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28/08/2016 23:56 EDT | Actualisé 29/08/2017 01:12 EDT

Colombie: Santos et Timochenko, d'ennemis à artisans de la paix

Un chef d'Etat conservateur issu d'une riche famille et un leader guérillero marxiste d'origine paysanne ont joué leur avenir politique pour obtenir un accord de paix historique mettant fin au conflit qui déchire la Colombie depuis plus de 50 ans.

Longtemps ennemis, le président Juan Manuel Santos et le leader des Farc, Timochenko, resteront dans l'histoire comme les artisans d'une paix enfin conclue à l'issue de près de quatre ans de pourparlers et trois échecs de précédents gouvernements.

"Ce 29 août une nouvelle histoire commence pour la Colombie. Faisons taire les fusils. La guerre avec les Farc est terminée!", a tweeté le président Juan Manuel Santos, lundi 00H00 (05H00 GMT), pour consacrer l'entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Ministre de la Défense de 2006 à 2009, M. Santos a pourtant dirigé un combat sans merci contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), sous la présidence de son prédécesseur Alvaro Uribe, féroce opposant au processus de paix.

"Toute ma vie, j'ai été un adversaire implacable des Farc", avait admis M. Santos, 65 ans, lors de la signature du cessez-le-feu bilatéral en juin. Mais "maintenant (...) je défendrai, avec la même détermination, leur droit à s'exprimer et à poursuivre leur lutte politique par les voies légales, même si nous ne sommes jamais d'accord", avait alors assuré le président de centre-droit, élu en 2010 et réélu en 2014.

Selon l'un de ses plus proches conseillers, Mauricio Rodriguez, M. Santos "a fait la guerre pour obtenir" la paix. "Il a affaibli les Farc pour les obliger à s'asseoir à la table des négociations."

Même détermination chez Rodrigo Londoño, 57 ans, plus connu sous ses noms de guerre Timoleon Jiménez ou Timochenko. Leader des Farc depuis 2011, il est le troisième commandant de l'histoire de cette guérilla, née d'une insurrection paysanne en 1964.

"J'ordonne à (...) chacun de nos combattants de cesser le feu et les hostilités de manière définitive contre l'Etat colombien", a-t-il déclaré dimanche depuis La Havane.

- Profils opposés, objectif identique -

"L'accord final nous permettra de reprendre enfin l'exercice légal de la politique, de manière pacifique et démocratique", estimait-il en juin, soulignant qu'en 1964 "c'était absurde, compte tenu des pouvoirs et des partis dominants à l'époque".

Timochenko a pu convaincre ses troupes composées de quelque 7.500 hommes de la nécessité de la paix parce qu'il est "l'un des hommes les plus aimés au sein des Farc" du fait de sa proximité avec leur défunt chef historique Marulanda alias "Tirofijo", selon l'expert Ariel Avila, de la Fondation Paix et Réconciliation.

Issu d'une famille aisée de Bogota, Juan Manuel Santos, petit-neveu de l'ex-président Eduardo Santos (1938-1942), a étudié l'économie aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, intégré l'équipe dirigeante du journal El Tiempo et assumé plusieurs ministères jusqu'à son accession à la présidence.

D'origine plus modeste et né dans une région de production de café, Timochenko a milité aux Jeunesses communistes avant d'étudier la médecine en Union soviétique. Il rejoint les Farc à son retour en 1979 et y fait une ascension éclair: six ans après, il est déjà l'un des sept commandants du Secrétariat, organe suprême de la guérilla.

Malgré leurs profils radicalement opposés, les deux hommes se sont retrouvés sur un objectif commun. Début 2012, Timochenko écrit à M. Santos pour installer "une hypothétique table de conversations". Puis, la rébellion s'engage à renoncer aux enlèvements de civils, une requête du chef de l'Etat.

En avril, les Farc libèrent leurs plus anciens otages, 10 policiers et militaires. M. Santos admet alors que la guérilla a donné un sérieux gage de bonne volonté, mais insuffisant. Des conversations secrètes débutent néanmoins, puis débouchent sur l'ouverture à Cuba en novembre 2012 de pourparlers de paix, qui se concluent par un accord historique le 24 août.

bur-fpp/rap