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31/08/2016 09:00 EDT | Actualisé 01/09/2017 01:12 EDT

Michel Temer, de "vice-président décoratif" à président inéligible

Au crépuscule d'une vie politique qui paraissait vouée aux coulisses tamisées du pouvoir, Michel Temer, 75 ans, s'est emparé du fauteuil présidentiel de Dilma Rousseff dont il a précipité la chute.

Ce discret homme d'appareil de centre droit aux manières éduquées doit prêter serment dès mercredi devant le Parlement qui l'a fait roi, via la destitution controversée de son ex-alliée de gauche dont il ne partage désormais plus qu'une grande impopularité.

Vice-président pendant plus de cinq ans de Dilma Rousseff qui lui a collé l'étiquette embarrassante de "traître" et "conspirateur", président intérimaire depuis sa suspension le 12 mai, il va assumer pleinement le pouvoir jusqu'aux élections législatives et présidentielle de fin 2018.

En quête d'adoubement international, il s'envolera immédiatement pour la Chine pour un sommet du G20. Il tentera d'y faire oublier des articles de presse étrangère peu élogieux et les huées du public à la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Rio de Janeiro.

Il n'aura pas la tâche aisée pour redorer le blason du géant émergent d'Amérique latine, terni par des mois d'âpre bataille de pouvoir, la pire récession économique depuis des décennies et le scandale XXL de corruption Petrobras qui éclabousse de plein fouet son propre parti.

- Cinq ans de rancoeurs -

Le profil sans relief de ce cadet d'une fratrie de huit enfants, né d'immigrants libanais en 1940 dans l'Etat de Sao Paulo (sud-est), toujours tiré à quatre épingles, le visage un peu figé par la chirurgie esthétique, réserve toutefois des surprises.

Michel Temer a publié en 2013 un recueil de poésie intitulé "Anonymes Intimités".

Il a eu cinq enfants de trois mariages en quatre décennies. Son épouse actuelle, une ex-reine de beauté de 43 ans sa cadette, décrite comme "belle, réservée et au foyer" par la revue Veja, est sur le point d'accoucher de leur deuxième enfant.

Dirigeant depuis 15 ans le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), arbitre de toutes les majorités de gouvernement depuis 1994, M. Temer a accumulé les rancoeurs en cinq ans de mariage de raison avec la dirigeante de gauche.

En décembre, ce conciliateur peu coutumier des coups d'éclats avait surpris en reprochant amèrement à Mme Rousseff de l'avoir toujours rabaissé au rang de "vice-président décoratif".

Au printemps, la crise politique brésilienne a franchi un point de non retour. Le bateau présidentiel de Dilma Rousseff prenait l'eau de toutes parts.

Pour Michel Temer, l'heure avait sonné de passer de l'ombre à la lumière. En vieux renard de la politique, il a orchestré fin mars le débarquement du PMDB du gouvernement. Un coup fatal pour sa désormais rivale.

En politique aussi, la vengeance est un plat qui se mange froid. Pendant que Dilma Rousseff se défendait pied à pied lundi pendant treize heures d'affilée face aux sénateurs, Michel Temer recevait, détendu, les médaillés brésiliens des JO, coiffé d'un bonnet de water-polo. La séance historique du Sénat? "Je n'ai pas regardé. Figurez-vous que je n'ai pas eu le temps", a-t-il lancé placidement aux journalistes.

- Bienveillance des marchés -

Au début de son gouvernement de transition, la photo de son cabinet formé exclusivement d'hommes âgés, blancs et conservateurs a soulevé un tollé. Puis rapidement trois d'entre eux ont été poussés à la démission, rattrapés par le scandale Petrobras.

Son discours d'unité nationale n'a guère convaincu la majorité des Brésiliens. Mais sa longue expérience parlementaire - il a présidé trois fois le Congrès des députés - lui a permis de cimenter une large coalition sur les ruines de l'ancienne majorité de Mme Rousseff, pour garantir sa destitution.

Michel Temer bénéficie de la bienveillance des marchés, échaudés par l'interventionnisme hasardeux de Mme Rousseff, même s'il a pour le moment plus dépensé qu'économisé.

Il promet de geler les dépenses publiques pendant 20 ans hors inflation et de lancer d'impopulaires réformes du système déficitaire des retraites et du droit du travail. La gauche l'accuse de vouloir dilapider 13 ans d'avancées sociales.

Mais comme Mme Rousseff, il devra composer avec un Parlement fragmenté où les appuis se négocient cash.

Pour calmer ses nouveaux alliés conservateurs, il assure qu'il ne sera pas candidat à la présidentielle de 2018... Il est d'ailleurs officiellement inéligible pendant huit ans, à la suite d'une condamnation pour dépassement de dons de campagne.

Au printemps, il était crédité de 1 à 2% d'intention de votes en cas d'élection.

Et puis il y a le titanesque scandale Petrobras. La tempête a déjà emporté son encombrant camarade Eduardo Cunha, le sulfureux ex-président de la Chambre des députés, l'architecte de la destitution de Mme Rousseff.

M. Temer a lui-même été cité par des inculpés, sans être pour le moment inquiété par la justice.

Maintenant qu'il est seul maître à bord, après avoir poussé Mme Rousseff dans l'abîme, les vers d'un de ses poèmes, "Embarquement", résonnent de façon insolite:

"J'ai embarqué sur ton navire / Sans cap. Moi et toi / Toi, parce que tu ne savais pas / Où tu voulais aller / Moi, parce que j'avais déjà pris de nombreux caps / Sans arriver nulle part".

pal/ka/ams

PETROBRAS - PETROLEO BRASILEIRO