NOUVELLES
06/09/2016 00:13 EDT | Actualisé 06/09/2017 01:12 EDT

Le prix Nansen du HCR, "du souffle" pour les bénévoles des îles grecques

Des enfants courent, jouent ou dessinent sur des tables installées dans la cour du "village Pipka", à Lesbos, un centre autogéré dont la créatrice Efi Latsoudi est cette année la co-lauréate de la distinction Nansen décernée par le Haut commissariat aux Réfugiés (HCR).

Le HCR fait cette année la part belle au bénévolat, en attribuant également le prix à Konstantinos Mitragas, à la tête du groupe de sauveteurs volontaires en mer, Equipe de secours hellénique (HRT).

Sur les murs du centre fondé par Efi Latsoudi, à trois kilomètres de Mytilène, les mots "tous ensemble" figurent en anglais, arabe, farsi et grec.

"C'est une récompense pour le travail collectif et la volonté de la société locale d'aider les réfugiés", se félicite auprès de l'AFP Mme Latsoudi, qui depuis plus de dix ans milite pour les droits des migrants. Le centre ouvert et autogéré qu'elle a fondé abrite actuellement 100 personnes, 600 au pic de la crise.

Lesbos seule a accueilli presque 500.000 réfugiés, majoritairement syriens, en 2015. Au total 856.723 ont traversé en canot pneumatique ou petit bateau l'an dernier le bras de la mer Egée situé entre la Turquie et les îles grecques de Lesbos, Samos, Kos, Chios et Leros, selon le HCR. Avec des centaines de noyades.

Pour le secouriste de profession Yannis Charalambous, chef de l'annexe de la HRT de l'île de Samos, le prix "est l'occasion de faire connaître l'idée du bénévolat, qui en Grèce n'est pas si bien acceptée qu'à l'étranger".

"Les Grecs sont suspicieux et n'ont pas confiance dans les ONG, surtout actuellement avec la crise...", estime-t-il.

- 'C'est un choix' -

HRT compte plus de 3.000 membres à travers la Grèce dont deux tiers l'année dernière ont participé au sauvetage des migrants en Egée.

"C'est mon métier, c'est un choix. J'aime aider les gens en difficulté", poursuit M. Charalambous, 33 ans, né à Samos. Son équipe a réalisé le plus grand nombre d'opérations, selon le HCR.

L'été dernier, les passeurs débarquaient parfois 500 personnes par jour sur les falaises abruptes de l'île, notamment au cap "mortel" de Prasso dans le nord.

"Les gens passaient cinq ou six heures sur le bateau, sans eau ni nourriture, et certains attendaient ensuite sur les collines pendant quatre heures par 40 degrés, nous avons eu de nombreuses victimes, surtout des personnes âgées", raconte-t-il.

Les bénévoles du HRT travaillaient 24 heures sur 24 en Egée, sollicités par la police, les pompiers, les gardes-côtes, selon le HCR.

Depuis la mise en place le 20 mars de l'accord UE-Turquie, le flux a très nettement tari, quelques dizaines de personnes arrivent chaque jour en Grèce, contre des milliers il y a un an. On ne voit plus les gilets de sauvetage s'entasser sur les côtes.

Mais l'épave d'un bateau en bois de douze mètres près de la côte Kotsika de Samos rappelle les drames.

Originaire d'Athènes, Efi Latsoudi a déménagé à Lesbos en 2001. Cinq ans plus tard, elle s'est émue de la hausse du nombre des migrants et réfugiés qui, déjà, arrivaient sur les îles, même si on en parlait peu à l'époque.

- L'enjeu -

Après de nombreuses mobilisations auprès de la mairie, les installations d'un ancien centre pour handicapés de l'île lui ont été concédées et, avec son groupe de militants, elle les a transformées en centre ouvert pour réfugiés vulnérables: mineurs, femmes enceintes, handicapés ou malades.

Outre le logement, la nourriture, les vêtements et les soins, cours de langue, activités pour les enfants, et groupes de discussion pour les femmes sont aussi dispensés.

"Nous n'étions pas prêts à faire face au flux de 2015, nous avons passé des moments très difficiles. Mais grâce à l'effort collectif, nous y sommes arrivés. C'est un miracle", affirme-t-elle.

Pour elle, "la plus grande difficulté était le deuil, les morts".

Maintenant "l'enjeu est de gérer la situation de tous ces gens qui sont désespérés, bloqués en Grèce", depuis la fermeture des frontières en Europe. Quelque 12.000 personnes arrivées depuis mars attendent actuellement la suite de leur demande d'asile en Grèce sur les îles aux camps bondés.

Critique des politiques publiques suivies dans cette affaire, elle croit "aux solutions locales, qui peuvent déclencher d'autres actions et changer les choses".

"C'est un objectif difficile et ce prix nous redonne du souffle pour continuer à se battre", conclut-elle.

wv-hec/od/ib