POLITIQUE
29/08/2016 06:57 EDT | Actualisé 29/08/2016 09:10 EDT

Un animateur chinois s'en prend à la «censure» de l'organisme de promotion touristique du Canada

OTTAWA – Une personnalité publique bien connue en Chine accuse Destination Canada d’avoir voulu censurer des extraits de ses émissions qui portent sur les droits des peuples autochtones au Canada et le mouvement indépendantiste au Québec.

Gao Xiaosong, qui est suivi par 38 millions d’abonnés, a fait ces déclarations sur le réseau social chinois Weibo peu avant l’arrivée du premier ministre Justin Trudeau dans son pays pour le sommet du G20.

Vendredi dernier, le site de vidéos iQiyi devait diffuser la première capsule sur le tourisme au Canada, de l’émission hebdomadaire Xiaosong Qi Tan, d’une série de quatre capsules. On pouvait y voir une entrevue avec un chef des Premières Nations, entre autres.

Mais la capsule a été reportée après que Destination Canada – anciennement la Commission canadienne du tourisme – a agi de façon « arrogante » et a menacé d’utiliser des « moyens légaux, diplomatiques et politiques » pour en empêcher la diffusion, dit-il.

La société d’État a fait appel à Ctrip, la plus grande agence de voyages en ligne de la Chine, pour produire quatre vidéos touristiques qui encourageraient les touristes chinois à venir visiter le Canada. Ctrip a par la suite fait affaire avec le site iQiyi pour diffuser les capsules.

Xiaosong prétend que Destination Canada a exigé l’élimination de « tout le contenu sur les droits humains des Premières Nations ». Une dispute aurait également éclaté sur la mention des indépendantistes au Québec, mais ce segment sera finalement diffusé.

Gao Xiaosong est un animateur, un chanteur et un producteur en Chine. (Photo : Getty Images)

L’animateur a partagé des captures d’écran de ce qui semble être un échange de courriels avec des employés de Destination Canada. Certains extraits sont répertoriés sur le site de Xinhua, l’agence de presse officielle de l’État.

« Nous avons toujours insisté pour ne pas mentionner les peuples autochtones parce qu’il s’agit d’un sujet très délicat, et la bande-annonce inclut un chapitre de notre histoire dont nous ne sommes pas fiers [traduction libre] », peut-on lire dans un courriel.

« Peu importe l’aspect historique ou des droits humains, nous avons souligné dans notre rencontre qu’il fallait éviter les peuples autochtones… C’est vraiment sérieux. Si ce n’est pas réglé correctement, ceci pourrait monter au niveau politique et causer de très sérieuses conséquences. »

Au moment de publier, Destination Canada n’avait pas confirmé qu’il s’agissait bel et bien de courriels envoyés par leur personnel.

Une mauvaise communication?

Le bureau de la ministre de la Petite entreprise et du Tourisme, Bardish Chagger, on répond qu’à « aucun moment, Destination Canada n’a exigé qu’une vidéo soit retirée et aucune poursuite contre la société de production n’a été suggérée ».

« Destination Canada a formulé des recommandations, y compris l’utilisation d’images du Canada plutôt que celles d’autres pays, et ainsi assurer la mise en valeur du tourisme canadien », a répondu James Fitzmorris, directeur des communications de la ministre Chagger.

« Ces suggestions ont été acceptées et approuvées par la firme de publicité. Aucun changement n’a été demandé concernant l’entrevue avec un chef des Premières nations du Canada », a ajouté Fitzmorris.

Il explique que la firme de publicité a utilisé certaines images pour représenter l’armée américaine, par exemple, ce qui ne reflète en rien le tourisme au Canada.

Xiaosong disait, sur Weibo, que Destination Canada n’avait pas de droit de regard sur les capsules qu’il anime, puisqu’il n’est pas directement lié à un contrat avec eux. Une porte-parole de la société d’État a toutefois répondu que c’est iQiyi – le sous-traitant de Ctrip – qui s’occupe de son contrat.

Mark Rowswell, aussi connu sous le nom d'artiste « Dashan », est un Canadien qui est devenu une personnalité publique en Chine. À son avis, tout ceci s’apparente à une « mauvaise communication » entre de nombreux intermédiaires commerciaux.

Peu connu ici, Dashan est sur toutes les tribunes en Chine. (Photo : Getty Images)

« Les réseaux sociaux ont dressé le portrait que c’est un enjeu politique, soit que le gouvernement canadien s’ingère dans les médias et tout. Mais le plus qu’on en apprend sur ce scandale, le plus qu’on se rend compte que ça semble être une dispute commerciale entre quatre parties », dit-il à l’autre bout du fil.

Rowswell, qui a été nommé « ambassadeur de bonne volonté » du Canada en Chine par l'ancien premier ministre Stephen Harper, pense que Destination Canada a géré la crise de façon « relativement médiocre » étant donné l’influence médiatique de Xiaosong.

Lui-même raconte, en riant, être victime d’acharnement de la part des internautes chinois. « J’ai publié quelque chose là-dessus sur les réseaux sociaux en Chine et j’ai reçu des réactions [opposées] : la moitié des gens me soutient et l’autre moitié me dit de la fermer et de rentrer chez moi! »

Les accusations de Gao Xiaosong surviennent au moment où le premier ministre Trudeau entreprend sa première visite officielle en Chine. S’il compte prioriser les relations économiques, il compte aussi partager ses inquiétudes en matière des droits de la personne.

En entrevue avec La Presse Canadienne, l’ambassadeur de la Chine au Canada, Luo Zhaohui a admis que son pays avait encore du chemin à faire dans ce dossier, mais que les dernières années ont été marquées par le progrès.

« Chaque pays a ses propres problèmes quant aux enjeux qui touchent aux droits de la personne. Aucun État n'estime que la situation est parfaite, à ce niveau-là, sur leur territoire », a-t-il dit.

Plus tôt cette année, le ministre chinois des Affaires étrangères s’était fâché après une journaliste canadienne qui avait remis en question le bilan des droits humains en Chine. Il lui avait répliqué que sa question était « remplie de préjudices ».

Avec des informations d'Althia Raj.

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