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16/09/2016 02:10 EDT | Actualisé 17/09/2017 01:12 EDT

Les millionnaires de l'agriculture bulgare nourris aux fonds européens

Ils étaient camarades de classe, sont devenus agriculteurs mais ne jouent plus dans la même catégorie: l'un règne sur une flotte de tracteurs et des champs de céréales à perte de vue, l'autre s'échine sous le soleil pour cueillir ses framboises à la main.

A Troud, dans le centre de la Bulgarie, Svetoslav Roussalov, 43 ans, incarne la réussite avec ses revenus confortables, son exploitation moderne, son statut de patron de l'association nationale des producteurs de céréales.

Dans sa ferme bio voisine, Nadia Petkova rêve d'acheter un tracteur, mais son modeste chiffre d'affaires ne lui suffit pas.

"Je fais tout à la main, je retire les brins d'herbe un à un", explique cette ex-ingénieur du bâtiment. "J'ai failli renoncer plusieurs fois, mais c'est ma vocation", ajoute l'agricultrice. Ses parents âgés lui donnent un coup de main les jours de marché.

Deux réalités coexistent dans le monde rural bulgare qui traduisent, selon les experts, les dérives des subventions européennes de la politique agricole commune (PAC), basée sur un financement à l'hectare.

Jusqu'à cette année, la Bulgarie était l'un des rares pays où il n'existait aucun plafond à la somme versée par exploitation. Cette gestion a favorisé la formation de vastes domaines céréaliers au détriment des autres cultures traditionnelles, tous les fruits et légumes dont le pays était un exportateur renommé à l'époque communiste.

- Méga-fermes -

Des "méga-fermes" d'une taille moyenne de 2.430 ha (soit la moitié de la superficie de Manhattan), dix fois supérieures à la moyenne européenne de 250 ha, ont remodelé le paysage du pays plus pauvre de l'Union européenne, relève l'institut de Recherches économiques (ERI) à Sofia.

Au marché, les Bulgares ne cessent de critiquer le goût des tomates importées, des haricots du Brésil, de l'ail de Chine, autant de cultures traditionnelles devenues peu rentables. Idem pour les produits de l'élevage, secteur démantelé après la fermeture chaotique des coopératives communistes.

"Nous étions connus pour les exportations de fromage en saumure. Maintenant nous exportons des céréales, mais importons du lait et de la viande. Les légumes ont également disparu", affirme à l'AFP Ognian Boyukliev, chercheur à l'ERI.

Dans une étude récente il souligne que la PAC, telle qu'appliquée en Bulgarie, a concentré la terre et les subventions agricoles entre les mains d'une poignée de millionnaires.

Une centaine de sociétés bulgares touchent 75% de l'aide agricole européenne, soit 380 millions d'euros pour 2016, selon l'étude.

"Si on travaille 30.000 hectares, multipliez ceci par 150 euros et vous verrez de quelle immense somme il s'agit dans un pays comme la Bulgarie", aoute M. Boyukliev.

Le gouvernement "a déformé le marché en faisant des subventions une source de revenus pour les agriculteurs qui s'achètent maisons et voitures", critique l'analyste agricole Nikolay Valkanov.

- Récompenser le risque -

Cette année, neuf ans après son adhésion à l'UE, la Bulgarie a plafonné les subventions agricoles à 300.000 euros par exploitation. Les experts assurent toutefois que les entrepreneurs agricoles contournent la règle en faisant enregistrer de nouvelles sociétés par leurs collaborateurs.

Les grands producteurs de céréales se défendent, en rappelant que leurs efforts ont permis la valorisation de terres fertiles, largement abandonnées dans les années 1990.

La dissolution des coopératives communistes à la chute du régime a permis la restitution de la terre à ses anciens propriétaires et à leurs héritiers qui n'avaient ni les moyens, ni les connaissances pour l'exploiter. Beaucoup ont préféré la vendre ou la louer à des entrepreneurs agricoles.

"Je ne vois rien de mal à ce que des agriculteurs aient regroupé des terrains et en aient tiré des revenus. Ils ont été récompensés pour les risques qu'ils ont pris", plaide M. Roussalov.

La Commission européenne défend, elle aussi, les subventions. La constitution de larges exploitations agricoles "est une tendance de long terme qui n'est pas propre à l'UE et ne doit donc pas être attribué à la PAC", a déclaré une source européenne à l'AFP.

Le gouvernement bulgare a commencé depuis 2015 à diriger des fonds européens vers la culture des fruits et légumes ainsi que l'agriculture biologique. Les petits fermiers "sont la colonne vertébrale du pays sans être sa priorité", regrette Nadia Petkova.

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