POLITIQUE
08/09/2016 05:43 EDT

La mission de paix du Canada ne sera pas votée aux Communes, dit la ministre Bibeau (ENTREVUE/VIDÉOS)

OTTAWA – La nouvelle mission de maintien de la paix du Canada ne sera pas entérinée à la Chambre des communes, confirme la ministre du Développement international et de la Francophonie Marie-Claude Bibeau.

Quelque 600 militaires canadiens seront envoyés dans des destinations encore inconnues jusqu’ici dans le cadre des missions de paix des Nations unies. Pour ce faire, le fédéral a créé un Programme pour la stabilisation et les opérations de paix (PSOP) doté d’un budget de 450 millions $ sur trois ans.

Les ministres Dion, Sajjan et Bibeau prennent la parole à Winnipeg. (Photo : PC)

La ministre Bibeau, qui revient de sa première mission officielle en Afrique, a indiqué en entrevue avec Le Huffington Post Québec que le gouvernement Trudeau précisera ses intentions « dans les prochains mois ». Pour l’instant, nul ne sait où les Canadiens seront déployés.

« Je n’ai pas d’échéancier concret. Mais, au moins, notre engagement est pris et on sait combien de ressources on est prêts à déployer. En ayant ces nombres-là, ça nous permet de trouver le meilleur équilibre possible dans les différents conflits », explique-t-elle.

Si la décision sera « certainement » déposée au conseil des ministres, elle ne fera pas l’objet d’un vote à la Chambre des communes et ce, même si le gouvernement libéral est majoritaire. Les élus pourraient toutefois en débattre entre eux en attendant la décision finale.

Observer pour mieux décider

Les besoins sont nombreux, et c’est pourquoi le Canada mène des missions d’observation pour identifier où déployer ses ressources, souligne la ministre du Développement international au retour de son voyage au Sénégal, au Mali et au Burkina Faso.

Le ministre fédéral de la Défense, Harjit Sajjan, était quant à lui en Éthiopie, au Kenya, en Ouganda, en Tanzanie et en République démocratique du Congo le mois dernier pour préparer l’intervention canadienne sur le continent africain.

Il était accompagné par la juge Louise Arbour, ancienne haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, ainsi que le lieutenant-général à la retraite Roméo Dallaire, connu pour avoir mené la mission de paix des Nations unies lors du génocide au Rwanda.

Mais les pays africains qui pourraient bénéficier de l’aide du Canada sont ravagés par le terrorisme. Le Mali a d’ailleurs été décrit comme la mission de paix la plus dangereuse du monde l’an dernier. D’autres commentateurs laissent entendre qu’elle pourrait être plus meurtrière que la mission en Afghanistan.

« Le rôle des missions de paix a beaucoup changé depuis la création des Casques bleus. Aujourd’hui, on ne nous demande pas de venir aider à maintenir la paix entre deux États qui ont convenu de cette paix. Aujourd’hui, on doit faire face à du terrorisme, à du banditisme, à des conflits armés internes », convient la ministre Marie-Claude Bibeau.

« Alors, le rôle des missions de paix est très, très différent, poursuit-elle. Et puis c’est pour ça qu’on veut prendre soin de bien évaluer les besoins, de voir là où nos forces vont faire en sorte de faire une différence positive. »

Quitte à envoyer les troupes canadiennes à l’abattoir? « Non, ce n’est pas l’objectif », répond la ministre.

La Colombie, qui a signé un accord de paix historique avec les FARC, a également envoyé une demande au Canada pour une mission d’observation. La réponse viendra sous peu, à son avis, tout comme la liste des autres pays bénéficiaires.

« Dans le fond, ce qu’on veut vraiment, c’est d’identifier – à travers toutes les missions qu’on réalise – où le Canada peut faire une différence, où sont nos forces. Donc, l’idée, c’est d’être complémentaire aux autres intervenants du milieu et c’est exactement ce qu’on cherche à savoir en ce moment. »

Des modèles à suivre

La réputation des Casques bleus a été mise à mal dans les dernières années, en raison de crimes sexuels commis contre ceux qu’ils devaient protéger. En 2015, les Nations unies a recensé 69 cas d’abus sexuels, une hausse notable par rapport aux 51 cas en 2014.

Si elle reconnaît qu’il y a eu des « situations très graves » dans le passé, la ministre Bibeau dit s’attendre à ce que les militaires canadiens servent de modèles aux autres pays. « J’en espère pas moins d’eux, dit-elle. J’ai une très grande confiance envers nos femmes et nos hommes en uniforme qui vont être déployés sur le terrain. »

Elle explique que les équipes canadiennes qui partent pour des missions de paix doivent suivre des formations bien spécifiques, dont une sur la violence faite aux femmes.

« Je suis profondément convaincue que nos Canadiens vont avoir une influence positive là-dessus et qu’ils vont aider à la protection des femmes dans les différents pays où ils vont intervenir », fait-elle valoir.

Son collègue Harjit Sajjan fera le point sur la mission du Canada, jeudi, lors d’une réunion à Londres des pays qui participent aux missions de paix des Nations unies.

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