NOUVELLES
28/08/2016 01:42 EDT | Actualisé 29/08/2017 01:12 EDT

Pourparlers de paix mercredi en Birmanie, un test pour Suu Kyi

La Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi s'apprête à affronter mercredi un des plus grands défis posés à son gouvernement en Birmanie: parvenir à un accord de paix avec une myriade de rébellions ethniques.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon est attendu à ces pourparlers de paix avec les rébellions ethniques combattant depuis des décennies le pouvoir central, aujourd'hui incarné par Aung San Suu Kyi.

Quelque 700 représentants de ces groupes rebelles ont accepté de faire le déplacement mercredi à Naypyidaw, la capitale administrative birmane, pour ces discussions qui doivent durer jusqu'au week-end.

Aung San Suu Kyi, qui cumule les fonctions de ministre des Affaires étrangères et de conseillère spéciale pour l'Etat et est de facto chef du gouvernement, a fait de la fin de ces guérillas une de ses grandes priorités depuis la victoire de son parti aux législatives de novembre 2015.

"Sans paix, il ne peut y avoir de développement durable", a-elle assuré la semaine dernière lors d'une visite à Pékin, où elle est notamment allée chercher le soutien des autorités, plusieurs groupes rebelles étant proches de la Chine comme les Kokang.

Les pourparlers de paix ont été baptisés "Panglong du XXIe siècle", en référence à un accord historique auquel était parvenu en 1947 le général Aung San, père d'Aung San Suu Kyi et héros de l'indépendance birmane vis-à-vis de la puissance coloniale britannique.

Il avait réussi à faire signer par les principales rébellions cet accord jetant les bases d'un système fédéral, sitôt l'indépendance acquise.

En 1948, la Birmanie est bien devenue indépendante. Mais entretemps, le général Aung San a été assassiné.

Suivirent des années de luttes intestines entre factions politiques, jusqu'à ce qu'en 1962, le général Ne Win prenne le pouvoir par un coup d'Etat. Pendant les décennies de junte militaire ayant suivi, jusqu'en 2011, les combats ont continué, faisant de ces rebellions les plus anciennes au monde.

En 2015, le gouvernement chargé par les militaires d'assurer la transition post-junte avait réussi à arracher un fragile accord de paix à huit groupes rebelles.

Mais les groupes les plus importants refusent toujours de signer. Et les combats se poursuivent entre ces groupes et l'armée, particulièrement dans les régions Kachin (nord) et Shan (est).

- Premier 'round' -

Aung San Suu Kyi sait qu'elle ne réussira pas à obtenir leur signature lors de ce premier "round" de pourparlers. Elle a déjà annoncé que des rencontres auraient lieu tous les six mois.

"Ceux qui suggèrent qu'il pourrait y avoir un accord dans les prochains jours ou les prochaines semaines sont de doux rêveurs", met en garde Anthony Davis, spécialiste des questions de sécurité pour IHS-Jane's.

Il prédit que ces pourparlers pourraient durer "des années".

Les groupes rebelles eux non plus n'attendent pas de solution toute faite, mais se disent désireux d'entendre Aung San Suu Kyi préciser son projet d'Etat fédéral, avec une plus grande autonomie donnée aux régions.

"Les groupes armés ethniques participent pour pouvoir dire au gouvernement ce qu'ils pensent. Cette conférence sera la seule opportunité de dire les choses ouvertement", a déclaré à l'AFP un responsable rebelle, sous le couvert de l'anonymat.

"Mais nous ne repartirons pas de cette conférence avec une solution, car il n'y aura pas de débat", a-t-il ajouté, alors que le style dirigiste d'Aung San Suu Kyi et le mutisme de son gouvernement sont critiqués.

Aung San Suu Kyi doit prononcer le discours d'ouverture de ces pourparlers, Ban Ki-moon doit également intervenir mercredi, une première pour un secrétaire général de l'ONU dans ce conflit birman.

L'arrivée au pouvoir de l'ex-dissidente a suscité de grandes attentes au sein des régions en proie à des rébellions ethniques.

Les 135 minorités ethniques du pays représentent un tiers de la population du pays et ont voté en masse pour le parti d'Aung San Suu Kyi aux législatives de fin 2015. Un soutien qui n'était pas acquis, Aung San Suu Kyi étant souvent vue comme une représentante de l'ethnie majoritaire des Bamars.

Participera également aux pourparlers le chef de l'armée birmane, qui continue de contrôler des ministère clefs comme la Défense ou l'Intérieur, et avec lequel Aung San Suu Kyi doit composer.

hla-cah-dth/tib/at