NOUVELLES
03/09/2016 12:19 EDT | Actualisé 04/09/2017 01:12 EDT

Un courant aurait avantagé certains nageurs à Rio

Une étude a révélé que des courants auraient influencé les performances des nageurs aux Jeux olympiques de Rio, particulièrement au 50 m. C'est une répétition du scénario du Championnat du monde de la FINA de 2013 à Barcelone.

Aux demi-finales du 50 m hommes, 15 des 16 athlètes avaient nagé dans les couloirs 4 à 8 aux qualifications.

Chris Brammer, Andrew Cornett et Joel Stager du Centre de la science de la natation de l'Université d'Indiana ont étudié les différences de temps des nageurs selon leurs couloirs de course. Ils ont conclu que les nageurs des couloirs 6 à 8 avaient été avantagés durant la course de 50 m.

Ils ont d'abord étudié les temps intermédiaires des nageurs au 800 m et au 1500 m. Ils ont constaté que les temps à l'allée et au retour dans le couloir étaient statistiquement différents.

Ce n'est pas normal sur de telles distances où les nageurs cherchent à maintenir une certaine constance ont affirmé les chercheurs au Washington Post. La différence au final est nulle puisque les nageurs font des aller-retour.

Ce n'est pas le cas du 50 m.

Les chercheurs ont voulu savoir si le couloir de course avait pu jouer sur le temps et leur hypothèse était vraie.

Les scientifiques ont noté une augmentation de la performance de 0,94 % lorsque les nageurs passaient des couloirs les plus bas aux plus hauts et une diminution de la performance de 0,94 % dans le sens contraire.

« Ce qui est peu commun, c'est qu'un groupe performe plus mal en demi-finales qu'aux qualifications ou encore en finale qu'en demi-finales. Et c'est exactement ce qui est arrivé avec un groupe de nageurs qui est passé des couloirs 6-8 aux couloirs 1-3 », ont expliqué les chercheurs.

Le pourcentage se traduit en un avantage d'environ un dixième de seconde. Dans une course où tout se joue aux dixièmes ou même centièmes de secondes, c'est une différence appréciable.

En étudiant les temps d'une compétition-test qui a eu lieu dans la même piscine en avril, les chercheurs ont constatés des différences de temps, selon les couloirs, similaires à ceux de Rio.

La compagnie Myrtha Pool, qui a construit les piscines, s'est défendue.

Le président de Myrtha Pools Trevor Tiffany a suggéré que la façon de respirer pourait avoir une influence sur les temps selon les couloirs. Ceux qui ne respireraient que d'un côté ne verrait pas la compétition, dépendant de leur couloir de compétition. 

Cette thèse n'explique pas pourquoi ce n'est pas toute les compétitions qui sont affectés par des disparités dans les temps selon les couloirs. 

Les résultats de l'étude ont été reproduits par un autre chercheur, le mathématicien Barry Revzin. Il a estimé qu'un déplacement de deux couloirs vers la droite donnerait un gain de 1 cm par seconde, soit un dixième de seconde.

À la finale féminine du 50 m, la Bélarusse Aliaksandra Herasimenia (24 s 11/100) a battu la tenante du titre olympique la Néerlandaise Ranomi Kromowidjojo (24,19). Herasimenia a nagé dans le huitième couloir, que les données pointent étant le plus rapide, tandis que Kromowidjojo a nagé dans le troisième couloir.

« Aux championnats du monde, c'est encore plus grave qu'aux Olympiques, parce que tu n'as pas que le 50 m libre. Tu as le 50 m brasse, le 50 m papillon, etc. », a précisé Jean-Marie De Koninck, analyste de longue date à Radio-Canada pour les compétitions de natation et mathématicien.

Le problème des piscines temporaires

Beaucoup de compétitions majeures ont commencé à utiliser des piscines temporaires pour la natation. Elles sont construites en peu de temps et sont désinstallées rapidement.

« Elles sont de plus en plus fréquentes. Elles sont efficaces et coûtent peu d'argent, mais elles ont un petit problème », a affirmé Jean-Marie De Koninck.

Après leur étude initiale sur les irrégularités dans la piscine de Barcelona au Championnat du monde de la FINA en 2013, les chercheurs de l'Université de l'Indiana ont décidé d'appliquer leur théorie à d'autres piscines.

Ils ont ainsi découvert que les problèmes de courant se retrouvaient dans les piscines temporaires. Certaines disparités entre les temps étaient statistiquement nulles tandis que d'autres avaient plus d'importance.

C'était le cas à Barcelone en 2013, à Rio en 2016 et aux essais olympiques des États-Unis en 2012. Ces compétitions avaient toutes des piscines temporaires construites par la compagnie Myrtha Pool.

Une explication pour les différences de temps entre les couloirs dans les piscines temporaires a été avancée par Timothy Wei, professeur en ingénierie mécanique et des matériaux à l'Université de Nebraska-Lincoln.

Selon lui, les nageurs créent une grosse vague à l'entrée lors de leur entrée dans l'eau simultanée. Les murs moins rigides des piscines temporaires vibreraient très légèrement. Ces vibrations interagiraient avec les mini vagues faites par les nageurs et créeraient un courant dans la piscine.

Une analyse difficile

« Nous avions l'obligation de faire des tests pour démontrer l'absence de mouvements dans l'eau et les tests ont bien montré que l'eau ne bougeait pas », a affirmé Trevor Tiffany.

La compagnie a lancé une cruche à l'eau avant le début des compétitions et au jour 3 des Jeux.

« Le règlement de la FINA est très flou. Dans certains pays c'est obligatoire, les filtres doivent fonctionner constamment pour des raisons d'hygiène. L'entrée et la sortie de l'eau sont autorisées, donc on peut laisser les filtres ouverts dans la mesure où aucun courant ou remous notable ne sont créés », a affirmé De Koninck.

Aucune analyse précise n'existe donc aujourd'hui pour mesurer les courants d'eau dans les piscines.

Brammer, Cornett et Stager avaient donné une piste de réflexion en 2013 dans leur analyse de Barcelone.

« Les aspects critiques d'une piscine, comme le filtre de la conduite d'alimentation d'eau, les gouttières, la profondeur de l'eau et les autres aspects des piscines temporaires devront être analysés minutieusement pour éliminer les courants d'eau comme facteur d'influence sur les résultats en compétition. »