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30/08/2016 22:41 EDT | Actualisé 31/08/2017 01:12 EDT

Après la prison, l'opposant angolais Luaty Beirao continue à défier le pouvoir

"Quitte le pouvoir, tu n'as plus rien à donner à ce peuple": récemment sorti de prison, le rappeur Luaty Beirao, figure de la contestation contre le chef de l'Etat angolais Jose Eduardo dos Santos, continue à défier le pouvoir et appelle au départ le président d'un pays "en faillite".

"Il y a beaucoup à faire pour l'Angola et j'essaie d'apporter mon petit grain de sable", explique à l'AFP Luaty Beirao, qui a passé près d'un an en prison et est assigné à résidence depuis fin juin à Luanda.

En mars, Jose Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 1979, a annoncé son intention de se retirer de la vie politique en 2018, un an après les élections générales de 2017. Des paroles auxquelles le militant Beirao n'accorde aucun crédit.

"Ce n'est pas la première fois qu'il le dit, ça n'a pas de sens. Un mandat dure cinq ans. Quelle personne saine d'esprit va aller voter pour quelqu'un qui annonce qu'il va partir au bout d'un an?", explique-t-il, alors que Jose Eduardo dos Santos est le grand favori de la présidentielle.

"La fraude est bien en marche. Ce seront des élections bidons, comme l'ont été toutes les précédentes", affirme Luaty Beirao, belle chevelure brune ondulée, tee-shirt blanc et short noir.

Ce père de famille de 34 ans a repris les kilos perdus lors de sa retentissante grève de la faim de 36 jours entreprise l'an dernier pour protester contre sa détention.

Condamné en mars à cinq ans et demi de prison, avec 16 autres opposants pour actes préparatoires à une rébellion contre le président dos Santos, Luaty Beirao a été libéré, comme ses camarades, fin juin. Une décision saluée par les organisations des droits de l'homme.

Mais le rappeur, ingénieur de formation, n'est pas encore tout à fait libre: il doit se présenter "une fois par mois" à la police et n'a pas le droit de quitter le pays.

- Farce judiciaire -

Potentiel bénéficiaire d'une loi d'amnistie adoptée en juillet pour les personnes condamnées à des peines maximales de 12 ans de prison pour délits non violents, Luaty Beirao assure qu'il fera tout pour laver son honneur devant la justice.

"Je refuserai carrément cette amnistie, car je veux aller au bout de cette farce et montrer que notre système judiciaire est un outil au service du dictateur", lance-t-il, assis dans un canapé de cuir noir dans sa maison cossue du centre huppé de Luanda.

"C'est à la justice de prouver que cette année en prison était justifiée", ajoute-t-il en français, alors que les 17 opposants politiques ont toujours clamé leur innocence.

Fils de Joao Beirao, un proche du président dos Santos aujourd'hui décédé, Luaty Beirao affirme ne pas vouloir s'enfuir, malgré sa double nationalité angolaise et portugaise, et insiste sur sa détermination à "continuer son action politique".

"Chaque fois que les élections approchent, le régime durcit ses pratiques envers ceux qui le pointent du doigt", souligne-t-il, alors qu'en 37 ans au pouvoir le président dos Santos a largement muselé l'opposition.

Luaty Beirao s'est lancé dans l'action militante lors de ses études en génie électrique, à Plymouth en Angleterre, où il a participé en 2003 à une manifestation contre la guerre en Irak.

Pour lui, le gouvernement de l'Angola, actuel premier producteur d'or noir d'Afrique, ne peut plus se réfugier derrière la croissance économique mirobolante des années 2000.

"Pendant les premières années après la guerre civile (1975-2002), la hausse du baril de pétrole a créé l'illusion d'un essor économique avec une forte croissance du PIB", explique Luaty Beirao.

"Cette croissance n'a jamais été accompagnée d'une augmentation de la qualité de vie des citoyens. Et il a suffi d'une baisse du prix du pétrole pour briser cette illusion", dénonce-t-il, qualifiant l'Angola d'Etat "en faillite".

Plus d'un tiers de la population angolaise vit aujourd'hui sous le seuil de pauvreté.

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