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30/08/2016 11:33 EDT | Actualisé 30/08/2016 11:42 EDT

«Clara»: les mots d'Anne Hébert joués à l'Espace GO (ENTREVUE)

Courtoisie

Plutôt que d’opter pour l’un des classiques d’Anne Hébert très connus du grand public, tels Kamouraska, Les Fous de Bassan ou Le Torrent, le Théâtre de l’Opsis a voulu mettre en lumière le court roman Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais, qui sera présenté sur les planches de l’Espace GO.

Une femme morte après avoir donné la vie. Un homme et sa petite fille à l’abri du monde dans la campagne québécoise. Une institutrice, Mademoiselle, qui transforme le quotidien du père et de la fillette qui, à 10 ans, ne sait ni lire ni écrire. Elle transmet son savoir avant qu’une maladie grave ne l’emporte. Des années passent comme la rivière s’écoule. À l’aube de ses quinze ans, Clara, endormie dans les bois, surprend un lieutenant anglais, avec qui elle vivra sa première, et peut-être sa seule, histoire d’amour.

Écrite en 1995, environ cinq ans avant le décès de l’une des plus grandes écrivaines que le Québec ait connues, cette histoire est un exemple frappant du talent d’Anne Hébert, selon la metteure en scène Luce Pelletier.

«Comme le roman a été écrit à la fin de sa vie, on a l’impression de lire l’apothéose de sa plume. Elle dit tout en très peu de lignes. Son histoire est portée par un souffle assez fabuleux, qui se transpose naturellement au théâtre, ce qui est loin d’être le cas de tous les beaux romans.»

Il faut dire que la femme de théâtre est particulièrement sensible aux œuvres comme celles d’Anne Hébert, qui aurait fêté son centième anniversaire de naissance le 1er août dernier.

«Je suis à un moment de ma vie où je m’arrête spécialement à la façon d’écrire certaines phrases et d’utiliser certains mots. Anne Hébert entre directement là-dedans. Ses expressions m’attirent beaucoup. Ses personnages sont complexes. Son roman est un condensé d’émotions, sans une ligne de trop. Il n’y a rien d’anecdotique. J’aime beaucoup la pureté qui laisse la place aux émotions tragiques. C’est une histoire d’humanité totale.»

Concentré d’émotions sur le deuil, la transmission et l’amour multiformes, le roman connait une nouvelle vie grâce à l’adaptation de Pierre Yves Lemieux, qui avait le défi de transposer le style contemplatif de l’auteure en matière théâtrale.

«C’est un mandat très délicat. Pierre-Yves devait transposer la description de la nature dans la parole des personnages sans que ce soit inadéquat et faire dire les réflexions intérieures sans que ça devienne une narration froide. C’est un spectacle de dentelle, qui passe beaucoup par l’intériorité des interprètes. Même si on aime tous la poésie d’Anne Hébert, ce ne sont pas juste des mots qui sont lancés. Tous les acteurs incarnent viscéralement ce qu’ils disent. La pièce dure seulement 70 minutes, mais ils sont vidés en sortant de scène.»

Émilie Bibeau, Étienne Pilon et François-Xavier Dufour donneront la réplique à Alice Moreault, qui jouera l’adolescente au cœur de la pièce. «J’avais vu Alice à l’École Nationale et son talent m’avait frappé! Elle a une forme de juvénilité naturelle en elle. Elle a l’air jeune sans tricher, sans le jouer. Elle porte la jeunesse en elle, avec une forme d’abandon.»

Une qualité parmi d’autres qui permettront aux spectateurs de plonger au cœur d’une œuvre méconnue. «C’est un choc de découvrir une telle histoire seulement maintenant et de réaliser à quel point c’est du grand Anne Hébert. »

Clara sera présentée à l’Espace GO du 6 septembre au 1er octobre 2016. Cliquez ici pour plus de détails.

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