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07/09/2016 04:36 EDT | Actualisé 08/09/2017 01:12 EDT

Venezuela : le camp anti-Maduro tente le coup double dans la rue

L'opposition vénézuélienne, forte de sa mobilisation "historique" la semaine dernière, tente un nouveau coup d'éclat mercredi en appelant la population à manifester en faveur du référendum révocatoire contre le président socialiste Nicolas Maduro.

Les partisans du dirigeant, élu en 2013 et dont le mandat s'achève en 2019, sont aussi incités à défiler "dans tous les Etats" du Venezuela "en faveur de la paix".

"Les violents, les fascistes, les putschistes (sont) de plus en plus isolés. Nous, nous sommes de plus en plus unis", a clamé mardi soir le président à la télévision.

Dans un climat politique tendu, les deux camps affichent des positions irréconciliables : les chavistes (du nom du défunt ex-président Hugo Chavez, 1999-2013) crient à la tentative de coup d'Etat contre M. Maduro, très impopulaire dans un contexte de grave crise économique.

L'opposition - qui contrôle le Parlement depuis janvier - dénonce la "persécution" et la "répression" après plusieurs arrestations de militants et de manifestants.

"Ils se moquent de la patience du peuple, c'est pourquoi nous allons nous mobiliser et donner mercredi une démonstration de civisme", a assuré le leader d'opposition Henrique Capriles. Mais "que va-t-il se passer s'ils continuent de se moquer ainsi? Une explosion sociale".

Après une manifestation dans Caracas le 1er septembre ayant rassemblé 1,1 million de personnes selon les organisateurs, 30.000 selon le gouvernement, cette fois "ce sont les régions qui seront mises en avant", a souligné le porte-parole de la coalition de la Table pour l'unité démocratique (MUD, centre droit), Jesus Torrealba.

"Nous voulons accélérer la solution politique et électorale à cette crise", a-t-il ajouté, appelant à manifester face aux bureaux du Conseil national électoral (CNE). Cet organisme, accusé par l'opposition de ralentir le processus pour aider M. Maduro, a fermé ses délégations régionales par précaution.

Le temps presse : si le référendum a lieu avant le 10 janvier 2017 et est couronné de succès comme le prédisent les sondages, de nouvelles élections seront organisées.

S'il est organisé plus tard et que le "oui" l'emporte, alors Nicolas Maduro serait simplement remplacé par son vice-président.

- 'La pression de la rue' -

Ce qui est jeu, c'est un possible changement de modèle après 18 ans de socialisme au Venezuela : l'opposition se dit seule capable de sortir le pays pétrolier de sa violente crise économique liée à la chute des cours, qui a fait exploser son inflation - le FMI prévoit 720% cette année - et vidé les rayons de ses magasins.

Pour apaiser le mécontentement populaire, l'exécutif a récemment accéléré l'approvisionnement en produits de première nécessité, grâce à l'armée.

Et pour freiner les plans de l'opposition, il a déposé plusieurs recours en justice.

"Le référendum révocatoire n'a pas la moindre chance de se tenir cette année. (...) S'il est organisé, ce serait vers mars" 2017, a affirmé le numéro deux du chavisme, Diosdado Cabello.

Outre la mobilisation face aux sièges régionaux de la CNE, l'opposition appelle ses partisans à protester symboliquement à Caracas en stoppant à 12H00 (16H00 GMT) toute activité et circulation automobile pendant 10 minutes.

"L'opposition a le défi de garder la population mobilisée, qu'elle ne tombe pas dans le désespoir. L'unique façon de pouvoir réaliser le référendum, c'est avec la pression de la rue", explique à l'AFP l'analyste Asdrubal Oliveros.

Mais le cabinet d'études Eurasia met en garde : "à mesure que le gouvernement deviendra plus nerveux, il répondra de manière plus agressive aux manifestations". Donc "l'opposition aura du mal à garder l'impulsion populaire dans la rue".

Prochaine étape dans la longue course d'obstacles vers un référendum : réunir quatre millions de signatures (20% de l'électorat) en trois jours, ce qui autorisera à organiser ensuite la consultation.

Le 13 septembre, le CNE communiquera la date de cette étape. Pour maintenir la pression, l'opposition prévoit une nouvelle journée de mobilisation dès le lendemain.

Dans le camp de Nicolas Maduro, on minimise l'importance du mouvement pro-référendum, mais des fissures apparaissent : dans un entretien à l'AFP, Ana Elisa Osorio, ex-ministre de Hugo Chavez, estime que "les derniers événements ont montré que le président Maduro n'a pas été à la hauteur". Même si elle "ne voit pas de possibilités que l'opposition puisse gouverner mieux ce pays ni résoudre ses problèmes", elle regrette, comme d'autres anciens ministres chavistes, que l'actuel dirigeant "tourne le dos" à la grave situation économique.

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