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16/09/2016 02:32 EDT | Actualisé 17/09/2017 01:12 EDT

Scandale du diesel: un an après, la page est loin d'être tournée pour Volkswagen

Il y a près d'un an, la duperie de Volkswagen sur des millions de véhicules diesel éclatait au grand jour, plongeant le mastodonte allemand dans la plus grave crise de son histoire.

Depuis septembre 2015, les rebondissements sont multiples.

Nouvelle illustration vendredi. A deux jours de la date anniversaire du "dieselgate", l'Etat régional allemand de Hesse (ouest) a annoncé porter plainte contre Volkswagen, comme l'a déjà fait la Bavière (sud).

La Hesse lui reproche de ne pas avoir respecté ses obligations de publication d'informations.

Pour le même motif, le plus grand gestionnaire d'actifs au monde, l'américain Blackrock, a décidé de se joindre à d'autres investisseurs pour poursuivre en justice Volkswagen. Selon une déclaration obtenue vendredi par l'AFP, Blackrock l'accuse de "manquements dans la divulgation aux investisseurs de l'utilisation de +dispositifs truqueurs+ pour manipuler les tests d'émissions" polluantes.

Selon la presse, cette plainte porte sur deux milliards d'euros de demandes de dédommagement et devait être déposée vendredi au tribunal de Brunswick (nord de l'Allemagne).

Champion européen de l'automobile avec ses douze marques (Volkswagen, Audi, Porsche, Seat, etc), ses 200 milliards de chiffre d'affaires annuel et ses quelque 600.000 employés dans le monde, Volkswagen jouissait d'une solide réputation.

- Démission -

C'était avant les révélations des autorités américaines, le 18 septembre 2015, en plein salon de l'automobile de Francfort. Le 22 septembre, le constructeur admet avoir installé sur 11 millions de véhicules diesel dans le monde un logiciel destiné à tromper les tests d'homologation en réduisant temporairement les émissions polluantes.

Le patron de Volkswagen Martin Winterkorn démissionne, en jurant n'avoir jamais rien su, laissant sa place à Matthias Müller, alors patron de la marque Porsche.

Le "dieselgate" génère une avalanche de demandes de dédommagement des autorités, clients et investisseurs. Pour y faire face, Volkswagen met de côté 18 milliards d'euros, dont plus de 16 milliards en 2015, ce qui lui vaut sa première perte annuelle en plus de vingt ans.

A la Bourse de Francfort, l'action affiche toujours une chute de 25% par rapport à son niveau d'avant-crise.

Les ventes mondiales du groupe ne se sont pas effondrées, mais Volkswagen a perdu du terrain face à ses concurrents.

"Le scandale est loin d'être fini pour Volkswagen", observe Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Centre de recherche automobile CAR.

Australie, Espagne, France, Italie, Corée du Sud... La liste des pays où Volkswagen fait l'objet de litiges juridiques est longue.

Aux Etats-Unis, l'allemand a accepté de verser environ 15 milliards de dollars, ce qui lui permettra notamment d'indemniser généreusement les propriétaires de 480.000 voitures. Mais il fait encore l'objet d'une enquête pénale et n'a pas apporté de solution pour tous les véhicules truqués.

En Allemagne, la justice enquête sur les responsabilités de 30 personnes, dont Martin Winterkorn. Déjà près de 400 investisseurs réclament au groupe environ 4 milliards d'euros.

- 'Tournant pour le diesel' -

A l'échelle européenne, la grogne monte contre l'inégalité de traitement entre consommateurs américains et européens. Volkswagen refuse d'indemniser ces derniers, se contentant de procéder au rappel de 8,5 millions de véhicules pour une mise aux normes.

La facture totale pour le groupe pourrait être de 25 à 35 milliards d'euros et obliger Volkswagen à remettre au pot, selon les experts.

Le scandale constitue toutefois une "chance pour Volkswagen", assure M. Dudenhöffer. Le groupe en a profité pour adopter une nouvelle stratégie, axée sur le développement de l'électrique, des services et de la voiture autonome.

La tricherie a aussi eu des effets sur l'industrie tout entière, des investigations montrant que les moteurs diesel d'autres constructeurs émettaient également davantage sur les routes que lors des tests, sans preuve incontestable de l'utilisation d'un logiciel fraudeur.

Selon Stefan Bratzel, spécialiste automobile de l'institut CAM, le scandale a marqué un "tournant pour le diesel" en mettant en lumière les failles existantes dans la réglementation européenne sur les émissions polluantes, qui va être durcie.

Les constructeurs devront se soumettre à partir de septembre 2017 à des tests de leurs véhicules en conditions réelles, et plus seulement en laboratoire.

Cela va les contraindre à investir massivement dans des systèmes de dépollution plus performants et conduire à une raréfaction des motorisations diesel en Europe, sans doute au profit de l'électrique.

bur-esp/ilp/prh

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