix ans après la Seconde guerre mondiale, l'âge avancé des suspects a fait échouer nombre de procédures contre d'anciens nazis. Un ex-gardien d'Auschwitz est mort une semaine avant son procès en avril, alors qu'une ancienne télégraphiste du même camp a été jugée récemment inapte à comparaître.

Mais jamais la question n'avait empoisonné à ce point une audience, et personne ne sait si le tribunal examinera un jour les charges pesant sur Hubert Zafke.

- 'Cache-sexe' -

Faute de débat judiciaire, les escarmouches entre accusation et défense se sont déplacées dans la presse où l'avocat de M. Zafke, Peter-Michael Diestel, a fustigé une procédure "humainement préoccupante" et "politiquement douteuse".

"Je considère extrêmement pénible que la justice allemande n'ait pas, ou seulement de manière lacunaire, travaillé sur l'Holocauste et que l'on cherche à organiser un cache-sexe avec ce genre de procès", déclarait en février ce pénaliste de renom.

La rareté des condamnations d'anciens nazis au XXe siècle a souvent été invoquée ces dernières années pour justifier la volonté de les juger "jusqu'au dernier".

Mais pour Me Diestel, "on inflige ça aux mauvaises personnes alors que dans les années 1960-1970, les responsables ont été renvoyés chez eux avec des peines de complaisance, des non-lieux ou des acquittements".

Engagé à 19 ans dans la Waffen SS, Hubert Zafke a combattu sur le front de l'Est, suivi une brève formation au camp de Dachau et servi à Neuengamme et Auschwitz, auprès des médecins chargés de "sélectionner" les déportés envoyés à la mort.

Sur la période visée par l'accusation, 14 convois de déportés sont arrivés à Auschwitz. Dans l'un d'eux se trouvaient Anne Frank, auteur du célèbre journal, ses parents et sa soeur aînée.

La mère de l'adolescente néerlandaise est morte d'épuisement à Auschwitz. Les deux soeurs ont succombé à Bergen-Belsen début 1945.

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