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29/08/2016 09:48 EDT | Actualisé 30/08/2017 01:12 EDT

Le ferme discours de Rousseff contre le "coup d'Etat" et l'"injustice"

Dans son discours face au Sénat qui la juge en destitution, la présidente du Brésil Dilma Rousseff s'est montrée lundi ferme et combative, rappelant avec émotion son combat il y a 46 ans contre la dictature militaire.

Dénonçant une "injustice", elle a exhorté les 81 sénateurs à voter contre le "coup d'Etat" en cours, au mépris des 54 millions de Brésiliens qui l'ont réélue en 2014, et critiqué le gouvernement "usurpateur" du président par intérim Michel Temer.

"N'attendez pas de moi le silence obséquieux des lâches", a-t-elle souligné dans son discours de 45 minutes pour se défendre des accusations de maquillage présumé des comptes publics.

- 'Gouvernement usurpateur' -

Pour la dirigeante de gauche, sa probable destitution servira surtout les intérêts son ex vice-président, aujourd'hui rival, Michel Temer (PMDB, centre droit), qui exerce la présidence par intérim depuis mai et terminera son mandat en 2018 si elle est évincée.

"Ce sont des prétextes pour permettre un coup d'Etat contre la Constitution, un coup d'Etat qui, s'il va jusqu'au bout, résultera en un gouvernement usurpateur", a t-elle clamé, comparant l'équipe ministérielle de M. Temer, sans femmes ni noirs, avec les quatre gouvernements de gauche depuis Lula en 2003.

- 'Sans crime' -

Mme Rousseff a été accusée d'autoriser des dépenses publiques sans l'autorisation du Parlement, une pratique pourtant utilisée par ses prédécesseurs, et de continuer à financer des programmes sociaux en 2014, année de sa réélection, et début 2015, ce qui est interdit par la Constitution.

"Je viens pour vous regarder dans les yeux, et dire, avec la sérénité de ceux qui n'ont rien à cacher, que je n'ai commis aucun crime de responsabilité. Je n'ai commis aucun des crimes dont je suis accusée de façon injuste et arbitraire".

"Face aux accusations contre moi dans ce procès, je ne peux m'empêcher de sentir dans la bouche, de nouveau, le goût âpre et amer de l'injustice", a-t-elle dit.

- 'Séquelles de la torture' -

Dans son discours, la voix deux fois brisée par l'émotion, Dilma Rousseff a rappelé son combat contre la dictature.

"J'avais peur de la mort, des séquelles de la torture dans mon corps et mon âme (...) mais je n'ai pas cédé. J'ai résisté".

"A deux reprises j'ai vu de près le visage de la mort: quand j'ai été torturée pendant des jours, soumise à des sévices qui nous font douter de l'humanité et du propre sens de la vie, et quand une maladie grave et extrêmement douloureuse (un cancer, ndlr) aurait pu abréger mon existence. Aujourd'hui, je ne crains que la mort de la démocratie".

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