POLITIQUE
09/09/2016 09:32 EDT | Actualisé 09/09/2016 09:32 EDT

Des interprètes demandent au fédéral d'abandonner le système d'embauche automatisée

Les interprètes professionnels pressent le gouvernement fédéral d'abolir un système automatisé pour l'embauche des pigistes. Ils font valoir que le fait d'accorder des contrats au plus bas soumissionnaire pourrait nuire à la capacité du Bureau de la traduction de répondre aux exigences de la Loi sur les langues officielles.

La Loi exige des traductions parlées en français et en anglais pour toute une gamme d'activités gouvernementales, allant des sessions du Parlement à des audiences de la Cour suprême, en passant par des conférences du gouvernement.

Services publics et Approvisionnement Canada s'apprête à lancer un nouveau système d'approvisionnement pour l'attribution de contrats à la pige des interprètes. Ces derniers effectuent actuellement 60 % des travaux de traduction du gouvernement, selon leur association.

Il se trouve que le projet d'automatisation des embauches a été touché par des problèmes techniques et accuse déjà un an de retard.

En effet, la date butoir pour les interprètes qui veulent « réagir à une demande d'offre à commandes du Bureau de la traduction » a été reportée au 29 septembre, par opposition au 7 septembre.

« Nous reconnaissons que cela représente un changement majeur, nous comprenons que cela demande de grands ajustements de la part des pigistes et nous apprécions votre patience ainsi que votre compréhension », a écrit le gestionnaire du Service d'interprétation des conférences du Bureau de la traduction, Matthew Ball, dans un courriel adressé aux interprètes.

Choisir le bon interprète

Nicole Gagnon est membre de l'Association internationale des interprètes de conférence (AIIC) depuis 1989. Elle craint que le processus d'embauche des interprètes ne se mue en une guerre des enchères.

Actuellement, le Bureau de la traduction approuve les contrats des interprètes pour s'assurer qu'ils ont les compétences requises pour les tâches qui leur sont confiées. Par exemple, une personne ayant une fine connaissance du vocabulaire juridique sera assignée aux audiences de la Cour suprême.

Selon Mme Gagnon, l'algorithme retenu ne fera qu'allouer le contrat au pigiste qui a présenté l'offre la plus basse.

«Nous avons le sentiment que cela nuira à la capacité du Bureau de la traduction de répondre à son mandat.» — Nicole Gagnon, membre de l'AIIC

L'AIIC demande un moratoire sur le projet le temps que le gouvernement fédéral considère les recommandations émises par le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes.

«Le plus bas soumissionnaire, c'est bien pour les fournitures de bureau ou la location de véhicules, mais les langues officielles du Canada sont beaucoup trop importantes pour que l'on permette à un système d'approvisionnement fondé sur le plus bas soumissionnaire d'avoir raison de la qualité des services et du rôle de premier plan qui est celui du Bureau de la traduction.» ―Communiqué de l'AIIC Canada

Le syndicat appuie un report

L'Association canadienne des employés professionnels (ACEP), qui représente les intérêts des traducteurs, des terminologues et des interprètes employés par le fédéral, se dit en faveur d'un report de l'entrée en vigueur du nouveau système.

« Attendons que le gouvernement réponde aux recommandations du Comité avant d'aller de l'avant avec ces changements technologiques », affirme la présidente de l'ACEP, Emmanuelle Tremblay.

La réponse du gouvernement fédéral est attendue à la fin du mois de septembre.

«

Cela fait partie d'une tendance plus large que nous avons relevée, comme si les personnes pouvaient être remplacées par des machines, et c'est une grosse erreur.

» — Emmanuelle Tremblay, présidente de l'ACEP

Selon l'AIIC, les interprètes qui ont participé cet été à des séances d'information sur le système d'embauche automatisée le décrivent comme un « désastre ». Ils soutiennent par ailleurs que leur instructeur a admis que le système n'était pas encore prêt.

Le Bureau de la traduction a déjà fait l'objet de critiques ces derniers mois à cause d'un outil de traduction automatique qui présentait des lacunes.

D'après un reportage d'Amanda Pfeffer