NOUVELLES
26/08/2016 06:38 EDT | Actualisé 26/08/2016 11:24 EDT

Turquie: 11 policiers tués dans un attentat-suicide du PKK (VIDÉO)

Le Premier ministre turc Binali Yildirim a promis des représailles aux "vils" auteurs d'un attentat-suicide à la voiture piégée qui a tué au moins 11 policiers vendredi à Cizre (sud-est), à la frontière de la Syrie, et a été revendiqué par les rebelles kurdes.

Cet attentat a eu lieu en matinée, au moment où la Turquie envoyait de nouveaux chars de l'autre côté de la frontière syrienne pour la troisième journée consécutive, poursuivant une offensive militaire sans précédent depuis le début de la guerre.

"Nous donnerons la réponse qu'ils méritent à ces vils" assaillants, a lancé le Premier ministre lors d'une conférence de presse. "Aucune organisation terroriste ne peut prendre la Turquie en otage".

"A 06H45, un attentat-suicide au véhicule piégé a été mené par le groupe terroriste PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) contre le bâtiment de la police antiémeutes", a annoncé le gouvernorat de la province de Sirnak, où se situe Cizre, faisant état de 11 policiers tués et 78 personnes blessées, dont trois civils.

Un peu plus tard, le PKK a revendiqué l'attentat-suicide, précisant qu'il avait été mené en représailles à l"isolement persistant" de son chef emprisonné Abdullah Öcalan et "le manque d'information" sur sa situation, alors qu'il n'est plus autorisé à recevoir aucune visite.

La violente explosion, qui a dévasté le quartier général des forces antiémeutes, s'est produite à 50 mètres du bâtiment, à un poste de contrôle.

Les forces de sécurité turques subissent des attaques quasi-quotidiennes du PKK, qui ont fait des dizaines de morts depuis qu'un cessez-le-feu de deux ans et demi entre les rebelles et les forces turques a pris fin pendant l'été 2015. Le PKK a intensifié ses attaques au cours des dernières semaines.

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a exprimé sa "solidarité et sa sympathie avec le gouvernement et le peuple de Turquie".

Elle se rendra à Ankara le 9 septembre pour "discuter de toutes les questions d'intérêt commun avec le ministre des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu et le ministre des Affaires européennes Ömer Çelik".

Accord Ankara-EI ?

Cet attentat intervient au troisième jour d'une offensive d'ampleur des forces turques en Syrie voisine visant, officiellement, à la fois les milices kurdes et les jihadistes de l'EI.

Vendredi, la Turquie a envoyé quatre nouveaux chars dans la localité syrienne de Jarablos, libérée mercredi par les rebelles soutenus par Ankara, a constaté un photographe de l'AFP à la frontière turco-syrienne.

M. Yildirim a démenti les allégations selon lesquelles Ankara se concentrait sur les Kurdes, parlant de "mensonge éhonté" à propos d'un article de l'hebdomadaire allemand Der Spiegel titré "Opération turque en Syrie: l'EI est un prétexte, les Kurdes sont la cible".

Murat Karayilan, l'un des chefs du PKK basé en Irak, estime en revanche que la campagne militaire actuelle est le fruit d'un "accord" entre Ankara et l'EI, et "ce qui se passe (sur le terrain) est plus un échange qu'une opération militaire".

"L'EI n'a jamais abandonné une localité en une journée sans combattre", a-t-il déclaré à l'agence pro-PKK Firat. "Cet accord dangereux va allonger la durée de vie de l'EI".

La Turquie a toujours démenti avec véhémence tout accord, passé ou présent, avec les jihadistes.

En conflit avec les Kurdes sur son propre territoire, Ankara est farouchement hostile à l'idée que les Kurdes syriens forment une ceinture continue le long de sa frontière.

Ankara considère le PYD, principale milice kurde de Syrie, et son aile militaire, les YPG, tous deux issus du PKK, comme des organisations "terroristes", au même titre que le Parti des travailleurs du Kurdistan.

Par ailleurs, des obus de mortier tirés depuis la province syrienne de Lattaquié ont atterri dans la province turque de Hatay (sud), blessant trois soldats dans le district de Yayladag, a rapporté l'agence privée Dogan.

Lors d'une conversation téléphonique vendredi, le président turc Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine se sont mis d'accord pour accélérer l'aide humanitaire dans la province syrienne d'Alep.

Dans le même temps, à Genève, le secrétaire d'État américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov étaient réunis pour tenter de relancer les pourparlers de paix sur la Syrie. Ils ont été brièvement rejoints l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura.