POLITIQUE
11/09/2016 01:39 EDT | Actualisé 11/09/2016 05:21 EDT

Le premier ministre Couillard se rend à Cuba pour une mission commerciale

Bloomberg via Getty Images
Philippe Couillard, premier of Quebec, speaks during the International Economic Forum of the Americas in Montreal, Quebec, Canada, on Monday, June 13, 2016. The conference promotes free discussion on major current economic issues and facilitates meetings between world leaders to encourage international discourse by bringing together Heads of State, the private sector, international organizations and civil society. Photographer: Brent Lewin/Bloomberg via Getty Images

Le premier ministre Philippe Couillard se rendra cette semaine à Cuba dans le cadre d'une mission commerciale, dans l'espoir que le Québec puisse profiter de la relance économique que laisse entrevoir le dégel des relations diplomatiques entre l'île communiste et les États-Unis.

Si Cuba est visité par de nombreux vacanciers québécois à chaque année, ce sera la première fois qu'un premier ministre du Québec y effectuera une visite dans le cadre d'un court passage qui se termine mardi soir.

Une quarantaine de représentants d'entreprises participeront à cette mission commerciale organisée par Export Québec. Les secteurs de la construction, de l'agroalimentaire, des énergies renouvelables, des sciences et des technologies ainsi que du tourisme devraient être au coeur des discussions.

"C'est important d'être sur place lorsque le marché s'ouvrira, souligne Zandra Balbinot, professeure au département de marketing à l'École des sciences de la gestion. En allant là-bas, M. Couillard montre de l'intérêt. C'est bon signe."

Elle souligne toutefois que la province a une "faible présence" au pays des Castro, où les Chinois, les Espagnols ainsi que les Brésiliens, notamment, étaient implantés bien avant la visite du président américain Barack Obama en mars dernier.

Signe du réchauffement des relations entre les États-Unis et Cuba, un vol commercial le premier en plus de 50 ans en provenance de la Floride s'est posé à Santa Clara le 31 août.

De nombreux investisseurs ont les yeux rivés sur la zone économique spéciale à proximité du port de Mariel, qui se trouve à une cinquantaine de kilomètres de La Havane. En vertu d'une loi sur les investissements étrangers présentée par Raul Castro en 2014, les entreprises peuvent bénéficier d'un bouquet d'incitatifs, par exemple l'exonération de l'impôt sur les bénéfices pour une période donnée.

"Il y a un grand paradoxe: on veut y aller et accentuer les relations avant l'arrivée massive des Américains, mais on sait que le libéralisation des affaires n'est pas complétée", explique le président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), Michel Leblanc.

Même si Cuba n'est pas une "panacée" pour l'ensemble des entreprises et demeure un marché difficile à développer, M. Leblanc estime que le Québec se doit de profiter de la "fenêtre" afin de prendre les devants sur les États-Unis en établissant des partenariats.

Il affirme d'ailleurs que les deux événements organisés par la CCMM depuis l'an dernier ont été parmi les plus fréquentés par les représentants d'entreprises, ce qu'il attribue en partie à la curiosité à l'égard du marché cubain.

En dépit d'une légère augmentation des échanges commerciaux entre Québec et Cuba, il reste encore beaucoup de travail à faire. En 2014, ce pays de 11,4 millions d'habitants n'était que le 45e partenaire commercial en importance du Québec. L'an dernier, les exportations québécoises à destination de l'île communiste n'étaient que de 84 millions $ environ un pour cent des exportations totales de la province vers l'étranger.

Les fils de cuivre (21,5 pour cent), la viande de porc fraîche, réfrigérée ou congelée (11,3 pour cent) et les pièces automobiles (9,3 pour cent) représentaient les trois principales catégories de produits exportés par la province vers Cuba l'an dernier.

"C'est une population qui n'est pas très fortunée, rappelle Nicolas Marcoux, associé directeur au sein du cabinet québécois PwC. Il faut faire attention aux produits et services qu'on veut vendre là-bas."

Celui-ci prévient les entrepreneurs que de nombreux défis les attendent à Cuba.

Le taux d'imposition pour les entreprises est d'environ 35 pour cent, comparativement à environ 27 pour cent au Québec, souligne Éric Labelle, associé au sein des services fiscaux chez PwC à Montréal.

Même si les autorités cubaines offrent des congés d'impôt à certains endroits dans le pays afin d'attirer les capitaux étrangers, le Canada n'a pas encore d'entente avec Cuba au chapitre du rapatriement des bénéfices.

"Il peut donc y avoir une double imposition, explique M. Labelle. Le Canada a une centaine de conventions fiscales actuellement en vigueur, mais pas encore avec Cuba."

De plus, le régime communiste en place fait en sorte que le gouvernement cubain demeurera le "partenaire obligatoire" pour les entreprises.

"Il faut passer par un mécanisme dans lequel les produits seront vendus par une société cubaine, souligne M. Marcoux. C'est un processus qui peut être lourd pour un marché de 11 millions de personnes. Ce n'est quand même pas la Californie."

Par ailleurs, Mme Balbinot suggère aux entrepreneurs qui s'installeront à Cuba de faire preuve de patience lorsque viendra le temps de se faire payer, étant donné que les délais peuvent être importants en raison de la lourdeur administrative. Ainsi, dit-elle, mieux vaut pour les entreprises de s'assurer d'avoir des liquidités suffisantes.

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