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10/09/2016 03:46 EDT | Actualisé 11/09/2017 01:12 EDT

Ligue de diamant: les lobbies des hôtels, l'autre piste à conquérir

Une salle aux lumières tamisées, des voix qui chuchotent plus qu'elles ne parlent: dans les jours et les nuits qui précèdent ou suivent les meetings d'athlétisme, les lobbies des hôtels officiels se transforment en salle de négociations où se font et se défont les engagements des champions pour les prochains rendez-vous.

"Le lobby, c'est le noyau central de mon travail", confie cet agent qui, comme de nombreux acteurs du milieu, préfère garder l'anonymat.

"On est des Bohémiens", enchérit un autre. "Toujours en voyage, d'un meeting à un autre. Alors, l'hôtel est le seul endroit où tous les protagonistes se retrouvent en même temps, pendant quelques heures", développe-t-il.

Agents sportifs, agents marketing, équipementiers, organisateurs de meeting, athlètes... chaque profession se rapproche, échange puis se sépare dans un étrange ballet. Et la scène se reproduit à chaque meeting de la saison.

A Bruxelles en septembre, la saison se termine au Sheraton. Les langues se délient un peu plus à mesure que l'alcool remplit l'assistance. Le rideau vient de tomber sur la saison 2016 et il s'agit de prendre date pour la prochaine.

"On ne travaille jamais sur le meeting de la ville dans laquelle nous nous trouvons. Parce que c'est trop tard, tout a été fait avant. En fait, on ne parle même jamais du meeting de la ville dans laquelle on se trouve. Chaque endroit possède ses urgences, en fonction de sa place dans le calendrier", note un des acteurs du milieu.

A Oslo, en juin, lorsque la saison athlétique débarque en Europe, l'activite est ainsi bien différente de celle de Bruxelles.

Même en pleine journée, les tractations vont bon train.

Ce jour-là, au Thon Hotel Opera, les tables et sièges du lobby sont pleines. La clientèle décontractée et studieuse erre à la recherche de wifi ou de conversations. La fourchette des âges s'étale d'une trentaine d'années à la soixantaine avancée. On y parle anglais quasi exclusivement et l'alcool a été mis hors course.

Dans un coin du lobby, deux hommes discutent. L'un est placide, les yeux rivés à l'écran de son ordinateur. L'autre, assis face à lui, gesticule, jette les bras en l'air, s'énerve puis, bientôt, part, dans un éclat digne d'une pièce de théâtre.

"Dans dix minutes, il reviendra, et nous tomberons d'accord", glisse ce responsable du plateau d'un meeting prestigieux, sûr de son coup.

Immanquablement, son interlocuteur revient dix minutes plus tard, conciliant et même, finalement, d'accord avec la proposition.

"C'est un métier de relations. On se connaît tous et il y a peu de nouvelles têtes", développe cet autre agent de renommée internationale.

"Tout se fait à ciel ouvert, il n'y a pas vraiment de rendez-vous caché ou isolé. Le lobby nous permet d'avoir un gros bureau en openspace", image-t-il.

Les nouvelles technologies ont changé la donne. Les échanges, internationaux, s'en sont trouvés facilités. Mais rien ne remplace les discussions en face-à-face, où chacun avance ses pions comme dans une partie d'échecs.

"On échange désormais beaucoup par mail, on finalise par écrit, mais les négociations directes vont beaucoup plus vite. Et ça permet aussi de mettre des coups de pression", glisse ce même agent.

Certains observateurs se souviennent d'une époque pas si lointaine, une quinzaine d'années, où les liasses de billets passaient de mains en mains après un meeting, avec les agents en file indienne pour recevoir les primes promises à leurs athlètes.

"Là aussi, la technologie fait qu'il n'y a plus de liquide dans les lobbies. Mais c'est aussi parce que les meetings ne paient plus +au cul du camion+ (sic). Il vaut mieux attendre les résultats de l'antidopage avant de faire le transfert d'argent", souligne cet organisateur de meeting.

Finalement, seuls les lobbies restent en piste quelle que soit l'époque.

fbr/sk