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18/09/2016 04:22 EDT | Actualisé 19/09/2017 01:12 EDT

5 questions à Richard Gingras, directeur chez Google

Directeur des nouvelles chez Google, Richard Gingras, est un des maîtres à penser de la nouvelle initiative de l'entreprise californienne visant à accélérer l'affichage des pages web sur téléphone mobile. Il s'intéresse également à l'innovation en journalisme. Nous avons profité de son passage à Montréal lors de la conférence annuelle des diffuseurs publics, la Public Broadcasters International, pour s'entretenir avec lui.

Un texte de Johanne Lapierre

Q : Le monde des médias vit de profonds changements, avec l'émergente constante de nouvelles plateformes. Comment pensez-vous que la consommation d'information évoluera au cours des années à venir?

R : Manifestement, nous vivons à une époque excitante et pleine de défis, une époque de constants changements. Cela peut être excitant, mais intimidant à la fois. L'Internet a été une avancée extraordinaire pour la société. Cela a donné l'accès à l'information à des gens de partout dans le monde, accès à un moyen d'expression inédit. C'est extraordinaire!

Mais cela ne vient pas sans défis. Les gens consomment plus de contenu que jamais, et ce, de plusieurs façons différentes. Prenons par exemple l'élection présidentielle aux États-Unis. C'est une élection intéressante et très divisée, mais on ne peut nier que les gens trouvent leurs propres sources, leurs propres informations. Ils en arrivent à des conclusions et se forgent des opinions qui ne sont peut-être pas basées sur de l'information qui leur est utile.

Je pense que nous avons une responsabilité, comme industrie, en tant qu'écosystème journalistique, de vraiment repenser comment le journalisme fonctionne. C'est l'objectif du journalisme. Comment pouvons-nous reconstruire la confiance qu'ont les utilisateurs envers les médias? Y a-t-il de nouvelles et de meilleures façons de transmettre des connaissances aux citoyens pour qu'ils puissent exercer leurs devoirs civiques et mieux gérer nos sociétés? C'est crucial!

Mais le paysage médiatique a changé. Les habitudes de consommation ont changé. La façon dont se forgent les opinions des gens a changé. Nous voyons probablement un peu trop que les gens sont à la recherche d'une certaine confirmation de leurs préjugés, et probablement trop de médias qui sont prêts à fournir des affirmations plutôt que des informations.

Alors, je crois que nous devons prendre du recul, et nous interroger sur le rôle du journalisme. Comment allons-nous faire évoluer les formats, les méthodes, son approche à la transparence? Le tout pour gagner la confiance de nos sociétés et permettre aux gens de tirer plein profit des informations dans le but de mieux diriger notre société.

Q; Comment Google peut-il être un acteur de ces changements?

R : Nous pouvons être un acteur, et nous essayons très fort d'être un acteur dans le cadre de notre position dans l'écosystème, notamment avec notre service de recherche sur Google.

Comment pouvons-nous contribuer à permettre, à travers notre compréhension de l'écosystème, des approches différentes? Pouvons-nous apporter de nouveaux outils à la table? Nous avons généré de nombreux outils dans le domaine de l'analyse de données, qui sont notamment utiles au journalisme de données.

Pouvons-nous aider à stimuler de nouvelles formes journalistiques? Il y a beaucoup de journalisme de données qui se fait, et c'est si important dans notre société guidée par les données. Comment pouvons-nous prendre le résultat de ce travail et le rendre plus facile à trouver, plus disponible?

Par exemple, si je veux trouver le taux de crime dans ma ville, je devrais être capable de faire une recherche sur Google, et voir immédiatement apparaître un encadré, qui pourrait citer plusieurs sources, exposant la situation du crime dans ma communauté.

Q : Vous avez récemment lancé le projet Accelerated mobile pages (AMP). Est-ce en réaction à la hausse de consommation d'information sur des applications versus le web, jugé un peu lent? Est-ce une réponse aux initiatives de concurrents, comme les Instant articles de Facebook?

R : Le projet Accelerated mobile pages, ou ce que nous appelons AMP, qui par ailleurs est un projet en code source ouvert (open source), est une réponse au simple fait que le web est devenu lent au fil des ans. Au fur et à mesure que la technologie s'est améliorée, les sites web sont devenus de plus en plus lourds. Du point de vue des données, la page mobile moyenne d'un site de nouvelles est de 10 mégaoctets aujourd'hui. C'est un problème, particulièrement sur mobile, quand les gens ont des plans de données limités.

Il y a aussi des problèmes sur le web avec certains comportements publicitaires, que nous pourrions qualifier de moins que respectueux pour les consommateurs. Ces deux facteurs réunis font que le web n'est peut-être pas aussi pertinent que nous l'aimerions.

Est-ce particulièrement un problème aujourd'hui, dans un monde où les gens passent beaucoup de temps sur les médias sociaux? Absolument! Nous croyons, comme les centaines d'éditeurs avec qui nous travaillons dans le monde, qu'il est absolument crucial que nous rendions le web plus attirant.

Q : Est-ce que cela s'en vient bientôt sur Google Actualités Canada en français?

R : Tous les mois, nous le rendons disponible sur de nouvelles surfaces. Nous avons commencé à l'offrir sur Google Actualités il y a plusieurs mois et nous continuons à le faire. Nous voulons le rendre disponible pour tous les résultats de recherches organiques cette année, pour créer une expérience plus satisfaisante pour nos utilisateurs. Une chose que nous savons avec l'expérience que nous avons aujourd'hui, c'est que nos utilisateurs préfèrent consulter du contenu à haute vitesse. Et quand ils voient cet éclair à côté d'un article, ils sont plus enclins à cliquer dessus. Et c'est compréhensible.

Notre temps est précieux. Et nous perdons trop de ce temps à attendre que des pages s'ouvrent! Quarante pour cent des utilisateurs vont abandonner une page web si elle prend plus de trois secondes à se charger. C'est donc visiblement important pour l'utilisateur que nous rendions le téléchargement des pages rapide à nouveau. Nous ne pouvons pas ajouter des heures dans une journée, mais nous pouvons faire bouger les choses pour nous assurer que le temps des gens est utilisé de façon judicieuse. Dans ce cas précis, éliminons l'attente! Ce n'est pas le "world wide wait", c'est le "world wide web"!

Q : Il y a déjà eu des critiques d'éditeurs envers Google Actualités. Est-ce que AMP crée un scénario gagnant-gagnant entre Google et les éditeurs?

R : Sans aucun doute, c'est un scénario où tout le monde gagne. Et honnêtement, avec Google Actualités, ça l'a toujours été. Il y a longtemps eu une mauvaise compréhension de la façon dont Google Actualités fonctionne. La vision voulant que disons Google prend le contenu des éditeurs, cela n'a jamais été le cas. La seule chose que nous faisons sur Google, c'est que nous mettons en valeur une manchette, puis le lien, évidemment, et dans plusieurs cas un bout de la première phrase de l'article pour l'usager. Le clic va à l'éditeur. Cela a toujours fonctionné comme ça.

Mais il y a eu de l'incompréhension, et nous avons travaillé fort pour clarifier la situation. La vérité, c'est que Google dirige plus de 10 milliards de visites sur les sites d'actualité tous les mois, ce qui est un énorme avantage. Et tout éditeur qui ne veut pas voir son contenu sur Google Actualité ou Google Search peut le faire très facilement.

Les éditeurs reçoivent un très grand nombre de visites via Google, et nous voulons que cela augmente. Pour être vraiment clairs, nous ne faisons pas d'argent avec Google Actualités. Il n'y a pas de publicités sur Google Actualités. C'est un service que nous offrons à nos utilisateurs. Nous redirigeons simplement le trafic vers eux.