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29/08/2016 05:10 EDT | Actualisé 30/08/2017 01:12 EDT

Islam Karimov, plus d'un quart de siècle à la tête de l'Ouzbékistan

Le président Islam Karimov, qui se trouve en réanimation après une hémorragie cérébrale, règne sans partage sur l'Ouzbékistan depuis plus d'un quart de siècle au prix de méthodes autoritaires dénoncées en Occident.

Dirigeant de l'Ouzbékistan soviétique dès 1989, réélu à trois reprises depuis l'indépendance deux ans plus tard, Islam Karimov, 78 ans, n'a pas de successeur désigné et ce pays d'Asie centrale n'a jamais connu une élection jugée libre par les observateurs internationaux.

Il a toujours fait valoir que son contrôle quasi total des instances du pouvoir était vital pour la sécurité et la modernisation de l'Ouzbékistan. Ses critiques et les ONG internationales dénoncent à l'inverse un règne brutal et l'étouffement de toute forme d'opposition dans ce pays de 30 millions d'habitants.

Islam Karimov, né le 30 janvier 1938 à Samarcande, joyau de l'Asie centrale au coeur de la Route de la Soie, a grandi dans un orphelinat avant de poursuivre des études de mécanique puis d'économie.

Il a gravi tous les échelons de l'appareil du parti communiste à l'époque de l'URSS jusqu'à prendre la tête de la république soviétique d'Ouzbékistan. A l'indépendance, en 1991, il parvient à se maintenir au pouvoir et s'emploie aussitôt à éliminer tous ses opposants.

Si ses partisans affirment qu'il a conduit sans trop de heurts la transition vers l'économie de marché après la chute de l'URSS, ses détracteurs lui reprochent en revanche d'avoir laissé une élite corrompue s'emparer de tous les leviers du pouvoir.

- La fille aînée en disgrâce -

Deuxième exportateur mondial de coton, l'Ouzbékistan est régulièrement accusé par des ONG d'avoir recours au travail des enfants.

Réélu en mars 2015 à la tête de son pays avec plus de 90% des voix, Islam Karimov a dû s'employer à juguler des luttes internes au sein de sa famille : sa fille aînée Goulnara Karimova a fini par tomber en disgrâce après avoir longtemps été considérée comme son possible successeur.

Cette femme de 44 ans, qui aimait mettre en avant son amitié avec l'acteur français Gérard Depardieu et le chanteur britannique Sting, a franchi une ligne rouge en comparant son père à Staline, puis en accusant sa soeur cadette et sa mère de sorcellerie avant de s'en prendre sur Twitter au puissant chef de la Sécurité ouzbèke.

Accusée de corruption elle serait aujourd'hui assignée à résidence. Selon son porte-parole à Londres, une enquête a été ouverte en raison de liens présumés entre un "groupe criminel" et des hommes d'affaires avec lesquels elle était associée.

Celle qui fut une ambassadrice haute en couleur de son pays aux Nations unies est aussi recherchée par la justice de plusieurs pays européens, notamment pour le détournement supposé de 300 millions de dollars au détriment de la compagnie suédoise TeliaSonera, une entreprise de télécommunications très présente en Asie centrale.

Sa cadette, Lola Karimova-Tilliaïeva, est ambassadeur de l'Ouzbékistan à l'Unesco à Paris. Elle a affirmé en 2013 que cela faisait 12 ans qu'elle n'avait pas parlé à Goulnara.

- Lutte pour la succession -

Selon les organisations de défense des droits de l'Homme, le règne d'Islam Karimov a été ponctué d'élections truquées et d'arrestations arbitraires. L'ONU a régulièrement critiqué l'usage de la torture, très répandue dans les prisons ouzbèkes.

En 2005, le président n'avait pas hésité à faire ouvrir le feu sur des milliers de manifestants à Andijan (est). Selon une évaluation de l'OSCE, 300 à 500 personnes avaient été tuées ce jour-là.

Mis alors au ban de la communauté internationale, Islam Karimov avait entamé une lente réconciliation avec les capitales occidentales, louvoyant entre Washington et Moscou sans jamais parvenir à établir des relations de confiance avec l'un ou l'autre.

Une disparition rapide d'Islam Karimov risquerait d'ouvrir une lutte pour sa succession, les deux prétendants les plus souvent cités, l'actuel Premier ministre Chavkat Mirzioïev et le vice-Premier ministre Roustam Azimov, étant considérés comme étant des rivaux.

Les autorités de ce pays dont la population est en majorité musulmane voisin de l'Afghanistan s'inquiètent en outre de la montée de l'islam radical, contre lequel elles mènent depuis des années une lutte sans merci. Plus de 500 Ouzbeks combattent dans les rangs jihadistes en Irak et en Syrie, selon les services de sécurité russes.

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