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31/08/2016 07:01 EDT | Actualisé 01/09/2017 01:12 EDT

La Tunisie face aux ravages croissants de l'insécurité routière

La Tunisie a connu mercredi un de ses pires drames liés à l'insécurité routière, qui a fait au moins 16 morts et 85 blessés, au moment où le pays fait face à une hausse inquiétante des accidents de la route.

Infrastructures déficientes, incivilités croissantes, défaut d'entretien du parc automobile: fin mai, 528 décès avaient été recensés sur les routes tunisiennes en cinq mois, une augmentation de 9,1% par rapport à l'an dernier.

Mercredi, à l'aube, ce sont les freins d'un semi-remorque qui ont cédé, entraînant une collision avec un bus de transport public et au moins une quinzaine de voitures, à Kasserine (centre-ouest), selon les premiers éléments de l'enquête.

Le bilan de 16 morts et 85 blessés reste provisoire, certains blessés étant toujours dans un état grave.

Les images du drame ont suscité l'émoi et fait parler d'un fléau souvent relégué au second plan ces dernières années.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la mortalité routière en Tunisie est pourtant la plus élevée en Afrique du Nord après la Libye, avec 24,40 tués pour 100.000 habitants.

- 'Terrorisme routier' -

Récemment interrogé par l'AFP, le secrétaire général de l'Association tunisienne de la prévention routière (ATPR), Imed Touil, a jugé l'Etat "premier responsable", déplorant un manque de financement de campagnes de sensibilisation.

Il souligne le coût économique mais aussi social d'un fléau qui décime en premier lieu la jeunesse: "60% des victimes ont entre 15 et 39 ans", selon lui.

"Je le dis sans détour: nous vivons un terrorisme routier. Le nombre d'accidents est tout bonnement effrayant", s'est-il insurgé, en appelant à des "lois plus dissuasives".

Directeur du principal poste de police routière, Kameleddine Msekni réclame notamment une généralisation du retrait de permis, qualifiant la législation actuelle de "très souple".

Le retrait de permis, "c'est ce qui fait vraiment mal au conducteur" qui ne respecte pas les règles, dit-il à l'AFP.

Régulièrement dénoncée comme un obstacle à la relance de l'économie cinq ans après la révolution, la corruption explique aussi en partie l'hécatombe routière.

Ces derniers mois, des vidéos ont été publiées sur les réseaux sociaux dénonçant la pratique persistante du "bakchich". En juin, l'une d'elle, qui montrait un agent réclamant 40 dinars (16 euros) pour ne pas verbaliser un conducteur, a fait scandale. Le policier a été suspendu.

Mais il en faudrait plus pour contrer le phénomène car le sentiment d'"impunité" des policiers et des conducteurs adeptes du "bakchich" est tenace, estime sous couvert d'anonymat un policier du centre de Tunis.

"Le conducteur n'a plus peur de la police et ne respecte pas le code de la route", déplore-t-il.

- 'Casse-cou!' -

Il suffit de circuler quelques minutes pour en faire le constat: feux rouges grillés (ou en panne), sens interdits non respectés, voitures garées en double file ou circulant sur les rails du tramway... les entorses au code de la route sont légion. Une autre mode consiste, au mépris du danger, à transporter en scooter, devant soi et sans casque, ses enfants.

Le responsable d'une agence de contrôle technique à Sidi Hssine, près de Tunis, fustige lui aussi "l'inconscience du conducteur", refusant d'y voir un problème lié au parc automobile vieillissant.

Les apprentis-conducteurs sont "parfaitement disciplinés", embraie Houssine Ettounsi, responsable d'une auto-école. Mais, le permis en poche, "ils deviennent des vrais casse-cou!".

Ce mois-ci, le journal Le Quotidien a dénoncé dans un éditorial les conditions de l'obtention du permis, fustigeant un secteur "gangréné" par la corruption et les "détenteurs de permis en toc" qui "se transforment en danger mortel".

Les autorités reconnaissent l'ampleur du problème.

"Il y a une dérive (...) qui nécessite d'importants moyens", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Intérieur Hédi Majdoub.

Mais, ajoute-t-il, la Tunisie "a connu beaucoup de bouleversements après la révolution. Elle s'est penchée sur des choses énormes, essentiellement le terrorisme".

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