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17/09/2016 20:49 EDT | Actualisé 18/09/2017 01:12 EDT

Isolé et en crise, le Venezuela reçoit le sommet des Non-Alignés

Le Venezuela a pris samedi la présidence pour trois ans du Mouvement des Non-Alignés alors qu'il cherche à rompre son isolement international en pleine crise politique et économique.

Caracas n'a pas précisé combien de pays, sur les 120 membres constituant le Mouvement, étaient représentés pour ce 17e sommet qui se tient jusqu'à dimanche sur l'île de Margarita (nord).

Le président iranien Hassan Rohani, qui remettait la présidence du Mouvement, a souhaité que grâce à "l'effort et l'engagement des autorités vénézuéliennes", les Non-Alignés soient encore "renforcés".

Le Venezuela assumera cette présidence alors que le président socialiste Nicolas Maduro, impopulaire, est sous pression: l'opposition de centre droit cherche à le faire partir via un référendum révocatoire.

M. Maduro a estimé samedi dans un discours que son gouvernement était victime d'une "attaque impérialiste" et d'une "guerre économique" cherchant à le destituer.

Le chef de l'Etat espère "profiter de ce sommet historique et de la présidence du Mouvement pour continuer à dénoncer cette droite pro-impérialiste, agenouillée devant les intérêts de l'empire (les Etats-Unis, ndlr)", avait-il déjà lancé avant le sommet, accusant l'opposition de fomenter un coup d'Etat avec le soutien de Washington.

La défiance à l'égard des Etats-Unis étant un élément fédérateur du Mouvement, le président vénézuélien en a profité pour engranger les soutiens, notamment dans les discours hostiles à la Maison Blanche de Cuba, la Bolivie, l'Equateur et la Corée du Nord.

Se félicitant de vouloir établir "une coexistence civilisée" avec son voisin, le président cubain Raul Castro l'a toutefois accusé de "subversion et d'ingérence" dans ses plans.

"Je réaffirme notre solidarité avec le Venezuela et propose que ce sommet rejette toute tentative d'ingérence et de déstabilisation externes", a renchéri le président équatorien Rafael Correa.

Le ministre nord-coréen des Affaires étrangères Ri Yong-ho a lui incité les Etats-Unis à la "prudence" et au "self-control", menaçant d'utiliser l'arme nucléaire après le survol mardi de bombardiers américains dans le ciel sud-coréen, en réaction à un cinquième essai nucléaire par Pyongyang.

Bienvenus, ces appuis ne cachent toutefois pas le fait que le Venezuela soit de plus en plus isolé sur la scène internationale, y compris dans sa propre région: cette semaine, l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay, pays fondateurs du Mercosur, lui ont retiré la présidence tournante du marché commun sud-américain, préférant l'assumer conjointement.

Le pays se voit reprocher de n'avoir ratifié, depuis son adhésion en 2012, qu'un nombre restreint des normes juridiques du Mercosur.

Furieux, Caracas a dit refuser cette décision et garder la présidence, donnant lieu à une situation ubuesque pour ce bloc régional fondé en 1991.

- 'Cacher la grave crise interne' -

Caracas espère aussi un soutien à sa campagne auprès des producteurs de pétrole pour stabiliser les cours.

A l'appui des aspirations vénézuéliennes, l'Equatorien Rafael Correa, dont le pays est le plus petit des membres de l'Opep, a estimé en marge du sommet qu'il existait "un danger" que le cartel des pays producteurs et exportateurs de pétrole "se désintègre" en raison des divergences stratégiques entre ses membres.

Le pays pétrolier, dont l'économie a sombré avec la chute des cours du brut, affiche désormais la pire inflation au monde, attendue à 720% cette année par le FMI, et une pénurie touchant 80% des aliments et médicaments.

"Que cherche Maduro? Faire croire qu'ici, il ne se passe rien", explique à l'AFP l'analyste Milagros Betancourt.

"Il ne veut pas perdre plus de légitimité internationale car à l'échelle nationale, il l'a perdue depuis déjà longtemps", estime-t-elle, mais "le pays n'est pas en condition de réaliser ce sommet. La question de l'insécurité et des pénuries fait qu'il sera de faible importance".

En accueillant ce sommet, "ce que cherche véritablement (le gouvernement), c'est une photo (de famille) très coûteuse pour essayer de cacher la grave crise interne et l'isolement international du Venezuela", juge l'analyste Kenneth Ramirez, de l'Université centrale du Venezuela.

L'opposition accuse le gouvernement de dépenser des millions dans cet événement qui selon elle ne sert qu'à "se donner une bonne image" et "maquiller" la situation interne.

"Ils sont en train de monter un spectacle qui se moque des Vénézuéliens qui ont faim", affirme l'ex-candidat à l'élection présidentielle Henrique Capriles.

L'île touristique de Margarita, notamment, subit de plein fouet cette crise économique. Mais dans les jours qui ont précédé ce sommet, les rues ont été refaites. L'eau ne manque plus, les hôtels se sont remplis et inversement, les files d'attente ont disparu dans les supermarchés.

L'île a été le théâtre de tensions ces dernières semaines, avec une trentaine de personnes arrêtées après des manifestations et concerts de casseroles lors de la venue du président Maduro.

Par précaution, le gouvernement a déployé dans la région plus de 14.000 policiers et militaires.

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