POLITIQUE
14/09/2016 05:47 EDT | Actualisé 14/09/2016 11:48 EDT

Caucus du NPD : le rôle intérimaire de Thomas Mulcair parmi les discussions

MONTRÉAL – Les députés du Nouveau parti démocratique (NPD) pourraient se pencher sur le rôle de leur chef Thomas Mulcair, qui assure l’intérim jusqu’à l’élection de son successeur en 2017.

Les 44 élus sont réunis en caucus dans un hôtel de Montréal, mercredi et jeudi, pour faire le point sur la session parlementaire à venir. Mais ils pourraient aussi discuter entre eux du flou qui persiste autour du rôle de leur chef, qui s’est fait montrer la porte par les délégués lors du congrès d’Edmonton en avril dernier.

Mulcair veut rester chef jusqu'à l'élection de son successeur. (Photo : PC)

« La question pour M. Mulcair est : "Vous avez offert de rester comme leader par intérim. Il y a beaucoup de défis, c’est clair. Où est votre plan pour répondre à ces problèmes d’ici l’automne prochain?"», demande Charlie Angus, président du caucus national.

« C’est une question valide et je crois que ce n’est pas une question de confrontation pour le caucus », soutient le député ontarien en entrevue avec le Huffington Post Québec.

Des élus du NPD se sont montrés insatisfaits des moments d’absence de Mulcair cet été et quelques-uns souhaitent son départ, rapportent plusieurs médias. Mais en entrevue avec CBC, le principal intéressé a confirmé qu’il resterait en poste jusqu’à l’élection d’un nouveau chef, comme prévu.

À la veille du caucus présessionnel de son parti, le chef est même allé faire du rafting sur le fleuve Saint-Laurent avec une dizaine de députés, preuve qu’il compte encore être le capitaine du bateau NPD. Seul Radio-Canada a capté des images de ce moment, les autres médias n’ayant pas été invités lors de cette activité.

« S’il y a des députés qui veulent soulever [la question du leadership], ils sont les bienvenus, mais je ne m’aventurerai pas dans les discussions qui vont se passer à portes closes, laisse tomber Matthew Dubé, député de Beloeil-Chambly. Si les gens ont des frustrations, on pourra en parler candidement. »

En marge du caucus, mercredi, le lieutenant du NPD au Québec Alexandre Boulerice a lui aussi confirmé que le leadership de son chef pourrait faire partie des discussions en huis clos.

« Je pense que ça risque fort d’être abordé. Je pense que le sujet est dans l’air, a-t-il dit lors d’une mêlée de presse. Mais on est des grands garçons et des grandes filles, et on va avoir des discussions sereines, franches, honnêtes entre nous. »

Le député de Rosemont-La Petite-Patrie a hésité avant d’appuyer officiellement son chef. Après quelques questions, il a répondu en anglais qu’il faisait confiance au leadership de Mulcair.

« Je pense que M. Mulcair est un leader expérimenté. Il a un sens du devoir qui est absolument remarquable, et il est extrêmement performant comme communicateur, comme débatteur et je suis très convaincu que le caucus va sortir uni avec M. Mulcair », a répondu Boulerice.

Mulcair a tourné la page

Plus de la moitié des délégués à Edmonton ont voté pour déclencher une course à la direction. Il est tout à fait normal que Thomas Mulcair assume ses fonctions à l’intérim sans s'en donner à coeur joie, estime André Lamoureux, professeur en science politique à l’UQAM.

« Écoutez, si quelqu’un vient de se faire congédier, il ne faut pas s’attendre à ce que cette personne-là soit à 150% de l’énergie qu’elle voudrait bien donner au parti », fait valoir le spécialiste du NPD au Canada et au Québec.

« Je compare ça à un directeur d’entreprise qui congédie son contrôleur, par exemple, un vendredi soir, et au moment où il vient pour prendre la porte, on lui tape l’épaule pour lui dire : "Tu es très bon en gestion de finances, voudrais-tu continuer à gérer nos dossiers dans le bureau même si on t’a congédié?"»

« C’est un peu ça qu’on a demandé à Thomas Mulcair, dit André Lamoureux. Il a tourné la page, c’est évident en mon sens. »

S’il pense qu’il est normal que des gens expriment des frustrations après une « année difficile », Matthew Dubé est d’avis que Thomas Mulcair est l’un des « plus grands atouts » de son parti.

« C’est un politicien aguerri, c’est quelqu’un d’expérience qui a contribué beaucoup au travail qu’on a fait. Donc c’est certain que c’est important d’avoir cette stabilité-là pour notre équipe », poursuit le député à l’autre bout du fil.

Christine Moore, députée d’Abitibi-Témiscamingue, admet que les décisions sont plus longues à prendre en caucus depuis que Mulcair occupe un poste intérimaire.

« C’est sûr que ça prend plus de temps, cette façon de fonctionner-là, mais je pense qu’on a réussi à instaurer une belle façon de travailler pour que les décisions soient prises par l’ensemble des membres du caucus. On consulte beaucoup plus », dit-elle.

Tout comme son collègue Matthew Dubé, elle souhaite que son chef reste à la tête du parti jusqu’à ce qu’un nouveau chef soit désigné. Mais les candidats ne se précipitent pas aux portes.

Une course sans remous

Jusqu’à présent, les favoris Nathan Cullen et Alexandre Boulerice ont confirmé qu’ils ne se présentaient pas à la direction du NPD pour des raisons familiales, entre autres. La députée défaite Megan Leslie a également confirmé qu’elle ne serait pas candidate.

Mais le caucus du NPD ne s’en fait pas outre mesure de ce manque d’intérêt envers le leadership du parti. Selon les députés interrogés mardi, à Montréal, plusieurs néodémocrates songent à faire le saut. Mais il reste encore plus d’un an avant de choisir le successeur de Mulcair.

En attendant, le deuxième parti d’opposition compte talonner le gouvernement Trudeau sur ses promesses progressistes et rappeler aux libéraux qu’ils ne pourront plus blâmer les conservateurs pour leurs difficultés, dit Charlie Angus.

« M. Trudeau a créé une impression très positive, mais les actions de ce gouvernement sont déconnectées [de la réalité]. Le rôle du NPD dans cette prochaine session est de dire : "M. Trudeau, come on. Expliquez-vous!" »

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