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31/08/2016 01:55 EDT | Actualisé 01/09/2017 01:12 EDT

Le Canada prêt à rejoindre la banque de développement créée par la Chine

Le Canada s'est dit mercredi candidat pour rejoindre la Banque asiatique d'investissement pour les infrastructures (BAII), créée par la Chine mais décriée par les Etats-Unis, en pleine visite à Pékin du Premier ministre Justin Trudeau, soucieux de relancer les relations sino-canadiennes.

La participation du Canada à la BAII générera des "opportunités commerciales" pour les entreprises canadiennes et de "bons emplois", a indiqué le ministre canadien des Finances Bill Morneau lors d'une conférence de presse.

La BAII, née d'une initiative chinoise et dont les statuts fondateurs ont été signés en juin 2015, vise à financer des projets d'infrastructures en Asie. Sur ses 57 membres fondateurs, une vingtaine sont des pays occidentaux, dont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni.

Bien que Pékin s'en défende, la BAII constitue de facto un contrepoids à la Banque mondiale (BM) et à la Banque asiatique de développement (BAD), respectivement contrôlées par les Etats-Unis et le Japon.

La BAII, dans laquelle la Chine dispose de pouvoirs de décisions considérables, suscite la méfiance de Washington et Tokyo.

Tous deux ont refusé obstinément d'y adhérer, s'inquiétant de critères de gouvernance au rabais et du risque que Pékin l'utilise pour favoriser ses entreprises et ses propres intérêts géopolitiques.

"Il faut de la transparence dans la manière dont cela va fonctionner, sinon, l'argent pourrait être mal utilisé", avait martelé l'an dernier le président américain Barack Obama.

Pour sa part, le Canada estime qu'il peut "aider la banque au niveau de sa gouvernance". "Si nous devenions le premier pays d'Amérique du Nord à rejoindre la BAII, je suis sûr que nous apporterons des positions constructives et équilibrées", a assuré Bill Morneau.

"C'est clairement dans l'intérêt du Canada", a-t-il argumenté. "Cela accroît la variété de l'offre sur le marché mondial, pour le bénéfice de tous".

- Une marque de 'confiance' -

La Chine cherche déjà activement à renforcer son influence diplomatique à travers l'Asie, et jusqu'en Europe, à coups d'investissements massifs le long de ce qu'elle appelle les "nouvelles routes de la Soie" -- où elle s'efforce d'écouler ses surproductions de ciment et d'acier.

Pékin a également participé à la création d'une banque de développement propre aux économies émergentes des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), dont le siège se situe à Shanghai.

La BAII accordera entre 10 et 15 milliards de dollars de prêts par an durant ses premières années d'existence, avait annoncé en décembre son président, le Chinois Jin Liqun.

M. Jin s'est félicité mercredi de la décision du Canada, qui témoigne selon lui "d'une confiance dans les solides fondations de la banque".

L'annonce intervient au deuxième jour d'une visite de Justin Trudeau cette semaine en Chine, où il a rencontré mercredi son homologue Li Keqiang avant un sommet des dirigeants du G20 les 4 et 5 septembre à Hangzhou (est).

La Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada, après les Etats-Unis, avec des échanges ayant dépassé les 85 milliards de dollars canadiens l'an dernier (58,4 milliards d'euros).

- Canola et droits de l'Homme -

Mais leurs relations ont été assombries par le projet de la Chine d'imposer de nouvelles règles phytosanitaires sur ses importations de canola afin de protéger ses propres récoltes -- au risque de pénaliser les ventes (2 milliards de dollars annuels) du Canada, premier exportateur mondial.

Ces règles étaient censées entrer en vigueur jeudi, mais le Premier ministre Li Keqiang a finalement annoncé mercredi la prolongation des anciens règlements, le temps que se poursuivent des discussions bilatérales sur un accord de long terme.

La détention en Chine depuis 2014 d'un Canadien, Kevin Garratt, arrêté près de la frontière nord-coréenne et soupçonné d'espionnage, hantait également la visite de Justin Trudeau.

Le dirigeant canadien a assuré mercredi avoir "attiré l'attention" sur ce cas dans ses entretiens à Pékin.

Il avait affirmé, avant son départ, qu'il comptait encourager la Chine à "améliorer" son bilan en matière "de droits de l'homme, de gouvernance et de questions de démocratie"

Mais, a-t-il insisté à Pékin devant la presse, le but de son voyage reste d'établir "un dialogue solide, stable et continu" avec la Chine.

Le Premier ministre Li Keqiang a quant à lui indiqué que le dossier de Kevin Garratt serait instruit "strictement selon la loi" et a appelé à "ignorer les perturbations" pour se concentrer sur "les intérêts d'ensemble" des relations bilatérales.

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