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14/09/2016 03:56 EDT | Actualisé 15/09/2017 01:12 EDT

Thaïlande: la justice reconnait que quatre musulmans sans armes ont été tués dans le sud rebelle

La justice thaïlandaise a reconnu mercredi que quatre musulmans sans armes avaient été tués lors d'un raid de l'armée dans le sud rebelle du pays, ouvrant la voie à une condamnation des gradés et policiers responsables qui serait sans précédent.

Cette affaire survient alors que le ressentiment de la population locale, à majorité musulmane, est fort dans cette région, après plus de dix ans d'un conflit où "bavures" de ce type et exécutions extrajudiciaires par les forces de l'ordre se sont accumulées, selon les ONG de défense des droits de l'Homme.

L'affaire remonte au 25 mars 2015, quand un raid a été lancé sur le village de Ban To Chut, dans la province de Pattani.

Les forces de sécurité pensaient ouvrir le feu sur un groupe de rebelles. L'enquête a révélé qu'il s'agissait de civils non armés, deux villageois et deux étudiants.

Habituellement, les enquêtes concernant les civils tués par erreur dans des raids restent sans suite en Thaïlande.

Mais dans le cas de Ban To Chut, le tribunal de Pattani a conclu noir sur blanc que "les hommes sont morts sous les balles des membres de l'armée et de la police", s'est félicité Abdulha Awaerputae, avocat représentant les familles des victimes.

"Malheureusement, ce n'est pas un cas exceptionnel. Nous avons eu des affaires similaires par le passé... Mais à la fin les responsables ne sont pas punis", a réagi avec plus de prudence Pornpen Khongkachonkiet, d'Amnesty International.

"La justice décidera si les autorités ont commis des violations de droits", s'est borné à commenter le colonel Pramote Prom-In, porte-parole de l'armée dans le sud de la Thaïlande, interrogé par l'AFP.

Les commandants ayant ordonné l'assaut de Ban To Chut ont seulement été transférés pour l'heure, a-t-il précisé.

Le conflit séparatiste dans le sud du pays, oublié de la scène internationale, a fait plus de 6.500 morts depuis son lancement en 2004. La plupart sont des civils, tués lors d'attentats rebelles ou de raids des forces de sécurités thaïlandaises.

Plusieurs attentats ces dernières semaines, notamment en août dans des stations balnéaires, ont tourné les projecteurs vers les rebelles du sud.

La police évoque la piste comme une des plus sérieuses et les spécialistes du conflit pointent du doigt la frustration grandissante sur le terrain, en l'absence de toute négociation avec la junte au pouvoir à Bangkok depuis le coup d'Etat de mai 2014.

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