POLITIQUE
08/09/2016 01:40 EDT | Actualisé 08/09/2016 03:07 EDT

L'industrie du taxi se sent flouée par l'entente entre Uber et Québec (VIDÉO)

Les représentants de l'industrie du taxi dénoncent un « projet-pilote illégal » et ils se sentent trahis par le gouvernement du Québec qui a conclu une entente pour permettre à Uber de poursuivre ses activités dans la province. Ils réclament du gouvernement qu'il rachète les permis des chauffeurs de taxi traditionnels s'ils vont de l'avant avec ce projet-pilote.

« Le gouvernement a toujours affirmé qu'il ne créerait pas deux catégories de chauffeurs », a déploré le porte-parole du Comité provincial de concertation et de développement de l'industrie du taxi, Guy Chevrette.

Lui-même ancien ministre des Transports, Guy Chevrette dénonce l'absence d'un plafond d'heures travaillées, l'absence d'un permis d'exploitation et l'absence de territoire pour les chauffeurs d'Uber, alors que les chauffeurs conventionnels doivent s'y astreindre.

Il déplore que les chauffeurs d'Uber pourront dépasser les 50 000 heures moyennant une contribution accrue (soit les pénalités dont l'accord fait état).

M. Chevrette avance que les 50 000 heures de taxi qui seront accordées à Uber représentent l'équivalent de 1250 permis supplémentaires dans les rues du Québec. « Ça ne roule pas 24 heures par jour [un taxi], dénonce M. Chevrette. Ça roule intensément à peu près de 8 à 10 heures par jour. »

De plus, les chauffeurs d'Uber auront la possibilité d'augmenter leurs tarifs jusqu'à 150 % en cas de « force majeure », poursuit M. Chevrette. Une possibilité que les chauffeurs de taxi n'ont pas. « Qui déterminera ce qu'est une force majeure? », s'interroge M. Chevrette. « Une tempête? Un spectacle au Centre Vidéotron? »

M. Chevrette soutient que son regroupement envisage d'entamer des procédures judiciaires pour faire respecter les droits des 22 000 chauffeurs qu'il représente. Il souligne que le gouvernement avait l'obligation d'afficher le contenu du projet-pilote au moins 20 jours avant son entrée en vigueur alors qu'il ne l'est toujours pas et que le projet est déjà en place.

« Couillard encourage l'illégalité »

L'absence de permis d'exploitation d'un taxi équivaut à un « cadeau de 250 millions de dollars » à la multinationale américaine, a pour sa part avancé le porte-parole duRegroupement des intermédiaires du taxi de Québec (RITQ), Abdallah Homsy, qui parle d'une « trahison totale » de la part du gouvernement du Québec.

« Moi, je pense que M. Couillard, il vient d'envoyer un message clair : "être un citoyen honnête ça ne marche pas ici." Il encourage des gens qui sont complètement illégaux et qui ne paient pas leurs arrérages. Les multinationales qui rentrent ici peuvent faire ce qu'ils veulent. »

En plus de dénoncer l'entente conclue par Québec, M. Chevrette dénonce également les « pratiques illégales » d'Uber. « Partout où il y a des ententes [avec Uber], il y a irrespect quasi-total. On a vérifié à Ottawa, à Edmonton et dans plusieurs États, ils ne respectent pas les ententes et ils transfèrent ensuite l'argent dans des paradis fiscaux.

Une honte, selon le RATM-Métallos 

« C'est une trahison et c'est une honte », a commenté par voie de communiqué Benoît Jugand, porte-parole du Regroupement des travailleurs autonomes - Métallos, qui représente plusieurs centaines de chauffeurs de taxi.

Selon lui, le gouvernement Couillard et Uber ont joué « le dernier acte d'une mauvaise comédie » en fixant derrière des portes closes les « conditions d'appauvrissement » des propriétaires et chauffeurs de taxi du Québec.

« Les chauffeurs ne sont pas dupes. Ils savent que la valeur de leur permis diminuera, ils savent qu'ils ne seront pas compensés, ils savent qu'Uber viendra leur voler le pain de la bouche aux heures les plus achalandées et ils savent que ce n'est pas équitable », a-t-il précisé.

En pointe lors des nombreuses manifestations contre Uber qui ont eu lieu l'an dernier, le RATM-Métallos déplore plus particulièrement la décision du gouvernement de ne pas tenir compte du système de quotas par agglomération. Ce système faisait en sorte qu'aucun nouveau permis de taxi n'avait été délivré à Montréal depuis 2003.

« Comment le gouvernement pourra-t-il surveiller qu'Uber respecte ces heures? Quelles amendes seront prévues? Où ira l'argent prévu en compensation, le 45 ¢ par course? Dans les poches des intermédiaires ou dans celles des 22 0000 taxieurs qui seront appauvris? », se demande M. Jugand.

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