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20/08/2016 12:37 EDT | Actualisé 21/08/2017 01:12 EDT

Tunisie: le Premier ministre désigné dévoile son équipe et promet l'efficacité

Le Premier ministre désigné Youssef Chahed a dévoilé samedi la composition du gouvernement d'union tunisien qu'il a promis "efficace" pour redresser l'économie et redonner espoir à la population, cinq ans après la révolution.

Ce gouvernement, qui comprend huit femmes et marque un rajeunissement, doit encore faire l'objet d'un vote de confiance de l'Assemblée des représentants du peuple (ARP). Selon le règlement du Parlement, actuellement en congé, il pourrait intervenir d'ici une douzaine de jours.

Engagé dans une course contre la montre face aux attentes, Youssef Chahed, 40 ans, a multiplié les concertations depuis sa désignation par le président Béji Caïd Essebsi le 3 août. Le Parlement avait auparavant retiré sa confiance au gouvernement de Habib Essid, jugé déficient.

"Nous avons essayé de suivre une méthode qui garantisse l'efficacité du travail gouvernemental", a affirmé devant la presse, en guise de préambule, M. Chahed.

"Nous avons structuré (le gouvernement) selon les priorités que j'ai édictées" le 3 août, a-t-il ajouté, en référence à la lutte contre le terrorisme, la corruption et le chômage.

En dépit des promesses de changement, plusieurs ministres conservent des portefeuilles majeurs, ainsi Néji Jelloul à l'Education. Profitant d'une embellie sécuritaire, Hédi Majdoub est reconduit à l'Intérieur, tout comme Farhat Horchani à la Défense.

- 'Huit femmes, 14 jeunes' -

Les nouveautés sont à chercher notamment au ministère de la Justice (Ghazi Jeribi) et aux Finances où une femme, Lamia Zribi, succède à Slim Chaker, dont le puissant syndicat UGTT ne voulait plus selon des médias.

Abid Bikri, ancien responsable de l'UGTT, fait aussi son entrée, à la Fonction publique et la bonne gouvernance.

Si la promesse d'un cabinet resserré n'a pas été respectée, avec 26 ministres et 14 secrétaires d'Etat, celles relatives à la "représentativité" "ont été tenues avec huit femmes à la tête de portefeuilles importants, comme la Santé (Samira Meraï), et 14 jeunes", a fait valoir Youssef Chahed.

"Cinq ont moins de 35 ans", a renchéri celui qui deviendra lui-même le plus jeune Premier ministre de l'histoire moderne du pays si le Parlement vote la confiance.

Issu du parti Nidaa Tounes fondé par le président Caïd Essebsi, M. Chahed a également insisté sur la "nécessité de concrétiser l'unité nationale" et ses efforts de concertations, dans l'esprit de l'accord signé en juillet à Carthage par "neuf partis et trois organisations nationales".

Les discussions des derniers jours ont notamment été très observées s'agissant du parti islamiste Ennahdha, première force au Parlement, qui voit sa présence légèrement rehaussée (deux ministères et un secrétariat d'Etat).

A défaut de rallier l'ensemble du spectre politique, le nouveau gouvernement est en outre marqué par l'entrée d'un membre du parti de gauche Al Massar (Samir Taïeb, Agriculture), entre autres.

- 'Gouvernement de sauvetage' -

Le président Caïd Essebsi s'était dit le 2 juin en faveur d'un "gouvernement d'union nationale" face aux critiques persistantes contre le cabine Essid après 18 mois en fonctions.

De ce fait, les défis pour la nouvelle équipe seront relevés.

Unique rescapée des Printemps arabes, la Tunisie ne parvient pas à faire redémarrer son économie. Quant à l'accalmie sécuritaire, elle reste précaire après la série d'attaques jihadistes de mars 2015 à mars 2016.

Mais le gouvernement Chahed sera aussi jugé sur sa capacité à améliorer le quotidien des Tunisiens, sensiblement dégradé du fait d'infrastructures déficientes et d'entretien de l'espace public.

"Le pays a besoin de la conjugaison des efforts de tout le monde", a plaidé Youssef Chahed, qui ne pourra compter sur aucun état de grâce.

Ces derniers jours, les médias se sont agacés de la lenteur des tractations, invoquant l'urgence de la situation.

"Le gouvernement d'union nationale (...) signifie gouvernement de sauvetage. Sauvetage d'un pays qui frôle la banqueroute, d'institutions en panne, de citoyens sinistrés", a écrit le quotidien La Presse.

"La Tunisie négocie un tournant essentiel de son histoire moderne, qui plus est au lendemain d'une révolution prometteuse", a-t-il jugé.

Interrogé par l'AFP, l'analyste Selim Kherrat a pour sa part jugé "relativement rapide" cette phase de concertations.

Il s'est en revanche montré réservé quant aux "marges de manoeuvre" du nouveau Premier ministre compte tenu "à la situation du pays".

C'est en outre "quelqu'un qui a été désigné et devrait rester assujetti au président de la République", a avancé M. Kherrat.

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