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02/09/2016 20:45 EDT | Actualisé 03/09/2017 01:12 EDT

A Calcutta, Mère Teresa pas toujours en odeur de sainteté

"Sainte des caniveaux" révérée par les uns, zélatrice aux méthodes archaïques pour d'autres: dans sa ville de Calcutta, la missionnaire Mère Teresa, canonisée dimanche au Vatican, ne fait pas toujours l'unanimité.

Si la cérémonie place Saint-Pierre de Rome réjouit des millions de catholiques à travers le monde, l'accession de Mère Teresa au statut de sainte aura une saveur toute particulière pour Gautam Lewis.

A l'âge de deux ans, cet orphelin de Calcutta (est de l'Inde) avait été contaminé par la poliomyélite et recueilli par la religieuse. Sa "seconde mère", dit-il.

"Mère Teresa m'emmenait à l'église tous les dimanches et supervisait personnellement mon traitement lorsque je devais subir des opérations et de la rééducation pour me débarrasser de la polio", raconte à l'AFP M. Lewis, désormais installé à Londres.

"Je me souviens me sentir très protégé en sa présence", continue le pilote de 39 ans, de passage à Calcutta pour célébrer la canonisation.

"Nous estimons que l'élévation de Mère Teresa au statut de sainte serait une nouvelle impulsion pour son oeuvre de charité", abonde Thomas D'Souza, archevêque de cette grande ville du Bengale-Occidental.

De son vivant déjà, l'humanitaire à l'iconique sari blanc bordé de bleu était par beaucoup considérée comme une sainte. Mais ce n'est que l'année dernière que sa canonisation a été acquise, avec la reconnaissance par le Vatican d'un second "miracle".

De l'au-delà, Mère Teresa, morte en 1997, est créditée par l'Église catholique pour la guérison des cancers d'une Indienne en 1998 et d'un Brésilien en 2008.

- Glorification de la douleur ? -

Mais les contempteurs de l'action de la future Sainte Teresa de Calcutta ne manquent pas.

Ils dénoncent notamment les déplorables conditions d'hygiène de ses hospices, des négligences médicales et des conversions forcées de mourants.

"Son objectif ultime était la propagation de sa religion à n'importe quel prix", déclare à l'AFP Aroup Chatterjee, un docteur bengali, auteur en 2003 d'un livre à charge contre la religieuse.

"Convertir une personne mourante, inconsciente, est un comportement d'une grande bassesse, particulièrement répugnant", renchérit-il, et "Mère Teresa le faisait à une échelle industrielle".

L'un des principaux critiques de Mère Teresa, le journaliste d'origine britannique Christopher Hitchens - depuis décédé -, l'accusait d'aggraver la condition des pauvres par son opposition inflexible à la contraception et à l'avortement.

Le polémiste athée, auteur du provocateur documentaire "Hell's Angel" sur le sujet, soutenait qu'elle refusait des soins de base à ses patients, estimant que la souffrance les rapprochait de Dieu.

Dans son livre "The Missionary Position", Hitchens rapportait ainsi des propos tenus en 1981 par l'Albanaise naturalisée Indienne: "C'est absolument sublime lorsque les pauvres acceptent leur état, de le partager avec l'amour du Christ".

- Présent dans 139 pays -

Plusieurs anciens bénévoles soutiennent que ses foyers glorifient la douleur et la pauvreté. Ils les ont également accusés de ne prodiguer que des soins rudimentaires, en dépit des millions de dollars de donations.

Après un passage il y a huit ans comme volontaire dans les missions fondées par Mère Teresa, l'Américain Hemley Gonzalez a fondé sa propre ONG à Calcutta, en réponse à ce qu'il dénonce comme un "culte moderne".

Il dit y avoir vu des nonnes laver des seringues à l'eau du robinet pour les réutiliser. Ou s'être fait réprimander pour avoir coupé les cheveux de patients mourants, au prétexte que c'était inutile car ils allaient succomber sous peu.

"Ils se débrouillent pour ne pas répondre de leurs fautes médicales", déplore M. Gonzalez.

Depuis la mort de sa fondatrice, le réseau des Missionnaires de la Charité créé à Calcutta en 1950 s'est largement développé. Il gère désormais 758 centres dans 139 pays, fort de quelque 5.000 religieuses.

Mais là aussi, l'opacité de son financement et la gestion de l'argent des donations ont été questionnés par les détracteurs de l'ordre.

Des accusations "stupides" pour sa porte-parole Sunita Kumar: "le but de Mère Teresa n'était pas de bâtir des hôtels cinq étoiles, c'était d'aider pauvres", rétorque-t-elle.

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