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13/09/2016 20:45 EDT | Actualisé 14/09/2017 01:12 EDT

Dans les rues de Moscou, peu d'engouement à l'approche des législatives

Svetlana Guerassimova votera pour un candidat "du pouvoir en place" lors des législatives de dimanche. Même si cette professeure de musique reconnaît benoitement qu'elle ne connaît pas son nom, ni celui des autres candidats dans sa circonscription du centre de Moscou.

"Il faut des élections, c'est certain et je dois y participer. Je ne sais pas pour qui je vais voter, pour le pouvoir actuel certes, mais je ne connais pas les candidats", dit sans sourciller cette femme de 58 ans.

A quelques dizaines de mètres, le "candidat du pouvoir" pour lequel elle votera, Nikolaï Gontchar, est justement là. Il organise une rencontre avec les habitants du quartier de Kitaï Gorod. Costume ajusté, il est là pour dévoiler un projet de parc sur le site d'un ancien parking.

Aucune affiche n'avertit de cette réunion, où les caméras des télévision locales sont presque plus nombreuses que les riverains. "Je vis juste à côté et je ne savais absolument pas qu'un candidat viendrait, encore moins qu'il y avait une rencontre avec les habitants", regrette Svetlana Guerassimova.

Son cas n'est pas isolé alors que l'ONG de défense des droits des électeurs Golos, dans un rapport publié récemment, a dénoncé "la campagne électorale la plus molle et la moins active de ces 10 dernières années".

Dans un sondage récent, le centre d'études sociologiques indépendant Levada a ainsi avancé que 43% des sondés ignoraient complètement la campagne électorale, 9% la suivant sérieusement.

Nikolaï Gontchar n'en a cure. A 69 ans, ce député du parti pro-Kremlin Russie Unie est un vieux routier de la politique. Président de la commission des Finances à la Douma (chambre basse), il a été élu sans discontinuer au Parlement depuis décembre 1995 et s'attend à une nouvelle réélection dans sa circonscription du centre de Moscou, forte de plus de 700.000 habitants.

"L'important, ce sont les problèmes de votre circonscription. Les électeurs s'intéressent bien sûr aux problèmes de politique générale liés à Poutine, aux sanctions (occidentales, ndlr), mais 99% de leurs questions concernent les parkings ou la rénovation des immeubles", explique cet économiste de formation à l'AFP.

"Quand un candidat s'éloigne de ces questions, ça donne un sentiment d'incompétence. Quand on vous interroge sur les rénovations d'immeubles et que vous parlez de la nouvelle loi antiterroriste, vous n'établissez pas de contact avec les gens", ajoute-t-il.

- 'Résoudre les problèmes' -

Dans le quartier où sera construit le parc, où les bâtiments rénovés côtoient de mini-friches industrielles, une passante regrette de toujours voir à l'arrière-plan un bâtiment abandonné, "une résidence universitaire qui n'a pas changé depuis 25 ans".

Nikolaï Gontchar préfère pointer du doigt un bâtiment propret de quatre étages, dont il a oeuvré pour la rénovation.

"Ce qui est important pour les gens, c'est que le pouvoir les écoute et que l'homme qu'ils ont élu ait la capacité de résoudre leurs problèmes", ajoute-t-il, assurant que ses précédentes rencontres avec les habitants "réunissaient au moins 70 personnes".

"Mes électeurs savent qui je suis, dans quelle voiture je roule, quel costume je porte, si je fume ou pas", continue le député.

Des détails qui n'intéressent pas Valéri Andreïev, 77 ans dont plus de 60 passés dans le quartier. Lui aussi votera pour le parti au pouvoir. "Je voterai pour Poutine, pour sa ligne politique", prévient cet ancien ingénieur nucléaire qui assure avoir vu la ville "changer dans le bon sens" depuis l'élection du maire pro-Kremlin Sergueï Sobianine, en 2010.

"Mais ces pions (députés, ndlr), qu'est-ce qu'ils font? Ils ne font rien. Rien ne dépend d'eux et ils ne peuvent rien faire".

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