POLITIQUE
09/09/2016 02:29 EDT

«La pauvreté est définitivement sexiste», dit la ministre Bibeau (ENTREVUE)

OTTAWA – Montréal sera l’hôte de la cinquième Conférence du Fonds mondial, vendredi 16 septembre, où quelque 400 participants se réuniront pour annoncer leurs engagements financiers afin de combattre le SIDA, la tuberculose et le paludisme.

Le Canada, lui, s’est déjà engagé à verser 785 millions de dollars de 2017 à 2019 – une somme qui sauverait huit millions de vies humaines et éviterait 300 millions d’infections. D’autres pays ou philanthropes annonceront sans doute leur soutien, lors de la conférence, pour mettre fin à ces trois maladies.

Trudeau, Bibeau et Dion avec le secrétaire général des Nations unies. (Photo : Getty Images)

Jusqu’à maintenant, le premier ministre Justin Trudeau, le maire de Londres Sadiq Khan, le maire de New York Bill de Blasio et le PDG de LinkedIn Reid Hoffman ont confirmé leur présence. Les premiers ministres du Québec, Philippe Couillard, et de l’Alberta, Rachel Notley, seront également présents.

Le Fonds mondial a attiré l’attention des milliardaires Bill et Melinda Gates. Ils disent qu’il est «impossible de gagner la lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme sans lutter pour les droits des femmes et des filles».

Un constat que partage le gouvernement libéral de Justin Trudeau, qui soutient que les femmes et les filles seront au cœur de toutes les priorités du Canada sur la scène internationale.

Le Huffington Post Québec s’est entretenu avec la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, pour faire le point sur l’engagement du Canada.

HuffPost : Le premier ministre a écrit, dans une lettre [au groupe ONE fondé par le chanteur Bono], que « la pauvreté est sexiste ». Vous revenez d’une mission en Afrique de l’Ouest. Qu’est-ce que vous avez constaté sur le terrain?

Ministre Bibeau: La pauvreté est définitivement sexiste. Les femmes et les filles sont les premières victimes de la pauvreté. Ce sont souvent les femmes, les mères qui vont rester en charge de la famille, qui vont devoir y faire face.

Je vais faire un lien direct avec les changements climatiques, parce que le plus grand nombre d’inondations, le plus grand nombre de sècheresses font en sorte que la production agricole devient de plus en plus difficile, ce qui veut dire que c’est de plus en plus difficile de nourrir la famille. Ça laisse encore moins de ressources pour vendre sur le marché pour pouvoir tirer un revenu et avoir une certaine autonomie.

Alors quand ces femmes n’ont plus cette autonomie, qu’elles deviennent complètement dépendantes, elles perdent le pouvoir sur tout. Elles n’ont plus le pouvoir d’influencer quelque décision que ce soit.

Avez-vous une anecdote, en particulier, qui vous a particulièrement marquée?

La semaine passée, plusieurs femmes m’ont dit concrètement à quel point les projets canadiens qu’on réalise en ce moment, qui visent justement à les aider dans le secteur agricole, ont eu un impact direct sur le fait que leurs petites filles n’ont pas eu à être mariées de façon précoce.

L'aide canadienne a des effets concrets, dit Bibeau. (Photo : Getty Images)

Quand la femme, la mère, a suffisamment de moyens pour payer les études de sa fille, pour garder sa petite fille à l’école, elle a beaucoup plus de poids dans la décision lorsqu'elle va parler à son mari pour dire: «Non, ma petite fille, on ne la mariera pas à 12 ans.»

Alors que si elle est totalement dépendante, elle n’a plus aucun argument et puis la petite est donnée en mariage, parce que c’est ce qui leur semble être la seule solution pour nourrir l’enfant. C’est là qu’on voit à quel point nos projets font une différence dans la vie des gens et particulièrement sur les filles.

La Conférence du Fonds mondial a lieu la semaine prochaine à Montréal. On entend parler du VIH/SIDA sur une base régulière, mais très peu du paludisme et de la tuberculose. À quel point les femmes et les filles sont-elles affectées par ces maladies?

Au niveau du VIH/SIDA, ce sont surtout les adolescentes dans certains pays d’Afrique. Parmi les adolescents qui sont affectés par le virus, 80% sont des jeunes filles. Pourquoi? Encore une fois, le mariage précoce, la violence faite aux jeunes filles… Les maladies sont sexistes aussi, dans ces cas-là!

C’est pour cela qu’il faut se mobiliser. Il faut vraiment éradiquer ces maladies-là, et ça commence par l’éducation, ça commence aussi par fournir, approvisionner – que ce soit en moyens de contraception ou que ce soit en médicaments pour le traitement des différentes maladies.

À quoi peut-on s’attendre lors de la Conférence du Fonds mondial?

Probablement le plus grand rassemblement de chefs d’État pour une conférence de reconstitution du Fonds mondial. Donc, une grande mobilisation internationale, avec des pays traditionnellement donateurs que le secteur privé et des pays partenaires.

Le mécanisme du Fonds mondial oblige les pays partenaires à investir de l’argent dans leur système de santé et à se donner une structure, une gouvernance de leur ministère de la Santé très rigoureuse.

Alors c’est un investissement non seulement pour la santé des gens directement, à court terme, mais c’est aussi un investissement à long terme parce que ça donne à ces gouvernements-là de nouvelles capacités pour bien administrer un ministère et cette expérience-là peut ensuite être utilisée dans d’autres ministères.

La Conférence sera suivie d’un spectacle au Centre Bell le samedi 17 septembre, qui mettra en vedette Usher, Metric et Grimes. Global Citizen, qui regroupe des ONG et des partenaires privés, fait tirer 10 000 billets pour ceux qui acceptent de se mobiliser pour la cause.

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