NOUVELLES
03/09/2016 09:58 EDT | Actualisé 04/09/2017 01:12 EDT

Pologne: les juges accusent le pouvoir de chercher à "politiser" les tribunaux

Les juges polonais, réunis samedi en Congrès extraordinaire à Varsovie, ont accusé le pouvoir conservateur de chercher à "politiser" le système judiciaire alors que le pays s'enfonce depuis des mois dans une grave crise autour du Tribunal Constitutionel.

"Les pouvoirs exécutif et législatif cherchent à prendre le contrôle du pouvoir judiciaire. Ce processus s'est intensifié dernièrement", ont déploré dans une résolution les mille juges réunis en Congrès national.

Selon eux, le pouvoir politique viole la séparation des pouvoirs garantie par la Constitution, notamment en cherchant à "appliquer une interprétation de la loi en fonction des intérêts politiques particuliers".

Ils ont appelé le gouvernement de Beata Szydlo à "publier" un verdict du Tribunal constitutionnel que ce gouvernement bloque depuis l'automne.

Les juges se sont inquiétés de nouvelles réformes du système judiciaire polonais que le pouvoir en place prépare "sans consultation".

Invités, le président Duda, la chef du gouvernement Beata Szydlo, et même le ministre de la Justice ont boudé la réunion.

Les juges ont critiqué de récentes lois sensées résoudre la crise autour du Tribunal constitutionnel mais que le Tribunal lui-même a jugé en désaccord avec la loi suprême, et que l'opposition et nombre d'experts jugent contraires à l'Etat de droit.

Le Congrès a demandé aussi que la compétence du contrôle administratif des tribunaux soit transférée du ministère de la Justice à la Cour Suprême.

La crise dans la justice polonaise a éclaté après l'arrivée au pouvoir, en octobre, des conservateurs du parti Droit et Justice (PiS), dirigé par Jaroslaw Kaczynski.

L'administration américaine, ainsi que les institutions européennes ont à plusieurs reprises exprimé leur inquiétude quant à l'Etat de droit en Pologne.

Un ancien président du Tribunal, Andrzej Zoll, a estimé lors du congrès que la Pologne "s'orientait vite vers un Etat autoritaire"

Fin juillet, Bruxelles a donné trois mois à Varsovie pour revoir les mesures prises à l'égard du Tribunal constitutionnel. Les conservateurs considèrent cette instance comme un rempart de l'opposition qui risque de freiner leurs réformes.

mc/sw/lpt