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31/08/2016 04:35 EDT | Actualisé 01/09/2017 01:12 EDT

Espagne : cinq raisons du "non" socialiste à Rajoy

Les socialistes espagnols refusent de laisser Mariano Rajoy former un gouvernement minoritaire, malgré le risque d'obliger les électeurs à voter une troisième fois en un an. Voici cinq raisons à leur résistance :

- Ne pas être complice de Rajoy -

Si le Parti socialiste (PSOE) acceptait de gouverner avec le Parti populaire (PP) de M. Rajoy, "il lui arriverait la même chose que le Pasok en Grèce", où les socialistes, après avoir gouverné en coalition avec la droite, ont été laminés aux élections, selon le directeur de l'institut de sondages GAD3, Narciso Michavila.

"Celui qui apparaîtra comme le complice de Rajoy sera mort politiquement", affirme à l'AFP un proche de Pedro Sanchez, secrétaire général du PSOE.

"Au fond ce que Rajoy demande, c'est qu'on dise oui à son investiture, oui à son budget, oui à tout", afin de gouverner comme s'il avait la majorité absolue qu'il a eue de 2011 à 2015.

- Regagner en crédibilité -

Le PSOE perd des voix depuis 2011, quand l'électorat a sanctionné sa politique d'austérité face à la crise.

"Beaucoup de gens ne votent pas pour nous, pas parce qu'ils n'aiment pas ce que nous disons, mais parce qu'ils ne croient pas que nous allons le faire", poursuit ce conseiller.

Les sondages internes montrent que "ce que nos électeurs et sympathisants apprécient, c'est que quand nous disons +non à Rajoy et non au PP+, ils pensent que c'est vrai et que nous le maintiendrons jusqu'au bout". "Si nous renonçons à ça, nous laissons le champ libre à Podemos", le parti de gauche radicale qui concurrence le PSOE.

"Ce serait très compliqué pour [Pedro Sanchez] de dire : +j'ai dit non, mais ça ne compte plus+", juge aussi Narciso Michavila.

- Ne pas être le seul battu -

"Dans la psychologie de Pedro Sanchez, il très important de ne pas rester le seul candidat à avoir perdu un vote d'investiture+, dit-on dans son entourage.

Suite aux législatives du 20 décembre 2015, Pedro Sanchez avait tenté de former un gouvernement. Mais il n'avait obtenu que l'appui - insuffisant - des centristes de Ciudadanos et était devenu le premier candidat à se voir refuser la confiance des députés. Son échec avait entraîné de nouvelles élections le 26 juin.

- Revenir au bipartisme -

"Pedro Sanchez a perdu la peur de nouvelles élections", selon son conseiller, et le PSOE table sur l'affaiblissement des nouveaux partis qui promettaient le changement, Podemos et Ciudadanos. "Les gens vont se dire : la nouvelle politique, c'est bien beau, mais elle nous a conduits à l'impasse".

Selon les estimations des socialistes, dans un éventuel troisième scrutin en décembre, le PP progresserait probablement, mais le PSOE remonterait de 85 à "au minimum 110" sièges, et les nouveaux partis tendraient à disparaître.

Pari risqué pour le politologue Fernando Vallespin, qui pense que "Podemos est loin d'être mort".

- S'affirmer à la tête du PSOE -

Si Pedro Sanchez réussissait son pari de progresser aux élections, il arriverait renforcé à un prochain congrès de son parti et deviendrait leader incontesté de l'opposition.

Premier secrétaire général élu par les militants, Sanchez affronte depuis deux ans la fronde de "barons" régionaux qui critiquent toutes ses décisions.

Mais "il n'a jamais été aussi tranquille qu'aujourd'hui", estime son conseiller. "Personne n'ose publiquement lui demander qu'il soutienne Rajoy."

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