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29/08/2016 09:06 EDT | Actualisé 30/08/2017 01:12 EDT

Simulation de vie sur Mars: un petit pas mais bien d'autres défis à relever (expert)

L'expérience de survie conclue dimanche à Hawaï est "une petite pierre supplémentaire" dans la recherche martienne, souligne l'astrophysicien français Francis Rocard.

Pour autant, d'autres obstacles que le confinement se dressent sur la route de la planète rouge, ajoute le responsable du programme d'exploration du système solaire au CNES (Centre national d'études spatiales).

Q: Six volontaires se sont isolés un an sur un volcan. En quoi cela peut-il nous rapprocher de Mars?

R: "Les séjours de longue durée se pratiquent depuis longtemps. Plus de 500 personnes sont allées dans l'espace! Après les Soviétiques et Mir, les Américains ont accumulé les expériences de longue durée: la norme sur la Station spatiale internationale (ISS), c'est 200 jours. Pour Mars, c'est un vrai défi. Car pour y aller il faut 200 jours, et les séjours de 500 jours seront la norme, compte tenu de l'investissement. Au total ce sera presque trois ans, ce qui est considérable!

Ce type de simulation sert à dégrossir le sujet, c'est une petite pierre en plus. Mais je ne suis pas sûr qu'il y ait beaucoup à en tirer. Sur le plan psychologique, nous avons déjà l'expérience des hivernages en Antarctique, ou celle des sous-marins.

Et ici le problème est que la représentativité n'est pas parfaite car les participants ne sont pas dans une situation - psychologique - de non-retour possible. Or sur deux-trois ans, ce risque est latent dans le conscient ou l'inconscient de l'astronaute.

J'avais posé la question à (l'astronaute américain) Buzz Aldrin: +Avez-vous craint que le système de re-décollage ne fonctionne pas, avez-vous craint d'être perdu sur la Lune?+ Il m'avait répondu: +on ne pense pas aux sujets pour lesquels on n'a pas de solution+. Certes pour une mission d'une semaine comme Apollo 11, mais je m'interroge sur la capacité des astronautes à l'évacuer pendant 3 ans!"

Q: Au-delà du confinement, quels autres défis se posent pour l'homme?

R: "Les radiations spatiales. Car on peut se protéger des radiations solaires mais pas des galactiques, permanentes et plus énergétiques, et on va dépasser les doses réglementaires des travailleurs du nucléaire. Selon un rapport de 2014, les hommes, notamment plus âgés, résisteraient mieux (face à ce risque). Il faudra faire des sélections.

Quant à la survie sur place, comme sur la Lune, il faudra garantir l'étanchéité du scaphandre.

Mais comment se nourrir et avoir de l'eau pendant 500 jours? On amènera des graines, et il faudra développer des processus pour faire des cultures: hors-sol, lampes à UV, etc.

Quant à l'eau ce n'est pas simple. Les Américains ont un peu bluffé en disant qu'il suffisait de creuser. Or Mars est froide, comment creuser la glace? Et un sondage à basse résolution sur 1 mètre de profondeur a conclu à des quantités très faibles."

Q: Pourquoi Mars absolument?

R: "Car le champ du possible est très restreint. Où voulez-vous mettre des hommes? En orbite basse, c'est fait; la Lune, c'est fait; leur faire visiter un astéroïde, ça peut être fait rapidement.

Mars a une aura particulière. L'objectif des scientifiques est de rechercher des preuves de vie, et pour l'instant on n'en a pas trouvées. On est dans l'esprit pionnier des Américains, c'est la nouvelle frontière. C'est +leur job+ de mettre un homme sur Mars! Sinon un jour les Chinois le feront.

D'ailleurs pour les Etats-Unis, c'est l'objectif depuis des décennies, depuis Apollo. Mais pour des raisons budgétaires, il leur faut étaler l'effort sur une durée très longue. La Nasa parle d'un objectif 2030, mais un rapport de 2014 parle plutôt d'un homme à la surface de Mars en 2050."

cho/alu/cam