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31/08/2016 02:32 EDT | Actualisé 01/09/2017 01:12 EDT

Israël: des propos du N.1 de la police sur les minorités provoquent un tollé

Le ministre israélien de la Sécurité intérieure Gilad Erdan a volé mercredi au secours du chef de la police Roni Alsheich, au coeur d'une controverse pour avoir jugé "naturel" que les policiers soupçonnent davantage un Israélien d'origine éthiopienne qu'un autre.

Les propos de M. Alsheich ont touché une corde sensible chez les Israéliens d'origine éthiopienne et au-delà. Originaires ou descendants de juifs d'Ethiopie, ils forment une communauté forte de 135.000 membres (sur une population d'environ huit millions) qui se plaint de discrimination et dénonce les abus de la police à son encontre.

"Toutes les études de criminologie à travers le monde, sans exception, prouvent que les immigrés sont davantage impliqués dans la criminalité que d'autres", a dit le chef de la police mardi à Tel-Aviv devant l'association des avocats. Elles montrent aussi que les taux de criminalité sont plus élevés chez les jeunes, a-t-il dit.

Quand les deux facteurs se recoupent et qu'un "policier croise un suspect, de manière naturelle son cerveau le soupçonne davantage", a-t-il dit. Il répondait à une question sur les violences policières contre les Israéliens d'origine éthiopienne. Il a ajouté que cela était vrai aussi pour les Arabes ayant la citoyenneté israélienne et les habitants palestiniens de Jérusalem-Est, annexée et occupée par Israël (qui ne sont cependant pas des immigrés).

L'Association israélienne pour les Ethiopiens juifs exige "la démission immédiate du chef de la police", a dit à l'AFP sa porte-parole, Hanna Elazar.

"Ces déclarations sont intolérables. Non seulement nous ne sommes pas des immigrés, mais en plus il ne fait que renforcer les préjugés qui présentent tous les jeunes de notre communauté comme des délinquants et des criminels", a-t-elle dit.

Plus de 50.000 des Israéliens d'origine éthiopienne sont nés en Israël.

Face à l'avalanche de critiques, le ministre de la Sécurité intérieure, en charge de la police, a pris la défense de M. Alsheich. Il "n'a pas cautionné une sur-répression visant les Israéliens d'origine éthiopienne. Il a fait exactement le contraire et dit avec courage qu'il y avait un problème et que la police travaillait à le résoudre", a dit Gilad Erdan dans un communiqué.

M. Alsheich a en effet admis que cette "sur-répression" était problématique, et ajouté que la police et la communauté coopéraient pour la réduire. La porte-parole de la police, la commissaire Meirav Lapidot, a ramené la polémique à un choix de mots malheureux de la part de M. Alsheich.

Les Israéliens d'origine éthiopienne proviennent de communautés restées coupées des autres juifs pendant des siècles et que les autorités religieuses d'Israël ont tardivement reconnues.

Cette reconnaissance a entraîné la mise en place de deux ponts aériens, en 1984 et 1991, et l'émigration vers Israël de 80.000 Éthiopiens, qui ont dû franchir un énorme fossé culturel pour s'intégrer.

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