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14/09/2016 11:19 EDT | Actualisé 15/09/2017 01:12 EDT

Philippe Crépeau - Bernie Ecclestone et Chase Carey: pour combien de temps ?

C'est la grande question, alors que Liberty Media s'installe en F1.

La presse spécialisée fait déjà état des changements qui s'annoncent avec l'arrivée de Chase Carey, nouveau président de Formula One Group.

S'il a été le bras droit de Rupert Murdoch, c'est que les gros dossiers ne lui font pas peur.

L'entrevue que Bernie Ecclestone et lui ont donnée à la chaîne Sky Sports à Londres était éloquente. M. Carey regardait M. Ecclestone avait toute la sympathie qu'on peut avoir pour un partenaire qu'on va tasser éventuellement.

« Nous allons travailler ensemble », a dit M. Ecclestone. Or, il n'en a jamais été capable, prenant toujours à son compte les grandes décisions.

Le bouleversement dans les télécommunications (avec l'arrivée du numérique) et particulièrement dans les moyens d'information (avec la multiplication des réseaux sociaux) ont fragilisé le pouvoir de Bernie Ecclestone.

« Ces gens veulent faire bouger les choses, prendre la direction des opérations, et ça risque de coincer avec Bernie », croit son vieil ami Max Mosley, ancien président de la FIA, en entrevue à la BBC.

Déjà on lit dans la presse américaine que la F1 doit changer, dans ses horaires, son calendrier, sa façon de vendre son produit.

« C'est comme un coiffeur qui n'offrirait qu'une coupe de cheveux à ses clients », a dit un journaliste de Wired US, publication basée dans la Silicon Valley, grand amateur de F1.

Des commentaires qui visent directement la façon dont Bernie Ecclestone a « pensé » la F1 pendant des années.

Chase Carey a l'avantage d'avoir compris avec la NFL qu'un sport doit en offrir toujours plus à son public.

Quand il négociait les droits de la NFL pour le réseau Fox dans les années 1990, il avait fait comprendre à son patron Rupert Murdoch qu'il fallait miser gros.

Fox avait offert plus de 2 milliards de dollars canadiens (1,58 G$ US) en 1993 pour les droits de la NFL. Une stratégie qui avait permis à Fox d'engranger d'énormes revenus et de devenir un des joueurs majeurs dans la couverture télévisuelle du sport professionnel.

Fox s'est attaquée à la façon de présenter les matchs, pour se démarquer de ce qui se faisait avant sur les autres réseaux.

« Le même sport, une nouvelle philosophie »: c'est le slogan qu'a alors adopté Fox pour la NFL.

Les émissions d'avant match ont été « jazzées », des nouveautés techniques, comme des micros sur les lignes de côté, ont permis aux amateurs de mieux suivre le jeu. La NFL a pris une toute nouvelle dimension aux yeux des amateurs.  

En donner plus aux amateurs

C'est exactement ce que veut faire Liberty Media, après sa prise de contrôle de la F1 évaluée à plus de 8 milliards de dollars.

La nomination de Chase Carey à titre de président de Formula One Group en dit long sur les ambitions du groupe américain: en donner plus aux amateurs.

« Pourquoi la couverture F1 se limiterait à la présentation des week-ends de course ? », se demande M. Carey. 

Chase Carey a prouvé à travers ses responsabilités dans le groupe Murdoch qu'il savait piloter un dossier. Bernie Ecclestone a face à lui un partenaire d'affaires avec lequel il devra négocier serré.

NDLR: Chase Carey a été le président de 21st Century Fox entre 2009 et 2015, une des deux entités nées de la disparition de News Corporation, après que Rupert Murdoch ait vendu ses parts dans News Corporation à John Malone et Liberty Media en 2008.

Carey Chase a en ce moment besoin des connaissances de Bernie Ecclestone, sur les contrats qu'il a signés avec les équipes, avec les promoteurs.

Il est question que l'homme d'affaires américain s'occupe d'abord de cibler les meilleurs marchés et de les développer, en laissant à M. Ecclestone son lien privilégié avec les équipes et les promoteurs.

Mais déjà, on peut lire que Liberty Media veut faire baisser les prix des billets, rajouter des courses en Europe, offrir la possibilité aux équipes de devenir actionnaires, revoir les acquis comme, par exemple, faire sauter le bonus à l'ancienneté de Ferrari (la plus vieille équipe de F1 existante), estimée à 70 millions de dollars par année.

Bernie Ecclestone réalise déjà que deux pilotes pour un volant, c'est trop, et que son mandat de trois ans pourrait ne pas durer aussi longtemps.

Ce qui lui a fait dire au micro de Sky Sports devant son bureau à Londres: « Dans trois ans, je ne sais même pas si je serai encore vivant ».

Une phrase à double sens typique du personnage.