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17/09/2016 20:45 EDT | Actualisé 18/09/2017 01:12 EDT

En Californie, le blues des amoureux des armes à feu

Au stand de tir LAX Firing Range à Los Angeles, l'idée d'un renforcement du contrôle des armes défendu par Hillary Clinton fait grincer des dents: "Les propriétaires d'armes en Californie se sentent assiégés", s'insurge Jim Tarbin, un policier à la retraite.

La Californie a beau être un bastion démocrate aux Etats-Unis, la candidate à la présidentielle hérisse une partie de son électorat sur la question des armes à feu.

"Les propriétaires d'armes ne peuvent pas s'exprimer ici, nous sommes toujours en minorité électorale", déplore un employé du LAX Firing Range qui veut rester anonyme.

La réglementation californienne est la plus stricte du pays, d'après le site spécialisé Smartgunlaws.org, avec des contrôles d'antécédents judiciaires obligatoires, des limites sur la capacité des chargeurs, l'interdiction des armes automatiques...

De nouvelles mesures de contrôle d'accès aux armes devraient être adoptées lors d'un référendum en marge de la présidentielle du 8 novembre, soutenues par deux tiers des électeurs.

Et Hillary Clinton promet de "s'attaquer au lobby des armes à feu", de généraliser les vérifications d'antécédents judiciaires ou mentaux, et de "débarrasser les rues des armes de style militaire".

Son rival républicain Donald Trump écrit à l'inverse dans son programme que "le droit du peuple à posséder et porter des armes", le fameux deuxième amendement, "ne doit pas être contesté".

Entre 8 et 11 millions de Californiens possèdent une arme à feu selon les estimations, soit un quart de la population de l'État, et le deuxième contingent du pays après le Texas.

Selon une étude du cabinet Pew Research, 40% des détenteurs d'armes aux États-Unis sont républicains, deux fois plus que les démocrates. Mais en Californie, la part des démocrates est plus importante.

"Nous pensons qu'il y a un immense nombre de démocrates chez les propriétaires d'armes californiens", assure Sam Paredes, directeur de l'association des propriétaires d'armes de Californie, tout en expliquant qu'il n'existe pas de statistiques officielles.

- 'Gunmaggedon' -

Il avertit que "beaucoup de gens sont contrariés qu'Hillary Clinton soit si agressive (sur la question des armes) et ils le montreront au moment de voter".

Employé du LAX Firing Range, Justin Frew, 30 ans et barbe de hipster, dit "avoir peur de Trump", mais aussi "d'un renforcement de la loi car ce sont des gens qui pour la plupart n'ont jamais tiré avec une arme qui empiètent sur mes droits".

Adolphus Beal, décorateur de séries télé à la retraite, se dit "démocrate, mais je pense quand même que les gens ont le droit d'avoir une arme".

Si la vaste majorité des propriétaires d'armes en Californie soutient des mesures comme les vérifications d'antécédents et même les formations obligatoires au maniement des armes, tous vilipendent ce qui limite le type ou la quantités de pistolets, fusils et munitions que peuvent acheter "les citoyens respectueux des lois".

Y compris les décriés fusils semi-automatiques utilisés lors des attentats de San Bernardino en Californie en décembre (14 morts) ou à Orlando en juin (49 morts).

Interpellé sur le massacre d'Orlando, Justin répond: "La boîte gay? Je suis homosexuel et je ne pense pas que l'arme était le problème".

Interrogé sur les 33.000 décès annuels par balles aux États-Unis, il les relativise en les comparant aux accidents de voiture ou au victimes d'armes blanches, faisant écho aux arguments du puissant lobby des armes à feu, la NRA.

"Les criminels trouveront toujours le moyen de faire du mal. Regardez à Nice, ils ont utilisé un camion", remarque Paul Danner, un assistant réalisateur de télévision.

D'après Smartgunlaws.org, les lois californiennes ont toutefois permis de diviser par deux les victimes d'armes à feu en 25 ans.

Dans ce climat perçu comme hostile, "beaucoup de gens déménagent vers des États plus favorables aux armes comme le Nevada ou l'Arizona", affirme Justin.

Et face au spectre d'un "gunmaggedon" et de sévères restrictions, les ventes d'armes et munitions ont bondi en Californie ces derniers mois.

David Baranco, un graphiste démocrate de 38 ans, a récemment acheté son premier pistolet parce "qu'un jour ça sera interdit" et qu'"il voulait vivre cette expérience qui fait partie de notre culture".

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