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03/09/2016 14:05 EDT | Actualisé 04/09/2017 01:12 EDT

Aris Messinis, un photographe en première ligne sur la crise des migrants

Il avait déjà rendu compte des conflits en Libye et en Syrie. Mais avec la crise des migrants, le photographe grec Aris Messinis, qui a reçu samedi le Visa d'Or dans la catégorie "news' du festival international de photojournalisme Visa pour l'image de Perpignan, a couvert pour l'AFP des scènes de guerre dans son propre pays et contribué à mettre des visages sur ce drame.

Ce professionnel de 39 ans, père de trois filles, n'a pas hésité à passer du statut de témoin à celui d'acteur. Il a délaissé momentanément son boîtier pour aider une mère et son enfant à sortir de l'eau, porter un bébé ou même transporter à la morgue le corps d'un enfant échoué sur la plage.

Pendant des mois en 2015, Aris Messinis s'est rendu sur l'île de Lesbos, porte de l'Europe face aux côtes turques, devenue l'épicentre de la plus grave crise de réfugiés depuis la Seconde guerre mondiale. Ses images ont fait le tour du monde. "Je n'avais jamais pensé couvrir cela dans mon propre pays", souffle-t-il.

"Ce sont des moments forts, d'un point de vue émotionnel. Je ne peux pas les décrire avec des mots, tu ressens tellement de choses en même temps", poursuit-il. "J'ai essayé d'être aussi proche que possible d'eux, pour ressentir leurs souffrances".

Jusqu'à cesser de photographier pour les aider. "C'est un réflexe humain normal. Nous essayons de garder une distance, d'être objectifs. Mais quelques fois, c'est bien de donner la main à quelqu'un qui en a besoin. C'est une décision personnelle", souligne Aris Messinis.

Ce supplément d'âme, cette humanité transparaissent dans ses photos, exposées au festival international de photojournaliste de Perpignan (sud de la France), Visa pour l'Image. Elles donnent un visage, souvent bouleversant, à la catastrophe humanitaire qui s'est jouée sur cette petite île grecque.

Avec Aris Messinis, les migrants, les réfugiés ne sont pas que des chiffres. Leur regard nous interpelle, on partage la joie de ceux qui sont arrivés au bout du voyage, on entend les cris de terreur de ceux que la mort a frôlés.

-'Un oeil et un coeur'-

Fils de photoreporter, le responsable photo du bureau AFP à Athènes, visage émacié, regard noir, look de baroudeur, travaille pour l'Agence depuis 2003.

Le conflit libyen a été en 2011 son première théâtre de guerre. Il photographie la bataille de Syrte opposant les derniers carrés des partisans de Kadhafi aux forces du Conseil national de transition, quelques jours avant la mort du dictateur.

Aris Messinis se fait très vite remarquer par son talent et son courage. Pour sa couverture, il reçoit en 2012 le trophée photo du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

Après la Libye, c'est la guerre en Syrie et toujours l'actualité grecque qui fait elle aussi la Une, avec les manifestations violentes contre l'austérité, la crise politique.

Puis à l'été 2015, quand naît sa troisième fille, le début de la crise des migrants.

"On avait l'impression qu'il ne s'arrêtait jamais, il travaillait jour et nuit", témoigne Odile Duperry, directrice du bureau de l'AFP à Athènes. Il est "extrêmement courageux", il a "ses opinions et les affirme avec force, il est très entier". Et dans le même temps, il "aide les gens, les réfugiés, il a un grand coeur", poursuit-elle.

"Aris a une sensibilité à fleur de peau. On la ressent tout de suite dans ses photos", abonde Stéphane Arnaud, rédacteur en chef photo de l'AFP.

"Il sait saisir les temps forts, ceux qui vous sautent aux yeux, mais aussi les temps +creux+, ceux pour lesquels il faut avoir un oeil et un coeur. Que ce soit sur le vif ou à distance, il a toujours un sens inné du cadrage et un profond respect pour ceux qu'il photographie", ajoute-t-il.

"Notre travail, c'est de montrer ce qui se passe. Et ce qui se passe à Lesbos, c'est ça. Pas seulement aujourd'hui. Tous les jours. Pourquoi empêcher le monde de le voir?", questionnait le photographe dans un article du blog "Making of" de l'AFP et intitulé "Un billet pour Lesbos".

"Oui, je veux vous choquer! Mais seulement pour vous faire comprendre ce qui se passe ici. Quelque chose de sinistre, d'horrible. Peut-être que si vous êtes choqué, cela s'arrêtera".

cpy/cam/lpt