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06/09/2016 01:26 EDT | Actualisé 07/09/2017 01:12 EDT

De mystérieux cas de sclérose en plaques dans le même quartier d'Ottawa

Quatorze personnes et amis d'enfance ayant grandi dans un même quartier du sud d'Ottawa ont un malheureux point commun : la sclérose en plaques. Ils ont tous développé la maladie à l'âge adulte, et se demandent aujourd'hui si leur environnement en est responsable. Coïncidence ou véritable phénomène? Le mystère perdure.

Un texte de Catherine Lanthier

Jacques Dutrisac a grandi dans le quartier Elmvale Acres, dans les années 1960 et 1970. À l'époque, il s'agissait d'un nouvel espace résidentiel bordé de pâturages, à l'intersection du chemin Walkley et du boulevard Saint-Laurent.

En 1991, alors que Jacques Dutrisac est dans la trentaine, le diagnostic tombe : il souffre de sclérose en plaques, une maladie auto-immune dont la cause demeure inconnue.

C'est par hasard, lors d'un rendez-vous à l'Hôpital d'Ottawa, qu'il apprend qu'une amie d'enfance est atteinte, elle aussi, de sclérose en plaques. Intrigué, Jacques poursuit son enquête. Et ce qu'il découvre le perturbe.

Trois voisins, qui ont eux aussi vécu sur la petite rue Plesser, dans le quartier Elmvale Acres, souffrent de la même maladie.

En approfondissant ses recherches, Jacques constate qu'au total treize personnes - dont lui - qui ont grandi dans le même quartier, à la même époque, ont développé la sclérose en plaques. Plusieurs d'entre elles sont francophones et se sont côtoyées à l'École secondaire Charlebois, devenue depuis la St.Patrick's High School.

Radio-Canada/CBC a joint six des treize personnes de ce groupe. Une quatorzième collègue de classe, qui habitait un peu plus au nord, sur l'avenue Coronation, a elle aussi développé la même maladie.

Aujourd'hui âgé de 59 ans, Jacques Dutrisac se déplace en fauteuil roulant. Il perd graduellement l'usage de ses mains et de ses bras, ce qui complique ses démarches pour découvrir l'origine de sa maladie.

« Sérieusement, je pense que c'est une question de l'environnement. Parce que c'est trop une grosse coïncidence, ce qui est arrivé dans notre coin pendant ce temps-là. »

Son ancienne voisine, Diane Ladouceur, se déplace également à l'aide d'un fauteuil roulant. Elle se rappelle avec nostalgie avoir joué à « cache-cache » avec Jacques pendant son enfance.

Tous deux sont à la recherche de réponses, mais personne n'a pris leurs découvertes et interrogations au sérieux.

L'énigme des « foyers » de sclérose en plaques

Informée par Radio-Canada dea cas à Ottawa, la Société canadienne de la sclérose en plaques (SP) estime qu'il serait pertinent pour les chercheurs canadiens d'approfondir la question.

Informée par Radio-Canada dea cas à Ottawa, la Société canadienne de la sclérose en plaques (SP) estime qu'il serait pertinent pour les chercheurs canadiens d'approfondir la question.

De nombreuses éclosions de sclérose en plaques « en grappes » [ c.-à-d. regroupées dans un lieu géographique et/ou à une certaine époque] ont été rapportées à travers le monde..

Il est cependant très difficile pour les épidémiologistes de les étudier, puisqu'il s'agit d'une maladie complexe dont la cause est inconnue. Le mode de vie, des facteurs environnementaux, génétiques et biologiques contribueraient à son apparition.

Au Canada, 100 000 personnes sont touchées par la maladie, ce qui représente le taux le plus élevé au monde, selon la Société canadienne de la (SP). Quelques grappes de sclérose en plaques ont été rapportées, mais aucune n'a pu être confirmée.

« C'est un véritable défi de confirmer si un groupe vient d'un vrai foyer de sclérose en plaques. Si j'avais à identifier une grappe de sclérose en plaques au Canada qui fait l'unanimité, je n'y arriverais pas », soutient Ruth Ann Marrie, épidémiologiste, de l'Université du Manitoba.

Ruth Ann Marrie, épidémiologiste à l'Université du Manitoba et une des spécialistes de la question au pays, affirme que les données qui permettraient aux chercheurs d'expliquer les quatorze cas dans le quartier Elmvale Acres à Ottawa sont manquantes.

En effet, il n'existe pas de registre national comportant des informations sur les individus, qui souffrent de la maladie.

Du propre aveu de Mme Marrie, un tel registre serait très coûteux et complexe à entretenir, puisque de nombreux détails et prélèvements spécifiques à chaque patient seraient nécessaires pour arriver à retracer l'origine de la sclérose en plaques.

Voici quelques symptômes de la maladie :

( Source : Société canadienne de la sclérose en plaques)