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10/09/2016 18:01 EDT | Actualisé 11/09/2017 01:12 EDT

Accord sur la Syrie: une victoire (de plus) pour la Russie

L'accord conclu vendredi entre Américains et Russes sur une trêve en Syrie intervient après des mois de tentatives de Moscou de convaincre Washington d'aller plus loin dans la coopération militaire contre les jihadistes.

Malgré de profonds désaccords, cet accord, qui préfigure une coordination militaire inédite entre Moscou et Washington, est une "victoire" pour Moscou, selon les analystes.

- Des frappes communes -

Alors que la Russie appelle depuis des mois les Etats-Unis à unir leurs forces en Syrie, Washington avait, jusqu'à vendredi soir, systématiquement refusé ces propositions russes.

Mais le secrétaire d'Etat américain John Kerry, après de longues heures de négociations à Genève avec son homologue russe Sergueï Lavrov, a donné vendredi soir son feu vert pour la création d'un centre russo-américain destiné à coordonner d'éventuelles frappes, à condition que la trêve en Syrie dure "une semaine".

"C'est une victoire pour la Russie car elle a beaucoup insisté pour que ce point soit signé et elle a longtemps travaillé dessus", explique à l'AFP l'analyste politique Fiodor Loukianov.

D'autant plus que les Occidentaux ont accusé à plusieurs reprises Moscou, principal soutien du régime de Bachar al-Assad, de viser les groupes rebelles hostiles à Damas, et non pas des organisations "terroristes" comme l'assure la Russie.

Autre succès remporté vendredi par Moscou: Washington a accepté de convaincre les rebelles de se dissocier des jihadistes avec lesquels ils sont notamment alliés dans les provinces d'Alep et Idleb (nord-ouest), comme l'a demandé de nombreuses fois Moscou.

- Bachar al-Assad reste -

Si leur ennemi commun est l'organisation Etat islamique (EI) ainsi qu'une série de groupes considérés comme "terroristes" par le Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie et les Etats-Unis protègent deux parties opposés du conflit syrien: Moscou soutient Damas et Washington une coalition de rebelles modérés.

A plusieurs reprises, les Etats-Unis ont exigé la démission de Bachar al-Assad comme prérequis à tout plan de paix. Ces appels se sont faits plus rares à partir de 2013 et de la reculade d'Obama sur des frappes américaines contre le régime d'Assad.

Bien que les négociations à Genève n'ont pas évoqué le sort du dirigeant syrien, John Kerry a dit avoir demandé à la Russie de faire pression sur le régime, lequel a accepté dès samedi l'accord de trêve.

"Le fait que le gouvernement syrien prenne part indirectement à cet accord - vu qu'on demande à la Russie de faire pression sur lui - c'est la reconnaissance indirecte qu'(Assad) existe et qu'on ne peut rien faire contre cela", interprète M. Loukianov.

"Cela montre qu'il est impossible de contourner Assad", souligne-t-il. Un point de plus pour Moscou.

- Une trêve précaire -

Même si la Russie estime que l'accord constitue un pas vers la résolution de ce conflit ayant fait depuis 2011 au moins 290.000 morts et provoqué l'exode de millions de Syriens, Moscou veille à ne pas créer de faux espoirs.

Il ne s'agit pas en effet du premier accord de trêve en Syrie conclu entre les deux puissances. En février, un accord similaire de cessez-le-feu, parrainé par Moscou et Washington et soutenu par l'ONU, avait subi de nombreuses violations quotidiennes.

Le ministre russe Sergueï Lavrov l'a admis: la Russie ne peut pas "garantir à 100%" que tous les belligérants respecteront cette nouvelle trêve.

Pour l'analyste russe Rouslan Poukhov, cité par l'agence de presse TASS, même si le régime de Damas a accepté l'accord, Bachar al-Assad "est incapable d'entièrement contrôler tous ses partisans", qui seront peut-être tentés, eux, de violer la trêve.

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