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31/08/2016 07:39 EDT | Actualisé 01/09/2017 01:12 EDT

Compte à rebours vers de nouvelles élections en Espagne

Les députés espagnols devaient refuser mercredi la confiance au conservateur Mariano Rajoy pour son maintien au pouvoir, déclenchant un compte à rebours de deux mois de négociations avant la convocation de troisièmes élections en un an.

Le chef du gouvernement sortant a besoin de la majorité absolue de 176 voix sur 350 pour être investi, comme il le demande, à la tête d'un cabinet minoritaire. Mais il n'a obtenu l'appui que de 170 députés: 137 de son Parti Populaire (PP), 32 du petit parti libéral Ciudadanos, et un de l'archipel des Canaries.

Lors d'un second vote vendredi, il lui suffirait de recueillir plus de oui que de non pour être investi par la chambre, mais aucun des partis d'opposition n'est prêt à s'abstenir pour lui laisser la voie libre.

"Le groupe parlementaire socialiste votera contre vous", a averti dès l'ouverture d'un débat virulent Pedro Sanchez, le secrétaire général du Parti socialiste (PSOE), première force d'opposition.

Il a reproché au dirigeant conservateur de n'avoir fait aucun effort pour élargir sa majorité mais d'avoir simplement exigé l'abstention de ses adversaires sur le mode "c'est moi ou le chaos".

- 'Chantage' -

"C'est un chantage en bonne et due forme", a-t-il lancé.

M. Rajoy, en réponse, l'a accusé de bloquer la formation du seul gouvernement possible et de "vouloir obstinément de nouvelles élections".

Selon la Constitution, le vote de mercredi ouvre un délai de deux mois pour trouver une formule de gouvernement. Sans quoi le parlement sera dissous automatiquement au 31 octobre et de nouvelles élections devront être convoquées.

Un répétition du scénario qui avait suivi les élections du 20 décembre.

Faute d'accord entre les quatre grands partis --le PP, le PSOE, et les deux nouveaux, Podemos de gauche radicale et Ciudadanos-- pour former un gouvernement, il avait fallu organiser de nouvelles législatives en juin.

Aucune solution n'était en vue mercredi. "Puisque les partis campent sur leurs positions, un troisième scrutin est le scenario le plus probable", a estimé Antonio Barroso, un analyste du think-tank Teneo Intelligence, basé à Londres.

Le PSOE n'envisage pas de s'abstenir en faveur d'un dirigeant impopulaire et dont le parti est secoué par une succession de scandales de corruption. "Ce serait, explique à l'AFP un conseiller de Pedro Sanchez, abandonner le champ à Podemos", alors même que ce parti qui cherche à supplanter les socialistes est en perte de vitesse.

Et le PSOE n'est pas en mesure de réunir une majorité de gauche. "Impossible, tranche le même conseiller. On ne va même pas essayer ! La méfiance envers Podemos est totale".

A droite, M. Rajoy pourrait en théorie espérer élargir sa majorité après les élections régionales du 25 septembre au Pays basque.

Si le Parti nationaliste basque (PNV) perdait la majorité absolue, il pourrait avoir besoin de l'appui du PP pour rester au pouvoir. M. Rajoy pourrait alors demander en échange l'appui des cinq députés du PNV à la chambre.

Mais leurs relations se sont encore dégradées mercredi. "Vous n'avez pas fait le moindre effort pour obtenir notre vote (...) Nous ne voulons pas non plus voter pour vous", lui a lancé le chef du groupe parlementaire du PNV, Aitor Esteban.

- Elections à Noël ? -

Selon les délais fixés par la loi électorale, la date choisie par M. Rajoy pour le débat entraîne la convocation des prochaines élections le 25 décembre.

Mais le PSOE prépare un amendement pour raccourcir la campagne, afin que le vote ait lieu le 18 décembre. Il a reçu pour cela l'appui de Ciudadanos et de Podemos, un signe que tous pensent déjà qu'il faudra retourner aux urnes...

"De nouvelles élections seraient une honte !", estime Juan Antonio Jareno, employé à la Compagnie espagnole de Pétrole de 47 ans, "La faute du blocage retombe sur le PP de Rajoy et sur le PSOE de Sanchez. Ils sont arrogants!"

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