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03/09/2016 07:19 EDT | Actualisé 04/09/2017 01:12 EDT

Trump à Detroit face à un communauté noire méfiante

Donald Trump est arrivé samedi à Detroit pour tenter de convaincre la communauté noire qu'il est celui qui pourra changer les choses s'il arrive à la Maison Blanche, mais les habitants de la "Motor City" voient le candidat républicain avec méfiance.

Nombre d'Afro-américains reconnaissent que leurs conditions de vie ont peu évolué au cours des deux mandats de Barack Obama, premier président américain noir de l'histoire. Mais, ajoutent-ils aussitôt, Trump n'est pas, loin s'en faut, l'homme providentiel.

"Nous avons étudié le programme du parti républicain et l'avons trouvé insuffisant. Nous avons écouté son candidat et l'avons trouvé révoltant", lance Eric Williams, qui anime des ateliers pour aider les petits entrepreneurs noirs au sein de la Wayne State University, dans cette grande ville du nord des Etats-Unis.

"Il n'y a absolument rien que Donald Trump puisse faire pour améliorer son image au sein de la communauté afro-américaine".

En difficulté dans les sondages, l'homme d'affaires de New York tente depuis quelques semaines de tendre la main aux minorités, très largement favorables à sa rivale démocrate Hillary Clinton.

Selon un sondage USA TODAY/Suffolk University publié jeudi, il ne recueille le soutien que de... 4% des électeurs noirs.

Son argumentaire se résume à une phrase: "Qu'avez-vous à perdre?". Mettant en avant les chiffres du chômage, de la pauvreté et de la criminalité, il appelle cette partie de l'électorat à rompre avec un vote traditionnellement démocrate qui, affirme-t-il, n'a rien changé.

A l'issue de l'enregistrement d'un entretien télévisé avec un pasteur noir à Detroit, le candidat républicain devait assister à une célébration et s'exprimer brièvement devant la congrégation.

Une centaine de manifestants s'étaient rassemblés en fin de matinée devant l'église ou le milliardaire était attendu. "Trump n'aura pas ma voix", pouvait-on lire sur l'un des panneaux brandis dans la foule.

Charelle, qui ne souhaite pas donner son nom de famille, juge "absurde" d'imaginer que Trump ait véritablement la volonté de répondre aux inquiétudes de sa communauté:"C'est juste un prétexte pour faire des photos et dire: +Regardez, je ne suis pas raciste!+".

- 'Nous n'avons pas oublié' -

La fermeture des usines de production automobile à partir des années 70 a eu des effets dévastateurs sur la ville où des quartiers entiers restent dans un état de délabrement avancé.

"C'est la classe moyenne noire qui a le plus souffert", souligne Reynolds Farley, professeur à l'Université du Michigan qui étudie l'évolution de la population de la ville.

"A Detroit, les Noirs, comme les Blancs, sont sceptiques sur l'idée selon laquelle Trump pourrait faire revenir ces emplois", ajoute-t-il. "Ils ne pensent pas qu'il soit porteur d'une solution".

Au-delà du programme, la personnalité et les prises de position passées de Trump suscitent de vives réticences.

Bien avant de se lancer dans la course à la présidence, le magnat de l'immobilier avait pris la tête d'une campagne aux relents racistes visant à remettre en cause la nationalité américaine de Barack Obama en mettant en doute la validité de son certificat de naissance.

"Nous n'avons pas oublié cela", dit Eric Williams. "Cela en dit long sur cet homme".

Pour David Bullock, militant des droits civiques et candidat au conseil municipal de la ville, les républicains comme les démocrates ont, "depuis des années", déçu dans les quartiers défavorisés.

Mais Clinton a un avantage décisif sur Trump: "Elle a bâti sur la durée une relation de confiance avec les représentants de la communauté noire".

Plutôt que de faire basculer des votes en sa faveur, tâche qui s'annonce ardue, la stratégie du milliardaire pourrait consister à convaincre - discours sombre à l'appui - une partie de cet électorat de rester chez elle le 8 novembre.

Selon David Bullock, cette tactique pourrait l'aider à l'emporter dans des Etats comme la Caroline du Nord, où la course s'annonce serrée et où le vote noir pourrait être déterminant.

"Du point de vue de Trump, (cette visite) a sa logique. Mais nous savons qu'il ne s'agit pas d'aider Detroit", conclut-il.

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