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02/09/2016 23:29 EDT | Actualisé 03/09/2017 01:12 EDT

Malgré la cohue sur les îles, des migrants s'accrochent à l'Europe à Samos

Début d'après-midi sur le port de l'île de Samos en Egée: en jean et tee-shirt, les Syriennes Reem Alams et Sahar Khavouz goûtent le soleil et la vue sur la mer, pour rompre un moment l'attente qui les cloue aux portes de l'Europe.

"C'est notre promenade habituelle", dit Reem, originaire de Damas, en arrêtant la poussette de son fils devant une pizzeria. Sa fille est dans les bras de Sahar, originaire d'Alep.

Devenues amies dans un camp en Turquie où elles sont restées pendant sept mois après avoir fui leur pays, elles ont réussi à gagner Samos il y a 25 jours, bravant la volonté européenne de fermer cette route migratoire.

Bloquées sur l'île, car vouées en principe au renvoi en Turquie selon l'accord conclu fin mars entre l'UE et Ankara, elles tentent de s'adapter aux conditions du camp qui les accueillent. Quelque 900 autres réfugiés et migrants y vivent, à trois kilomètres du port.

"La nourriture est très mauvaise et il fait très chaud sous la tente", se plaint Reem.

Mais pas question de se décourager. Comme la plupart de ceux arrivés après le 20 mars, elle a déposé une demande d'asile pour éviter, ou au moins retarder, un renvoi en Turquie.

La Grèce n'est pas vraiment son premier choix. Mais comme "les frontières en Europe sont fermées, c'est la seule solution pour le moment pour rester en Europe", insiste Reem.

La mise en oeuvre du plan UE-Turquie en ce qui concerne les retours de candidats à l'asile est de facto gelée depuis le putsch raté en Turquie et la purge qui a suivi.

"Nous sommes dans une situation attentiste", explique à l'AFP une source gouvernementale grecque.

De quoi mettre sous pression les îles situées en face des côtes turques, où plus de 12.000 exilés s'entassent pour 7.500 places. A Samos, ils sont 1.300 pour 850 places officiellement recensés, selon le gouvernement.

- En quête de sécurité -

Tareq Ando Elias, 36 ans, un Yézidi de Sinjar en Irak, a "peur" pour sa femme et ses six enfants. "Il y a de nombreux jeunes hommes seuls, Syriens, Afghans, Algériens", explique-t-il à l'occasion d'une sortie du camp, dont l'accès est interdit aux médias.

Début juin, une rixe entre des réfugiés y a fait des dizaines de blessés.

Il affiche toutefois patience et optimisme, après la "peur" vécue à Sinjar, cible en août 2014 de massacres perpétrés par l'organisation Etat islamique (EI).

Tareq veut encore croire qu'il pourra poursuivre sa route vers "l'Allemagne ou les Pays-Bas pour être en sécurité".

Plus réaliste, Wassim Abdrabo, 27 ans, est prêt à rester en Grèce, si la porte de l'Allemagne, où habitent son oncle et ses cousins, lui reste fermée.

Il a quitté Daraa, en Syrie, avant la signature de l'accord UE-Turquie mais n'a rallié Samos qu'à la mi-mai, après neuf tentatives avortées pour passer.

Il est resté 25 jours dans le camp dans des "conditions terribles" avec son épouse enceinte de neuf mois. "Grâce à l'intervention du HCR", le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l'ONU, ils ont finalement été relogés début juin dans un hôtel du port, où leur fils, Farid, est né.

Dans le camp, la situation s'est "améliorée surtout en matière d'hygiène", assure Rose de Jong, responsable de l'antenne locale du HCR.

Mais "nous encourageons les autorités à trouver des logements supplémentaires sur l'île surtout pour les familles vulnérables, les mineurs non accompagnés ou les personnes ayant des problèmes médicaux", relève-t-elle.

Pour le moment, 170 places ont été dégagées dans des hôtels pour ces cas.

"Les réfugiés savent bien que c'est difficile" de gagner l'Europe du Nord, "et demandent des informations sur l'accès aux écoles, aux logements en Grèce", explique-t-elle.

Mais bien conscient des difficultés économiques de la Grèce, Wassim aspire toujours à "l'ouverture des frontières en Europe pour que les réfugiés puissent continuer leurs études et travailler en sécurité".

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